« Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.« 

Toujours à ma difficulté de tenir ici le rythme de mes lectures, et maintenant de mes films, je sors de ce très beau film d’animation, qui m’a beaucoup touché. Et je me suis dit que ce serait dommage de remettre une fois de plus à plus tard, et de courir le risque de ne pas en parler.

Je n’avais pas lu le roman de Yasmina Khadra, dont le film est tiré. Je n’en savais donc rien d’autre que vaguement le sujet. Et cela explique en partie mon sentiment sans doute.

Très émouvant justement par son sujet (l’enfermement des femmes dans l’enfer taliban et la possibilité pour tous de rester humain dans un tel système), ainsi que par le récit et les personnages mis en scène, ce film d’animation est également très touchant -et c’est sans aucun doute la grande réussite de cette adaptation- par le choix esthétique qu’il fait: celui d’une illustration à l’aquarelle qui pose pour ainsi dire ses touches délicates sur une réalité politique effroyable et vient sauver un peu de douceur, de couleur dans ce monde. Les tâches d’aquarelle, que l’équipe d’illustrateurs manie ici avec beaucoup d’à propos, se déploient ainsi en une série de tons délicats, rapprochés subtilement, qui se côtoient, se mêlent parfois, ou se chevauchent, renonçant à couvrir ici ou là la totalité de l’écran, ouvrant des vides, laissant des blancs – contrepoint subtil et ironique aux fondamentalistes aux idées bornées qui voudraient tracer des frontières étanches et tout délimiter du trait de ce qui est permis et de ce qui est interdit. Une expérience esthétique donc, qui est une belle expérience politique, preuve de ce que le cinéma fait de mieux, sans doute, lorsqu’il sait trouver dans la combinaison de ses artifices, déployés en un spectacle fascinant devant nos yeux de spectateurs émerveillés, le moyen d’un discours sur le monde, l’humanité, l’état des sociétés. Bref un grand discours engagé, une forme à la fois poétique et réaliste.

9 Comments on Les Hirondelles de Kaboul (Zabou BREITMAN et Éléa GOBBÉ-MÉVELLEC)

  1. Je suis tentée par le film, pour l’animation, pour la beauté graphique. Le sujet m’interpelle, j’en crains la violence. Ce que tu dis de l’expérience esthétique associée à l’expérience politique me motive.

    • Le sujet est très violent c’est vrai. Disons que ce n’est absolument pas un film d’animation pour les enfants. J’y suis allé avec mon fils de presque 15 ans en revanche qui a beaucoup aimé et a été touché, comme moi, à la fois par la forme et par le propos.

  2. J’ai eu l’occasion récemment de rencontrer un exilé afghan qui a trouvé ce film très beau et tous ces avis positifs finiront par me conduire au cinéma pour voir ce film d’animation.

    • Oui, c’est un très beau film, très touchant et en même temps très dur, qui essaie en tout cas de sauver quelque chose d’humain dans toute cette inhumanité

    • Je partage tout à fait ton sentiment. D’emblée j’ai été frappé par la façon dont la lenteur du tempo et la douceur de l’aquarelle, à contretemps des raccourcis simplificateurs de l’idéologie totalitaire, parvenaient finalement à sauver un peu d’humanité dans cette folie.

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