Ceux qui ont suivi les épisodes précédents de mon voyage périlleux au cœur de ma PAL savent déjà quelle architecture fantastique a remplacé ma bibliothèque depuis qu’accumulant les livres, sans trouver le temps de tout lire, j’ai bâti, au gré d’envies fugaces ou permanentes, cette sorte de caverne d’Ali Baba de la lecture, dans laquelle je puise livre après livre les plaisirs qui viennent nourrir ce blog. Mais, un jour, il a fallu que je me fasse une raison: ma PAL, n’est plus une pile de Livres à Lire, c’est un un palais, une cité fantastique, un pays, de vastes territoires peuplés de tentations multiples. Lorsqu’en janvier dernier je me glissais, insouciant, entre deux falaises de poches, décidant de porter mes pas jusqu’au cœur mystérieux de ma PAL, j’ignorais encore à quelles expériences nouvelles, à quelles révélations il allait m’être donné d’assister…

Je connaissais l’histoire bien sûr. J’avais lu, comme d’autres, les romans d’aventures où le héros s’avance, dans un pays étranger, et y fait, au prix d’expériences périlleuses, poussé par le désir et par la peur, la découverte d’autrui et de lui-même. J’avais appris à reconnaître dans cette nuit de jungle, qui fait le cœur obscur de mes lectures, au moment où elles ne sont que les poussées velléitaires de mes sorties en librairies, un miroir de moi-même. Tout héros de roman d’aventure sait cela. Il n’y a de véritable aventure que l’aventure intérieure, même s’il faut parfois pour que la magie se fasse le détour d’un voyage par les Pôles, ou par l’île au Trésor, par les Highlands sauvages et inhospitaliers, ou par le sous-marin du capitaine Némo. A mon tour, j‘avais connu des épreuves: ainsi ce marais des livres oubliés où je faillis rester enlisé tout le restant de mon existence. Au milieu de ce pays de désolation, pourtant, j’avais su trouver de bien agréables refuges où faire halte: le peuple des Libretto chez qui je posai mes bagages une première fois ou cette communauté, à la fois exubérante et très stylée, où je passais, avec quelques autres, tout le mois de juin.

english-village.jpg

 

Seulement, voilà, le mois anglais de Lou et Titine se terminait. Ce fut un mois riche en découvertes. Je nouais de nouvelles amitiés. J’emportais avec moi, arrachés à la multitude des livres à lire, des compagnons qui allèrent rejoindre la troupe des livres chroniqués. Mais il fallait quitter ce charmant village anglais.

Je pris la direction du sud. J’avais pour objectif une nouvelle contrée, une véritable capitale du spectacle qui, dans ma PAL, portait le nom de cité d’Avignon, et dont on m’avait vanté les grandes fêtes théâtrales qui devaient commencer vers le 5 ou 6 juillet. Mais le chemin était long encore. Et, le premier soir de mon nouveau voyage, au creux d’une forêt profonde, adossé à plusieurs volumes des Comédie de Shakespeare et des Romans de Virginia Woolf, qui devaient m’accompagner une partie de cet été, je me chantai, sur l’air d’une vieille ballade anglaise, le nom des fiers compagnons de ce mois passé, les amours perdues et nos virées dans les tavernes.

Ce sont les compagnons de ce mois anglais, dont je chante le nom:

 

Thomas HARDY: Les Forestiers

beau roman victorien sur les splendeurs de la nature et la défaite des sentiments;

Les forestiers

 

E.M.FORSTER: Avec vue sur l’Arno

qui vivifia de ses pointes ironiques mes retrouvailles avec cet auteur tant apprécié;

Forster--Avec-vue-sur-l-Arno.jpg

Jane AUSTEN: Lady Susan

belles retrouvailles aussi, et un superbe personnage de méchante;

Austen--Lady-Susan.gif

 

Joseph CONRAD: Au coeur des ténèbres

LE chef d’oeuvre lu et relu;

Conrad, Au coeur des ténèbres

Jamie OLIVER: So British

car il n’y a pas que les nourritures spirituelles dans la vie;

Oliver (Jamie), So british

 

Sybille BEDFORD: Un Héritage

qui me parla, avec son léger accent anglais, de l’histoire de sa famille en Allemagne;

Bedford, Heritage

CECIL et BRUNSCHWIG: Holmes

BD suggestive, artistique – et bel exercice de style scénaristique sur le mythe littéraire de Sherlock Holmes;

Cecil et Brunschwig, Holmes 1

 

Anthony TROLLOPE: Miss Mackenzie

le dernier coup de cœur de ce très beau mois anglais.

Trollope, Miss Mackenzie

 

Puis, comme le jour paraissait, je m’aperçus que j’avais chanté toute la nuit, et, avec une dernière pensée pour Lou et Titine, qui rendirent cette belle rencontre de lecture possible, je repris sous le bras mon sac de livre et glissant, entre deux volumes d’éditions théâtrales, j’abordais le beau pays d’Avignon…