Zygmunt MIŁOSZEWSKI: Quelqu’un derrière les murs

Published by Cléanthe on

Robert et Agnieszka viennent d’emménager dans un immeuble de Varsovie lorsqu’un de leurs voisins, saisi d’une inexplicable panique, tente de sortir de l’ascenseur alors que celui-ci est encore en marche. Il meurt décapité. Drôle de façon de prendre possession de son nouveau logement! Et les choses ne vont pas s’arranger. Des habitants commencent à être victimes d’hallucinations et de cauchemars, tandis qu’un mystérieux voisin semble avoir piraté l’interphone pour écouter ce qui se passe dans les appartements. Bientôt, le plus inquiétant n’est même plus ce qu’on entend derrière les murs: les habitants découvrent qu’ils ne peuvent tout simplement plus quitter l’immeuble. Agnieszka se rapproche alors de Wiktor, ancien journaliste d’investigation alcoolique, et de Kamil, adolescent en guerre contre ses parents. Ensemble, ils vont essayer de comprendre ce qui transforme peu à peu leur immeuble en piège…

Quelqu’un derrière les murs est le premier roman de Zygmunt Miłoszewski, publié en Pologne en 2005 sous le titre Domofon, bien avant les enquêtes du procureur Szacki qui ont fait connaître l’auteur en France. Je continue avec ce roman mon exploration de la littérature polonaise. C’est un roman d’horreur, qui reprend un motif aussi ancien que le genre fantastique, celui de la maison hantée, pour l’installer dans un bloc d’habitation contemporain.

On passe un sacré bon moment avec cette histoire, pimentée à souhait, avec sa dose d’inquiétude et de mystère, et ce décor (celui des grands ensembles hérités de l’ère communiste). Un curieux mélange de grotesque, d’humour et de peur donne un ton singulier au roman. Ainsi, si certaines situations sont franchement drôles, les personnages parfois excessifs, les réactions des habitants volontiers absurdes, Miłoszewski ne renonce pourtant jamais à la tension. Au contraire: le rire et l’effroi semblent naître du même dérèglement du quotidien. On sourit, puis quelque chose bascule et ce qui paraissait grotesque devient soudain inquiétant.

Car l’immeuble se referme progressivement sur ses habitants. Les communications avec l’extérieur deviennent impossibles, les comportements se dérèglent, les hallucinations prennent corps. L’ascenseur, l’interphone, les couloirs, les appartements voisins: tout ce qui appartient au décor le plus banal de la vie urbaine devient menaçant. Et il faut reconnaître que Miłoszewski parvient parfois réellement à faire peur.

La chute, enfin, donne au roman une dernière torsion. La frontière entre les vivants et les morts, que l’on croyait encore pouvoir tracer, devient beaucoup moins assurée. Les fantômes ne sont peut-être pas seulement ces présences que l’on redoute derrière une porte ou un mur: certains étaient là, sous nos yeux, depuis bien plus longtemps qu’on ne le pensait. Cette révélation oblige à reprendre mentalement une partie de l’histoire et achève assez joliment le jeu de Miłoszewski avec les conventions du récit de revenants.


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