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Victor HUGO: Le dernier jour d’un condamné

Condamné à mort ! Au terme du procès, la sentence est tombée. Ce sera la mort. Dans sa prison, le condamné se fait donner une plume et du papier. Et il écrit… Le reste est difficilement résumable. Mieux vaut ouvrir le journal de ce condamné, suivre la prose noire de Hugo qui lui donne voix.

Véritable « coup de gueule » contre l’inhumanité de la peine de mort, la négation de l’homme qu’elle exprime, aussi bien par l’arrêt juridique qui la motive, que dans la foule misérable, déchaînée qu’elle convie régulièrement au spectacle de ces exécutions, alors publiques, Le Dernier jour d’un condamné constitue sans aucun doute l’un des modèles (et des sommets) de la littérature d’engagement : après une introduction, politique, qui joue vigoureusement de l’opposition du conservatisme bourgeois et des intérêts d’un peuple, dont il faut savoir ne pas flatter les passions les plus viles (c’est l’usage de la violence légale, tenu et défendu par les défenseurs de l’ordre social, qui, « lorsque le vent tourne », fait dégénérer les révolutions en carnages), le récit du condamné proprement dit dresse, grâce aux secours du romanesque, le compte-rendu minutieux de ses derniers moments, les états d’âmes, les émotions, les souffrances, habitées par l’angoisse, qui les accompagnent. Car être condamné à mort, ce n’est pas seulement être condamné à avoir la tête tranchée. L’invention ingénieuse du docteur Guillotin, qui prétend expédier « humainement », car rapidement, le condamné de vie à trépas, cache une hypocrisie : elle occulte que la guillotine n’a pas supprimé la souffrance. On ne peut pas tuer sans douleur. Le dernier jour en est la sombre démonstration.

Malgré ces qualités, c’est pourtant un texte que je n’aime qu’à moitié. Et cette relecture récente (je voulais avoir le texte à l’esprit avant d’en voir une adaptation à Avignon) confirme cette impression. Sans doute parce que la voix du prisonnier n’est fixée qu’à moitié. En bien des passages, il semble en effet que ce soit la voix de Hugo qui se superpose à celle de son personnage, dont j’aimerais voir d’autre part explorée davantage la violence intérieure (c’est un criminel, un homme qui a versé le sang, et pas un écrivain humaniste qui prend le temps, dans la quiétude de son bureau, de s’émouvoir du sort d’un condamné à mort). Bref, cette histoire n’est qu’à moitié crédible. Et en gommant la part sombre de son personnage, Hugo verse parfois dans l’angélisme qui est le risque de tout engagement humaniste.

Je ne suis pas sûr cependant qu’on ait pu lire ainsi le texte de Hugo à l’époque. Il importe sans doute de le replacer dans le contexte historique, comme y aident les amusantes pages de la Comédie à propos d’une tragédie qui concluent la préface de l’auteur : recueil des préjugés du bon goût d’une époque qui ne comprend pas qu’on puisse choisir un sujet tel que celui-ci, Hugo anticipe humoristiquement les critiques de ceux qui ne verront dans son livre que l’expression d’une décadence de l’art. Il semble donc qu’à l’époque prendre pour personnage un condamné à mort, qui parle en son nom propre, qui dit « je » (même si Hugo lui prête ici ou là sa voix), ait été le lieu le plus avancé où l’on ait pu aller dans le chemin de l’engagement choisi ici par l’auteur. Délibérément d’ailleurs, Hugo reste flou sur les raisons qui ont conduit son personnage à l’échafaud. C’est un homme éduqué, sans doute un homme du monde, en qui le romancier invite son lecteur à reconnaître un double de soi-même. La provocation était déjà assez grande !

*

Plus d’ambiguïté cependant, lorsque le texte est dit, et non plus seulement écrit. Alain Leclerc, qui en donne une interprétation éblouissante à Avignon, puisant dans un corps granitique, dans des éclats de voix monumentaux, a choisi de recentrer le texte sur l’expérience intérieure du personnage. Sur la scène du petit théâtre Au Magasin, il nous fait partager l’enfermement, la claustration du personnage, qui confinent parfois à une forme de déréglement, soulignant une dimension importante du texte, qui ne saute pas toujours aux yeux à la lecture, et fait ressortir avec brio les profondeurs gothiques d’un texte qui puise aux sources les plus noires du romantisme macabre. A voir absolument, afin d’apprendre à réentendre la voix d’Hugo !

Avignon off 2014

Au Magasin Théâtre

à 17h du 5 au 27 juillet, jours impairs

Interprête: Alain Leclerc

Adaptation et mise en scène: Jean-Marc Doron

Jules VERNE: Cinq semaines en ballon

Jules Verne, frontispice de <i>Cinq Semaines en ballon</i>Il y avait une grande affluence d’auditeurs, le 14 janvier 1862, à la séance de la Société royale géographique de Londres, Waterloo place, 3. Le président, Sir Francis M…, faisait à ses honorables collègues une importante communication dans un discours fréquemment interrompu par les applaudissements.

Ce rare morceau d’éloquence se terminait enfin par quelques phrases ronflantes dans lesquelles le patriotisme se déversait à pleines périodes :

« L’Angleterre a toujours marché à la tête des nations (car, on l’a remarqué, les nations marchent universellement à la tête les unes des autres), par l’intrépidité de ses voyages dans la voie des découvertes géographiques (Assentiments nombreux.) Le docteur Samuel Fergusson, l’un de ses glorieux enfants, ne faillira pas à son origine. (De toutes parts :Non ! Non!) Cette tentative, si elle réussit (elle réussira!) reliera, en les complétant, les notions éparses de la cartographie africaine (véhémente approbation), et si elle échoue (jamais ! Jamais!), elle restera du moins comme l’une des plus audacieuses conceptions du génie humain ! (Trépignements frénétiques.)

Rejoindre, par un voyage dans les airs, l’est et l’ouest de l’Afrique – un voyage de cinq semaines, en ballon, à travers le cœur inconnu du continent africain : tel est le projet extraordinaire du docteur Fergusson. Commencé par un discours, accompagné de la bruyante manifestation du patriotisme scientifique le plus fervent, le voyage de Fergusson, flanqué du farouche Dick Kennedy, un écossais, qui ne partage pas l’enthousiasme de son ami Fergusson, mais le suit dans son aventure… par amitié, et de Joe Wellington, son domestique, est le plus beau voyage d’exploration géographique dont on puisse rêver. La position même des trois hommes, à bord d’un ballon survolant le continent, donne matière à ce voyage : il leur suffira de se pencher depuis la nacelle pour voir apparaître la carte de l’Afrique en train de se dessiner pour ainsi dire sous leurs yeux. Les héros des romans ou des récits d’exploration avaient ceci de particulier en effet qu’ils étaient justement des explorateurs : des hommes en prise avec les éléments, plongeant, presque en aveugle, au cœur mystérieux du continent inconnu, devant gagner, mètre après mètre, au péril de leur vie, face à un milieu et à des populations menaçant à tout moment d’arrêter leur progression; dans Cinq semaines en ballon, Jules Verne invente le roman géographique : roman de la juste distance avec un milieu qu’il s’agit de dominer, mais qui peut opposer aussi un sérieux démenti aux tentatives de domination des héros de ces voyages d’exploration (le ballon n’est pas increvable, malgré la précaution de le dôter d’une double enveloppe, et il faut savoir faire avec des éléments, une météo parfois hostiles). En tout cas, c’est le début d’une grande aventure littéraire, poursuivie sur plus de 60 romans, sous le titre des « Voyages extraordinaires ».

Ces voyages auraient pu n’être qu’un prétexte : romans de vulgarisation scientifique, comme les présente à l’époque au public l’éditeur de Jules Verne, Hetzel, de beaux livres à la couverture rouge, illustrés de gravures qui ont dû faire rêver plus d’un enfant. Le talent (le génie?) de l’auteur est d’avoir su faire autre chose de cette contrainte. Il semble que d’abord Jules Verne n’oublie jamais que tout savoir, en particulier lorsqu’il se présente sous une forme encyclopédique et dans une intention de vulgarisation, est livresque. Et c’est d’abord comme un livre qu’il nous donne à parcourir le monde : rappel des récits de l’exploration africaine, goût appuyé pour les nomenclatures. Un livre avec lequel il est permis de jouer parfois, comme lorsqu’il s’agit de combler les connaissances défaillantes (la traversée du centre de l’Afrique, peuplé de cannibales, menace de faire basculer le roman dans le romanesque le plus échevelé) ou de rappeler l’existence d’autres livres qui signent, malgré les prétentions scientifiques, l’appartenance des romans de Jules Verne au genre du roman d’aventure (Dick Kennedy est un écossais farouche sorti d’un roman de Walter Scott ; Joe Wellington campe un serviteur dévoué et bouffon qui permet de déplacer à l’occasion le récit du côté de la comédie).

S’il n’est pas le plus réussi des « Voyages extraordinaires », Cinq semaines en ballon constitue cependant une entrée incontournable dans l’entreprise vernienne. Roman d’aventures efficace, qui joue parfois avec les lois du genre (traverser l’Afrique d’est en ouest, c’est déjà pervertir le schéma traditionnel du roman d’aventure colonial, qui est habituellement une plongée à l’intérieur du continent inconnu, partant des côtes), c’est aussi une intéressante illustration de ce qui constitue l’élément, je dirais problématique, des romans de Jules Verne : le monde ne se donne pas à connaître aussi facilement que le pourraient laisser croire les théories qui le représentent. Et la carte, qui est sans doute la victoire de l’explorateur sur son milieu, n’épuise pas toute cette somme de contraintes, de péripéties, d’imprévus, de coups de vent ou de tempêtes qui est l’expérience qu’on trouvera au cœur de ces récits d’exploration. Pour cela, il faut compléter les belles cartes par le roman. Mais j’aurai l’occasion d’en parler à nouveau: gagné moi même par cette course à l’exploration tous azimuts du monde, je viens de me lancer dans l’Intégrale des « Voyages extraordinaires », projet un peu fou (ou extraordinaire), lui aussi (mais que je préméditais depuis plusieurs années!)

Guillermo MARTINEZ: La mort lente de Luciana B.

Martinez--La-mort-lente-de-luciana-b.jpgUn dimanche matin, le narrateur, un romancier et un critique spécialiste des avant-gardes littéraires, est réveillé par un coup de fil de Luciana B., qui l’appelle au secours. Le narrateur a connu Luciana, dix ans plus tôt, une jolie jeune fille à peine sortie de l’adolescence avec laquelle il a failli avoir une aventure. Mais l’histoire que Luciana, sortie brusquement du passé, a à lui raconter est d’une toute autre couleur: autour d’elle, les morts s’accumulent, liés à la personnalité d’un écrivain à succès, Kloster, dont elle a été jadis la secrétaire. Luciana dit craindre pour sa vie et celle de ses proches. Le narrateur acceptera-t-il de la suivre dans le récit qu’elle lui fait de sa tragédie?

Profitant de l’actualité argentine du Salon du livre, j’ai mis à profit cette semaine pour me plonger dans l’oeuvre d’un écrivain argentin, que je connaissais vaguement par l’adaptation cinématographique d’un de ses livres (Mathématique du crime). Et je dois dire que c’est une bien belle découverte. Cette mort lente de Luciana B. est celui de ses roman que j’ai trouvé le plus ambitieux, mais je reparlerai sous peu des autres.

Au moyen d’une horrible gradation de meurtres qui n’ont rien a envier aux meilleurs romans policiers, Guillermo Martínez produit en effet ici un livre fascinant, envoûtant, sur lequel règne une atmosphère d’inquiétude, que même la chute ne parvient pas à dissiper. Mais d’abord s’agit-il bien d’une chute? Et s’agit-il seulement de meurtres? Dix ans auparavant, Luciana a été employée comme secrétaire par Kloster, pour lui dicter ses livres. Une histoire qui s’est mal finie, sur un geste malheureux de Kloster, la tentative de lui voler un baiser, qui a conduit Luciana a porter plainte pour harcèlement contre son ancien employeur. Quel rôle la jeune fille a-t-elle joué dans cette relation naissante? On aimerait imaginer que tout vient d’elle, d’une tentative poussée de séduction à l’égard des hommes qu’elle cherche à instrumentaliser. Et pourtant, n’est-ce pas l’excuse habituelle de ceux qui abusent que d’accuser leur victime d’être responsable de la violence subie? Les hommes qui ont approché Luciana (le narrateur, Kloster), ne manifestent-ils pas au cours du roman une attirance un peu trop poussée pour des filles bien jeunes, ce qui jette de fait une ombre de soupçon sur leur lecture des faits? Ces questions – et ce ne sont pas les seules que l’on se pose en lisant le roman – illustrent la manière de Guillermo Martínez, auteur habile de fictions piégées qui mettent en déroute notre faculté d’interprétation. Il y a dans ce jeu avec le récit, dans ce « méta-roman » policier, dont l’un des enjeux est de savoir s’il s’agit justement d’un roman policier, c’est-à-dire si les morts sont bien des meurtres ou le produit d’imaginations dérangées, quelque chose qui indique l’influence évidente de Borgès sur cet écrivain argentin. Mais Guillermo Martínez est aussi mathématicien, et le jeu de l’écrivain est en partie aussi donc un jeu habile qui exploite les possibilités des spéculations logiques et mathématiques. Entre références à Henry James (qui est avec Luciana le seul point commun entre Kloster et le narrateur) et théories des séries et du hasard, la fiction progresse, prenant à partie le désir de fiction du lecteur, sa volonté d’y croire, multipliant les lectures possibles des faits: Luciana est-elle folle, victime d’un concours d’événements particulièrement horribles, ou bien le jouet d’un écrivain pervers, qui poursuit sa vengeance, comme on écrit un roman, par delà les années? Kloster lui même est-il sain d’esprit? Et que penser du narrateur, de son propre désir de revanche, de sa jalousie à l’égard d’un confrère qui a mieux réussi que lui? On comprend que ce jeu, divertissant, n’est pas gratuit cependant, car il constitue le plus bel hommage à la littérature, à la fiction. Au final, nous savons que le livre que nous lisons est la version produite par le narrateur des faits qui viennent de nous être racontés. Nous savons qu’il en existe une autre version, le roman secret écrit par Kloster au cours de ces années. Version rivales, antagonistes, fortes de leurs conceptions radicalement opposées de la littérature, c’est-à-dire du monde, de la vie. Car au fond qu’est-ce qu’un livre, sinon l’effort de produire un récit qui rende le réel possible? ou plus simplement acceptable? Décidément, comme ceux de Borgès, sous prétexte de nous divertir, les jeux de Guillermo Martínez sont des jeux bien intelligents.

Pär LAGERKVIST: Barabbas

Lagerkvist, BarabbasDe Jésus de Nazareth, mort crucifié par les Romains, on sait ce que l’Histoire sainte nous en raconte. On connaît aussi l’histoire du premier siècle du christianisme, la diffusion de la nouvelle religion jusqu’à Rome, en particulier parmi les esclaves, le succès de la doctrine du Christ fondée sur la proclamation de l’amour universel. Mais de Barabbas, le sédicieux, le criminel, libéré par acclamation de la foule à Jérusalem à la place du Christ (c’est du moins ce que le Nouveau Testament nous en dit), que sait-on? Sur cette question, Pär Lagerkvist a construit un roman. C’est l’histoire de Barabbas, de la mort de Jésus, à laquelle il assiste, caché en retrait du lieu d’exécution, à sa propre mort, l’histoire d’un homme, un criminel, un coupable au regard de la loi des hommes, qui dut rester en vie afin de laisser la place à un Dieu nouveau, un Dieu singulier qui prétendait que le sort de Dieu justement était de mourir parmi les hommes et de souffrir comme eux.

Pär Lagerkvist est l’auteur de romans singuliers, parmi lesquels j’avais beaucoup aimé Le Nain et Le Bourreau, lus il y a longtemps, ou La Terre sainte, plus récemment. Ils mettent en scène des destins d’hommes en quête d’un Dieu qu’il ne peuvent trouver, car pour eux les cieux restent vides, des sortes de fous de Dieu, de religieux sans religion possible. Avec cette vie de Barabbas, Lagerkvist invente le destin de ce criminel des Évangiles, essentiel au plan (divin?) conduisant Jésus vers sa mort, qui se trouve changé radicalement par sa rencontre avec Jésus, mais ne parvient pas à croire à la divinité de celui que ses disciples présentent comme l’incarnation de Dieu. C’est ce parcours que nous suivons, au fil d’une narration sans artifices, ni effets de style, bien en prise avec le destin de cet homme insensible à l’effort de réenchantement du monde proposé par le nouveau christianisme.

Pourtant il se trouve que Jésus est cet homme, malingre, fragile, innocent, mais d’une présence exceptionnelle, environné d’une clarté si difficile à décrire, qui choisit d’aller au devant de sa mort et de prendre volontairement la place sur la croix d’un homme comme Barabbas, paillard, violent, malhonnête. Tout au long du roman, Barabbas est hanté par ce qui lui apparaît comme une incohérence. A Jérusalem d’abord, puis esclave dans les mines de cuivre à Chypre, enchaîné à un autre esclave, enfin à Rome, où il participe à l’incendie de la ville impériale, Barabbas, qui porte aussi en lui le secret d’un faute, d’un acte de violence commis contre une jeune femme, que l’auteur se contente de suggérer dans le fil de sa narration, poursuit sa vie marquée par le rendez-vous manqué avec Jésus et les siens. Un très beau livre, un de plus de ce grand auteur hanté par le thème du Bien et du Mal, le sens de la Faute, et d’un besoin d’amour, de consolation impossible à combler, qui inspira un film, assez fidèle, je crois me rappeler, en 1961, dirigé par Richard Fleischer, avec Anthony Quinn dans le rôle de Barabbas.

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  Marathon lecture suédois Un billet publié dans le cadre d’Un hiver suédois animé par Marjorie

Livre lu lors du Marathon de lecture suédois

Hjalmar SÖDERBERG: Le Jeu sérieux

Söderberg, Le jeu sérieuxUn été, alors qu’ils se trouvent l’un et l’autre en villégiature dans l’archipel idyllique qui s’étend entre la capitale suédoise et la mer, deux jeunes gens échangent des baisers et des mots d’amour. Lydia est la fille d’un peintre de paysages, qui a connu le succès en son temps; Arvid, un jeune licencié, qui rêve d’arriver à quelque chose dans sa vie. Mais des baisers échangés un été, dans le jardin d’une demeure, au bord de la Baltique, entre les pins, les rochers et les rencontres musicales qu’organise le vieux peintre Stille, peuvent-ils suffire à sceller le destin de toute une vie, comme il arrive couramment dans les romans sentimentaux ? Des années plus tard, mariés chacun de leur côté, mais n’ayant pas trouvé l’amour dans le mariage, Arvid et Lydia se rencontrent, à l’opéra. Comment quelque chose d’aussi volatile que l’amour entre deux personnes peut-il renaître quand le temps a passé? Est-il vraiment possible de rattraper les occasions manquées?

De ce Jeu sérieux, je dirai d’abord que c’est un très beau roman, un magnifique roman d’amour, même si j’hésite un peu à employer ce terme, afin de ne pas induire en erreur ceux qui ne connaissent rien de l’amour selon Hjalmar Söderberg – un auteur bien injustement méconnu par chez nous, un des deux grands pourtant de la littérature suédoise, à côté d’August Strindberg. Car il n’est pas facile justement de parler de ce roman d’amour, à l’écriture discrète, procédant par toutes petites touches et des effets d’ironie si subtils qu’ils épousent à la perfection toutes les modulations du sentiment amoureux. Le jeu sérieux. Dès le titre, pourtant, nous sommes prévenu: l’amour est un jeu, mais est un jeu sérieux. Un jeu capable de provoquer blessures et souffrances. Un jeu, où ce qui se joue met en danger parfois l’intégrité des êtres, ce qu’ils investissent d’eux-mêmes, de leurs passions, de leur représentation de l’autre, et leur capacité à se retirer du jeu à temps. Tout autant cruel parfois et subtil que Milan Kundera, mais d’une autre manière, Hjalmar Söderberg, dont j’avais déjà cet été apprécié Docteur Glas, m’a permis de retrouver cette peinture subtile de l’amour, de ses espoirs, de ses tourments, mais aussi de la part de folie, de déréalisation qui l’accompagne.

Arvid Stjärnblom, le personnage masculin, est un jeune ambitieux discret, qui ne s’accommode pas de l’idée de mener toute sa vie une carrière de professeur. Dans Stockholm dont le décor, en 1900, est rendu discrètement par l’auteur, mais qui occupe le récit de sa présence manifeste – sans doute l’une des grandes capitales de la littérature et une ville ouverte sur l’Europe – voilà qu’il prend la profession de journaliste, grimpant de poste en poste: il traduit les articles publiés dans la presse étrangère, devient critique musical, puis assure la fonction respectée de spécialiste de la politique étrangère. C’est un homme arrivé, même s’il n’est pas fortuné, un peu mené cependant par le jeu des sentiments qu’il ne maîtrise pas. « Trahi » par son amour de jeunesse, Lydia, dont il apprend le mariage avec un vieux savant fortuné par une annonce dans le journal, il a trouvé plus tard à se marier avec la fille d’un homme influent, qui lutte tous les jours contre la banqueroute, au terme d »une aventure sentimentale dont il a été le jouet. Mais Arvid n’a jamais oublié Lydia. De cette souffrance, dont très subtilement l’auteur choisit de ne jamais parler que de biais, il lui reste un fils, un fils naturel, conçu par dépit, sur un coup de folie et de désir, avec une de ses jolies voisines, le soir du mariage de Lydia.

Sans doute, la rencontre de Lydia et d’Arvid, des années après leur rupture, est le moment le plus attendu par le lecteur – une rupture en fait qui n’a pas jamais vraiment eu lieu, un simple glissement dans le vide, à la scandinave: ils ont cessé tout simplement un jour de se voir; le manque de fortune d’Arvid ne lui a pas permis de lui proposer le mariage. Une nouvelle aventure s’engage, dont je ne dirai pas trop, pour ne pas non plus écorner le plaisir de la lecture, aventure sécrète cependant, commencée à l’hôtel, puis dans le modeste appartement que Lydia occupe à Stockholm.

Mais comment comprendre cette aventure? Le désir de liberté, bientôt les infidélités de la jeune femme, comment les lire? Un désir de revanche? L’expression d’un caractère qui a toujours été léger? De l’immaturité? La peur de s’engager dans une liaison qui la consume? Le besoin de tester les limites de son compagnon? Les signes sont là d’une relation qui s’illusionne: dès le début du roman, le fait que la jeune fille est courtisée par trois hommes, qui repartent chacun avec l’idée qu’ils comptent dans son coeur; ou le cimetière depuis lequel Arvid guette s’il y a de la lumière chez sa maîtresse. Habile romancier des demi-jours du coeur humain, Söderberg tresse le réel et l’imaginaire, l’un des motifs qui domine son oeuvre. A la fin, pourtant, une phrase pourrait donner le sens de cette histoire. Mais cette phrase, c’est Arvid qui la prononce, et nous ne saurons donc jamais de quelle manière elle commente le récit: est-ce la clé des comportements de Lydia ou simplement une nouvelle illusion d’Arvid à croire qu’il a toujours compté d’une certaine manière pour celle dont il est en train justement de s’éloigner?

« Elle avait tout de même une étrange manie: toujours choisir ses amants parmi mes amis et mes connaissances… »

Après tout, n’est-ce pas une leçon donnée à notre propre crédulité de lecteur: celle de penser que des baisers échangés vers vingt ans peuvent donner à eux seuls le motif de toute une vie? A moins que tout cela ne soit possible… Et c’est, selon que l’on prend l’une ou l’autre attitude, de deux manières très différentes que se donne à comprendre le destin amoureux d’Astrid et de Lydia. A moins que ce ne soit à la fois l’une et l’autre. Je le disais: un subtil, un très subtil roman d’amour.

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Livre lu lors du Marathon de lecture suédois

Emile ZOLA: LŒuvre

LOeuvreClaude Lantier, qu’on a croisé déjà dans Le Ventre de Paris, est devenu le chef de file de l’Ecole du Plein air. Au centre d’un groupe de jeunes gens qui rêvent de renouveler les principes de l’art, il fait figure de maître précoce. Tous attendent de lui le chef-d’oeuvre qui les propulsera au devant de la scène artistique. Mais Claude est une nature anxieuse, un peintre audacieux et habile dans ses esquisses, mais qui peine à achever ses oeuvres. Un soir, il fait la rencontre fortuite d’une jeune femme, Christine, qu’il héberge. Christine ne tarde pas à s’offrir à lui: elle devient son modèle; bientôt les deux jeunes gens se mettent en ménage. Au salon des Refusés, Claude expose son tableau, qui fait scandale…

Génie mangé par son génie, incapable d’accomplir dans son art la révolution dont il était seul capable, Claude Lantier demeurera sans aucun doute le plus beau gâchis du cycle des Rougon-Macquart, qui s’y connaît pourtant en destins de ce genre. Dans un très beau final, qui suit le cercueil de Claude jusqu’au cimetière, abandonné de tous, ou presque, sauf des deux seuls amis qui lui sont restés fidèles, Sandoz, l’écrivain, provençal comme lui, monté avec lui de Plassans à Paris, et Bongrand, un peintre. Sandoz, justement, l’écrivain, a cette formule à la fois très juste et très cruelle sur le destin artistique du personnage central du roman:

 

« Non, il n’a pas été l’homme de la formule qu’il apportait. Je veux dire qu’il n’a pas eu le génie assez net pour la planter debout et l’imposer dans une oeuvre définitive… Et voyez, autour de lui, après lui, comme les efforts s’éparpillent! Ils en restent tous aux ébauches, aux impressions hâtives, pas un ne semble avoir la force d’être le maître attendu. »

Travailleur acharné, mais inspiré, exalté, Claude est le type même du créateur aux visions esthétiques nouvelles, mais resté prisonnier d’une conception encore trop romantique de son art. C’est le malheur de notre génération, confie à un moment Sandoz: ce grand écart entre les ambitions d’un ultra-réalisme, à la Courbet, exigeant qu’on fasse évoluer les motifs, les sujets, un décapage du regard, allié à une belle manière de peindre et à l’invasion de la couleur d’un côté, et de l’autre une imagination encore tout empêtrée de représentations romantiques. Obsédé par la représentation des formes, de la chair du corps féminin, par la puissance de la « gorge », Claude finit par vouloir placer du nu partout, comme un bloc détaché des Académies, mais à sa manière, et sans aucun soucis de la vraisemblance de sa peinture.

Il en ressort un extraordinaire portrait tragique. Zola, qui a beaucoup investi de lui-même dans ce roman, y montre les artistes en proie aux affres de la création, pris dans ce qui n’est peut-être qu’une chimère: réussir, c’est-à-dire être reconnu, en produisant des formes nouvelles. Car le public est-il forcément éclairé? Et si la postérité continuait à valoriser des oeuvres de second ordre? Cela donne une réflexion intéressante sur l’art au temps de sa démocratisation, plus quelques portraits intéressants des tensions qui peuvent travailler dès le départ un groupe de jeunes gens comme celui de Claude et de ses proches, dans lequel on reconnait aisément celui des impressionnistes. Au cours du roman, les jeudi de Sandoz, où celui-ci réunit ses amis à dîner, sert de témoignage, cruel lui aussi, de l’évolution des personnages: certains trouveront leur public, comme Fagerolles, qu’on accusera d’avoir bradé la formule; à l’opposé, Claude, reconnu d’abord comme un chef de file, finira par être rendu responsable des échecs de chacun.

Bref, L’Œuvre est un roman touffus, même si l’action en est ténue, un moment important sans doute dans le cycle de Zola, étant donné les mises aux points importantes que l’auteur, à présent sûr de sa méthode, et enfin reconnu, y donne sur l’art en train de se faire en général. Deux grilles de lectures couramment employées me semblent ainsi empêcher de prendre toute la mesure de ce roman. On confond souvent Claude et Cézanne, prétextant de la proximité de Zola et de son ami peintre, tous deux venus d’Aix-en-Provence. Cézanne d’ailleurs s’est reconnu dans le personnage de Claude, au point de rompre alors toute relation avec Zola. Bien sûr, il y a du Cézanne dans Claude: sa lenteur, sa difficulté à conclure une oeuvre. Et on pourra remarquer à l’occasion que visiblement Zola n’a rien compris justement à ce qui fait de Cézanne, jusqu’à ses difficultés de peindre, le premier grand artiste moderne. Mais au détour des pages du roman, Claude nous fait autant penser à Manet (son tableau qui fait scandale reprend le motif du Déjeuner sur l’herbe), à Monet (l’éclatement de la couleur), mais bien sûr aussi à Cézanne (cette tentative de dépasser l’impressionnisme au profit d’une peinture de la forme et d’une théorie abstraite des couleurs, laissant des zones de la toile vide, qui n’est pas un échec, comme le croit Zola, mais une des grandes conquêtes de l’histoire de la peinture, puisque la difficulté du geste artistique y  acquiert enfin le statut d’art). La deuxième grille de lecture qui selon moi gêne un peu la lecture de ce volume des Rougon-Macquart est d’y voir avant tout un roman sur la peinture. Or, il est au moins autant question du roman lui-même au cours du récit. Par l’intermédiaire de Sandoz, son double, qui comme lui a mis sûr le métier une vaste entreprise et s’engage, par un travail acharné, à faire avancer son oeuvre et à lâcher régulièrement un volume, qu’il sait imparfait, dont l’écriture le fait souffrir, Zola livre ici un très bel auto-portrait, en même temps qu’un puissant manifeste sur les conditions nécessaires à la création artistique: acceptation d’un certain nombre de convention (celle de l’intrigue par exemple), pour se montrer plus radical sur l’essentiel (libérer la nature dans l’art, abandonner toute censure sur l’usage qu’on fait du langage).

C’est donc un roman très riche, qui appellerait à son tour tout un livre, si l’on voulait bien en parler. Un roman où Zola, lui-même, à l’occasion, sait se faire peintre et donner pour ainsi dire de l’intérieur la compréhension de cet oeil qu’est un peintre, dans des descriptions magnifiques, mais parfois douloureuses de la nudité de Christine, du petit cadavre déformé de leur fils, mort précocement, des bords de Seine à Paris ou de la campagne. C’est aussi le roman de scènes d’anthologie, comme celles des salons, le salon des refusés au début du roman, et surtout, à la fin, celle du salon où Claude finit enfin par entrer, mais sans succès, et où devant le tableau de Fagerolles, qui fait lui un succès, il se retourne, dos à la toile, le public extasié se révélant alors sous son oeil de peintre en pleine séance d’admiration d’une peinture qu’il ne comprend pas plus que celle dont naguère il se moquait – un grand moment à la fois de peinture et de satire sociale! Enfin, L’Œuvre est un magnifique portrait de femme, celui de Christine, jeune femme délicate, d’abord choquée par la peinture de Claude, que la passion du peintre cependant emporte dans une véritable fureur d’amour. Bien sûr, leur relation est fondée sur un malentendu: offrant sa nudité à contempler au peintre dans un geste d’impudeur fou qui scelle leur union, Christine n’y trouvera pas le développement gentiment érotique, léger qu’aurait pu avoir cette entrée en matière. Bientôt, c’est son portrait lui-même sur la toile qui devient sa rivale, Claude la délaissant au profit de cette forme à laquelle il revient sans cesse. Mais ce qu’elle dit finalement, son destin malheureux, est aussi celui de l’artiste, dont elle a épousé la carrière: un peintre, fou de réalité, mais qui ne peut entrer en relation finalement avec cette réalité dont il prétend se faire l’observateur minutieux. La dernière nuit de Claude et de Catherine, nuit de passion retrouvée, de débordement amoureux, d’union vécue au cours de multiples jouissances, finit par s’abîmer dans la vision de Claude, pendu au petit matin, devant la toile qu’il ne parvient à achever et de Catherine, laissée seule, au seuil de ce qu’elle avait cru pouvoir être une nouvelle vie.

Les Rougon-Macquart: n°14

Challenge XIXème siècle

1-mois-1-e-book.jpgUn classique par mois

Challenges XIXème siècle, Un mois un e-book et Un classique par mois


Ed McBAIN: Victime au choix (87ème District, 5)

McBain 1Au milieu d’une boutique de vins et spiritueux, le corps d’Annie est retrouvé, parmi les débris des bouteilles jonchant le sol. Un nouvel inspecteur, au nom improbable de Cotton Hawkes, est muté au 87ème district, pendant que Havilland, l’un des poids lourd de l’équipe, fait sa sortie, le corps troué de balles. C’est une double enquête qui commence, et la vie du commissariat qui continue…

Moins abouti dans sa forme que les précédents volumes de la série, ce cinquième épisode du 87ème District est l’un de ces moments de transition, comme il y en a dans toute série, surtout de l’ampleur de celle d’Ed McBain (plusieurs dizaines de volumes sur plusieurs décennies): un personnage important des premiers volumes fait sa sortie (Havilland, la brute corrompue du commissariat, mais un bon flic tout de même, apprécié de ses collègues); un autre (Cotton Hawkes) fait son entrée, menaçant par ses maladresses de laisser Carella sur le carreau, avant de racheter son droit à faire parti de l’équipe, en enquêtant en solitaire sur l’assassinat d’Havilland.

L’enquête principale est dans la veine assez classique du polar lorsqu’il tend vers l’étude de moeurs. Au centre de l’intrigue, la victime, Annie, qui a divorcé il y a peu, est une personnalité énigmatique, dont chacun de ceux qui l’ont approché offrent un portrait singulièrement différent. Chargés d’enquêter sur la mort de cette personnalité kaléidoscopique, les inspecteurs du 87ème district se retrouvent confrontés à une investigation qui les met successivement en contact avec la mère d’Annie; la petite Monica, sa fille, qui pourrait bien sans le savoir détenir la clé de l’enquête; Boone, son ex mari devenu un photographe renommé vivant dans les beaux quartiers d’Isola; Phelps, le propriétaire de la boutique de spiritueux dans laquelle Annie, son employée, a été tuée, et sa femme, une personnalité cynique engagée à ne pas laisser filer un mari qui collectionne les aventures sentimentales. Assez grinçant, le constat est celui d’une humanité ordinaire. Et le 87ème district, ce district où l’on collectionne toutes les blessures de la ville, confirme sa place particulière d’observation des maux et des modes de vie d’une grande cité moderne.

Ed McBAIN: Faites-moi confiance (87ème district, 4)

McBain 1Le cadavre d’une jeune fille est repêché, près du pont Hamilton. Triste spectacle, qui, une fois de plus, va mettre les agents du 87ème district, la rage au ventre, sur la piste d’une infâme manipulation. Très vite, la preuve est faite que la jeune fille ne s’est pas noyée, mais qu’elle était morte avant. Comme seul indice, un tatouage, entre le pouce et l’index, figurant dans un coeur les trois lettres MAC, semble être l’indication d’un prénom. Un prénom, vraiment? Qui est le criminel? Et quel intérêt avait-il de tuer? « Tout le monde a le droit de gagner sa vie. En Amérique, c’est comme ça. On prend une suée, et on se gagne un dollar. […] C’est comme ça que ça se passe en Amérique et tout le monde a le droit de gagner sa vie. La loi trouve la poursuite du dollar tout à fait légitime. Mais elle trouve parfois à redire aux méthodes que l’on emploie.« …

Avec ce quatrième volume de la série des 87ème district, Ed McBain parvient sans conteste à la pleine maîtrise d’un genre élaboré de romans en romans: des récits policiers de nouvelle manière, dont le héros réel n’est plus une figure unique, mais toute une équipe de policiers, réunis dans le commissariat du 87ème district d’Isola, double fictionnel de New-York. Un roman très réussi donc. Bien sûr, comme dans les précédents, on pourra trouver l’intrigue (ou plutôt les intrigues), un peu classique: à côté de l’enquête sur la mystérieuse noyée, qui se révèle la victime d’un tueur en série qui a fait des lectrices du courrier du coeur ses proies potentielles, la vie du commissariat continue, occupée par le souci de mettre la main sur un duo d’escrocs, aux méthodes toujours changeantes. Mais le talent d’Ed McBain est ailleurs, en particulier dans cette formidable créativité narrative, qui en fait l’un des inventeurs de la narration populaire moderne, telle qu’on la trouve aujourd’hui encore dans les séries télévisées. Faites-moi confiance, autour de ce mot d’escroc, s’organisent thématiquement les différentes intrigues: l’exploitation des sentiments, qui peut aboutir jusqu’au crime le plus crapuleux, le plus sordide; mais qui est aussi la clé de la petite escroquerie quotidienne, ainsi que le mot d’ordre de tous les bonimenteurs, qui prospèrent dans une société organisée autour du gain d’argent. Mais c’est aussi la clé du don de soi, de l’amour véritable: des petits mensonges que sont obligés de faire Claire et l’inspecteur Kling pour tâcher de sauver leurs vacances ou de l’intervention, décisive pour l’enquête, de Teddy, la femme de l’inspecteur Carella, qui donne son final trépidant au roman.