Saylor--Du-sang-sur-Rome.jpgEn 79 avant J.-C., Cicéron, alors avocat peu connu, prononça un discours remarqué, le Pro Roscio, où il prenait la défense de Sextus Roscius, fils d’un riche propriétaire d’Ameria, une bourgade au nord de Rome, qui était accusé de parricide. Courageux, le plaidoyer de Cicéron cherche à démonter un à un les mécanismes, selon lui, d’une machination, et n’hésite pas à s’en prendre à Chrysogonus, un affranchi enrichi proche du dictateur Sylla. L’affaire était dangereuse. D’ailleurs, par prudence, après avoir gagné son procès, Cicéron choisit de se rendre pendant deux années en Grèce, afin d’y parfaire sa formation, avant de revenir à Rome et d’y commencer la carrière politique que l’on connaît. De ce discours important donc dans la carrière de l’orateur et de l’homme politique naissant, Steven Saylor a eu l’excellente idée de faire un roman policier.

 

C’est un très bon polar, avec sa dose de violences, d’intimidations, de rebondissements, de machinations politiques et de jeux d’influences plus ou moins crapuleux. Gordien, embauché par Cicéron pour tâcher de dénouer les fils de cette sombre affaire, campe un personnage d’enquêteur désabusé par le cours de l’histoire romaine, entêté, intelligent et habile à se fourrer dans les mauvais coups. Il vit – à crédit – dans une grande demeure mal entretenue au milieu d’un quartier un peu crapuleux sur les hauteurs de l’Esquilin où il forme un couple improbable avec une belle esclave égyptienne, Bethesda, achetée sur un marché d’Alexandrie, auprès de laquelle il fait preuve de tendresses peu habituelles pour un maître romain.

 

C’est aussi une plongée très réussie dans la vie de la Rome de la fin de la République. Pour qui rêve d’arpenter les ruelles de la cité latine, de traverser le Forum, de rencontrer Crassus dans ses virées immobilières à travers la ville, de pénétrer dans les demeures patriciennes des hauteurs du Palatin, d’entrer dans un lupanar achalandé de beautés étrangères ou de côtoyer des citoyens romains aux bains, c’est le livre à ouvrir tout de suite. Fin connaisseur des bas-fonds de l’Urbs, Gordien est un guide admirable – et Saylor, l’auteur, sans doute un latiniste émérite. On y trouve un Cicéron joliment campé, hypocondriaque, charmeur et politiquement ambigu. Les conflits politiques dans une Rome où la nobilitas, rétablie dans ses prérogatives par la victoire de Sylla sur Marius, mais qui sent faiblir le pouvoir du dictateur et songe à lui opposer d’autres figures montantes, comme celle de Cicéron, donnent en outre au roman des développements inattendus et qui surprendront même ceux qui connaissaient le célèbre discours prononcé par Cicéron en 79 et croyaient tout connaître de l’affaire.

 

Le début d’une série que je vais dévorer assez vite (j’ai les neufs volumes gentiment posés l’un à côté de l’autre dans ma PAL), mais malheureusement épuisée et qui gagnerait à être rééditée… ou à lire en anglais !

2 Comments on Steven SAYLOR: Du sang sur Rome (Roma sub Rosa, 1)

  1. J’ai croisé maintes fois cette série en me demandant ce qu’elle valait. Voilà qui me donne bien envie d’y mettre le nez.
    Dans le genre polar historique dans la Rome antique, j’ai beaucoup aimé la série de Daniela Comastri Montanari.

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