Comment faire, quand vous venez d’inventer le voyage dans le temps, pour vous prémunir contre tous les aventuriers, prêts à se tailler un empire dans l’une ou l’autre des périodes de l’Histoire, ou les exaltés qui aimeraient en modifier le cours? Heureusement, l’histoire n’est pas facile à transformer. Et puis, pour les cas les plus délicats, il y a des contrôleurs qui veillent: pour cela, on a fondé la Patrouille du temps, organisation installée un peu partout dans l’Histoire, et dirigée par les Danelliens, ces lointains descendants des hommes…


Chacune des cinq histoires qui constituent ce recueil met en scène le personnage de Manse Everard, américain du milieu du XXème siècle, ancien lieutenant de l’armée, recruté par la Patrouille. La première nouvelle, qui donne son titre au recueil (La Patrouille du temps), entraîne Everard et son acolyte, Charles Whitcomb, dans l’Angleterre victorienne, où ils cotoient une réplique de Sherlock Holmes, puis jusqu’au Vème siècle dans le royaume des Saxons sur la piste d’un archéologue idéaliste qui voulait rendre le monde meilleur en changeant le cours de l’Histoire. Dans Le Grand Roi, Manse Evrerard plonge jusqu’au lointain royaume Perse et retrouve l’un de ses amis sous les traits du roi Cyrus. Les Chutes de Gibraltar nous donne à voir les splendeurs de la nature au moment où la Méditerranée se crée. Échec aux Mongols laisse entrevoir la possibilité d’un autre monde, si l’Amérique avait été découverte au XIIIème siècle par les Mongols – quitte à suggérer au passage que notre propre monde pourrait n’être que le résultat d’une manipulation de l’Histoire. Enfin, dans l’Autre Univers, Manse Evrerard est conduit à intervenir pour réviser une manipulation majeure de l’Histoire, survenue à la suite de l’assassinat de Scipion l’Africain par deux aventuriers du 205ème millénaire.


Poul Anderson fait partie de ces quelques écrivains dits de l’Age d’or de la science-fiction (Heinlein, Asimov, Bradbury, etc.), dans lesquels j’aime me plonger régulièrement. A partir de quelques prémisses (ici la possibilité du voyage dans le temps), le récit se développe sans spéculations inutiles (les paradoxes temporels, la description des engins techniques permettant le voyage ou la théorie physique qui le sous-tend, sans lesquels un auteur plus récent n’imaginerait pas qu’on puisse écrire une histoire de science-fiction). Cela donne des récits efficaces, sans doute autant que les romans policiers de la même époque (Chandler, Hammett), qui sont aussi l’une de mes distractions favorites. Les amateurs des effets spéciaux au cinéma ou des grands coup d’archet s’y ennuieront peut-être. Mais la valeur littéraire de ces textes naît justement de la pauvreté apparente des moyens. Car la narration est conduite de façon absolument exemplaire, donnant la part principale à l’humanité des protagonistes et au sentiment d’un monde dont la compréhension échappe en profondeur.

3 Comments on Anderson (Poul): La Patrouille du temps

  1. Lecture prévue ! Trouvé en cherchant des lectures autour des paradoxes temporels, jamais entendu parler avant. Mais quelque part, ça me rassure qu’un érudit tel que toi connaisse et apprécie. 😉

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