Décidé à s’installer à Bordeaux, mais plus tard, pour des raisons plus ou moins velléitaires, le narrateur est conduit jusqu’à un petit village de la côte landaise où il doit aider des amis à désensabler leur maison. A son arrivée cependant ses amis ne sont pas là. A l’hôtel, complet, aucune chambre n’a été réservée pour lui. Là pourtant il fait la connaissance de Charles Dugain-Liedgester, un homme aimable qui ne dort plus avec sa femme et qui lit tard le soir, et l’accueille volontiers dans sa chambre. A l’extérieur, la mer, et au pied de la dune déserte, la porte d’une maison à dégager, dont il ne possède même pas la clé…

Ecrire sur le vide des existences contemporaines, cette présence au monde qui se vit en s’absentant d’elle-même, à moins que ce ne soit exactement le contraire, cette vacance qui permet d’adhérer à l’existence dans une certaine gratuité et révèle jusqu’à la façon dont le réel vient à soi – tel semble être le projet littéraire de Christian Oster. Au centre de son récit, un narrateur, spectateur pour ainsi dire de lui même, des lieux menacés par l’effacement: cette belle image de la dune recouvrant après l’hiver l’entrée des maisons de vacances du village des Landes où se porte le narrateur, presque par hasard, dans les interstices en tout cas d’une vie elle-même hantée par l’effacement, dans un périple qui le conduira jusqu’à une scène d’enterrement à assister, là encore par le hasard des rencontres, aux obsèques d’un homme qu’il ne connait même pas et à y tenir néanmoins un certain rôle…

Dans un tel récit, bien sûr, la trame narrative n’est pas l’essentiel, même si elle est le moyen de faire surgir des lieux ou des rencontres tous évocateurs d’une expérience du monde qui se dit de façon quasiment phénoménologique. Vide de toute ambition à construire quelque chose, de toute finalité même, le réel, tel qu’il est vécu, s’y dégage dans des effets de grossissement, cette difficulté même à faire paysage, qui sont un des traits attachants de l’art de Christian Oster et une de ses grandes réussites stylistiques:

Je n’avais jamais beaucoup cru à Saint-Girons-Plage, du reste. Dès ma première visite, j’avais pris le paysage de haut, incertain d’y jamais entrer ni de fouler réellement le sol où il s’inscrit. Sauf peut-être dans la rue, à cause du bitume et des boutiques. Et encore. La rue, on en voit très vite le bout et de nouveau c’est l’indistinction du sable et l’infinie répétition de l’eau, avec toujours ce vent qui ne lie rien et qui altère les sons. Aucune précision. Pas de recul. Tout est là, bruyant.

Bien sûr, un certain humour sert à tenir efficacement cette vision du monde, fait qu’on ne s’y enlise jamais dans un esprit de sérieux qui aurait été insupportable, introduit même pour tout dire une sorte de légèreté qui permet à la fois au narrateur de faire doucettement l’expérience d’une forme de trouble identitaire et rend possible la singularité des vrais rencontres, y compris amoureuses. Habituellement pourtant, les romans commencent à de telles rencontres. Rien de tel chez Christian Oster. A la fin du roman, Ingrid parvenue à tourner la page de son couple avec Dugain-Liedgester rejoint le narrateur, on comprend qu’entre eux deux une nouvelle histoire commence, une histoire cependant dont l’auteur nous épargnera le récit, comme si de tout cela, qui est l’expérience d’une plénitude recouvrée et non pas d’un vide, il n’y avait rien à dire!

4 Comments on Christian OSTER: Sur la dune

  1. De Oster j’ai lu « Dans le train » qui m’avait beaucoup plu, je me souviens moins de « Loin d’Odile » mais l’impression est belle. Un auteur parmi les perles chez Minuit. Cette façon qui confine à l’absurde de parler légèrement de la gravité des choses de la vie (ou de leur inanité, c’est pareil)…

    • Il faut que je lise ceux-là aussi, mais j’ai laissé un peu poser les choses: je n’ai pas l’impression qu’Oster soit un de ces auteurs dont on puisse enchaîner facilement les lectures.

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