Une fillette est retrouvée assassinée dans la forêt, un cartable sur le dos, vêtue de vêtements qui la fond ressembler à une poupée. Sur un écriteau pendu à son cou quelqu’un a écrit: « Je voyage seule ». Tout porte à croire qu’il ne s’agit que de la première mise en scène d’une série de meurtres impliquant un serial killer particulièrement retors. La Norvège est en émoi. Pour le commissaire Holger Munch une périlleuse course contre la montre commence…

Attention! Livre addictif, je vous previens. Si vous vous decidez d’y jeter un coup d’oeil, prevoyez une ou deux journées vides de toute autre activité! Vous ne pourriez pas tenir le rythme du rapport à rendre sans faute pour le boulot le lundi matin, des enfants à accompagner au sport, de la vieille grand-mère à laquelle vous avez oublié de rendre visite depuis trois mois. Tourner la première page de ce thriller, c’est menacer d’y rester scotché jusqu’à la fin! C’est en tout cas l’expérience que j’en ai fait, et ceux autour de moi à qui je l’ai fait lire.

Car il y a quelque chose de mystérieux avec les auteurs de polars scandinaves: c’est cette capacité qu’ils ont à entraîner leur lecteur avec des procédés qui pourraient paraître assez classiques au demeurant. Une équipe d’enquêteurs à laquelle on s’attache, un duo de « flics » débordés par la vie, mais sur-doués, un enchaînement de crimes tous plus sordides les uns que les autres, des fausses pistes, des chausse-trappes, un serial killer dont les motivations ne sont pas forcément celles qu’on croit – on a là les ingrédients d’un bon thriller classique. Et pourtant ce Je voyage seule est plus qu’un thriller classique. J’ai été littéralement scotché pendant tout un week-end. C’est un livre que l’on dévore presque d’une traite. Pourquoi? C’est là le mystère. Sans vouloir trop en dire, car ce serait dommage pour ceux qui n’ont pas eu encore la chance de se plonger dans ce roman, la façon dont l’action est subtilement démultipliée, le rôle des personnages secondaires, toute la partie de police procedural, une narration tonique donnent au roman un rythme d’une grande maîtrise.

Le personnage de Mia Kruger, defoncée à longueur de pages – un cocktail d’alcool et d’antidépresseurs, que Munch part rechercher dans l’île où elle s’est isolée du monde afin d’y mettre fin à ses jours et qui accepte de remettre à plus tard son suicide pour pouvoir l’aider à résoudre l’affaire, donne le ton de ce thriller. Une obscure histoire de secte, des jeunes filles auxquelles on interdit tout commerce avec le monde, un garçon laissé à lui-même et au soin de son petit frère par des parents misérables mais qui est doué pour les lettres, les relations de Munch lui-même avec sa propre famille, d’autres péripéties ou histoires secondaires, et cette sordide histoire de meurtres d’enfants qui vient donner une forme d’urgence macabre à l’enquête, mais n’est jamais décrite avec complaisance (ce que je n’aime pas souvent dans ce type de thrillers) tout finit par s’articuler – ou pas – et par scotcher le lecteur.

A lire absolument donc. Et en plus j’ai vu depuis qu’il y a une suite. J’espère que ce second volet sera à la hauteur du premier…

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