Août 26 – Escapades en Europe: Stations balnéaires en Europe

Published by Cléanthe on

Avant de revenir sur vos lectures du mois, je dois commencer par présenter mes excuses à tous les participants du challenge pour ce récapitulatif un peu tardif. Les mois de juillet et d’août auront été bien remplis de mon côté: d’abord la fin d’un périple européen, physique celui-ci, qui m’a conduit jusqu’à Gdańsk en Pologne, avant un long détour par Bordeaux et Millau; puis, à peine rentré, les travaux d’aménagement d’une nouvelle pièce entièrement consacrée à ma bibliothèque. Entre valises, kilomètres, dessins, lectures, cartons de livres et travaux de peinture, je n’ai guère trouvé le temps, ces dernièrs jours, de publier davantage que la liste de vos différents billets. Il était donc grand temps de reprendre le fil de nos Escapades en Europe et de revenir plus posément sur cette étape consacrée aux stations balnéaires.

Le thème pouvait sembler léger: plages, grands hôtels, villas, promenades et bains de mer. Vos lectures ont pourtant montré que la villégiature littéraire est rarement de tout repos. Le bord de mer apparaît volontiers comme un lieu de suspension, où les habitudes se relâchent, où les souvenirs remontent, où les désirs s’avouent et où l’Histoire affleure sous la carte postale.


De mon côté, avec Thomas MANN et La Mort à Venise, je vous emmenais au Lido, où le séjour de repos de l’écrivain Aschenbach se transforme en fascination pour le jeune Tadzio, tandis que le choléra gagne la ville. Sous l’élégance du Grand Hôtel et la douceur trompeuse des journées de plage, la villégiature devient peu à peu une expérience du désir, de la beauté et de la mort.


Avec Reste l’océan de Marie POINTURIER, Ingannmic nous entraîne sur la côte landaise. Béa, cinquante ans, y retrouve chaque été le surf et, avec lui, une manière très physique de se mesurer au temps qui passe et de retrouver le sentiment d’être pleinement vivante.

Claudialucia nous offre presque une petite histoire des bains de mer. Avec BALZAC et son Drame au bord de la mer, elle nous emmène d’abord au Croisic, au moment où la mode des bains commence à transformer les côtes françaises. Puis direction Biarritz, observée par Victor HUGO avant sa métamorphose mondaine, et bientôt baignée par la lumière des plages de Joaquín Sorolla.


De l’autre côté de la Manche, Tadloiducine explore deux visages très différents de la station balnéaire. Dans Le Rocher de Brighton de Graham GREENE, le décor touristique dissimule la violence et les gangs. Avec De Gaulle à la plage de Jean-Yves FERRI, changement complet d’atmosphère: même le Général a droit à ses vacances, en short et face aux joies parfois déroutantes de la plage.


Ostende aura été l’une des destinations les plus fréquentées de cette étape. Anne y est partie avec Retour à Ostende de Benoît DAMON, hanté par l’univers de James Ensor, puis avec Ostende au bout de l’Est, recueil où textes et photographies composent une ville de pluie, de brouillard et de solitude. Elle a également traversé la Manche avec Sur la plage de Chesil de Ian McEWAN, où une nuit de noces au bord de la mer suffit à faire basculer une existence.

Toujours à Ostende, Sunalee a lu Ondine de Jennifer VRIELINCK, roman flamand non traduit où la mer et la ville deviennent les lieux d’un attachement intime auquel on n’échappe jamais tout à fait. Elle nous a aussi emmenés le long de la Baltique allemande avec Ghosts on the Shore de Paul Scraton, voyage parmi les plages, les stations désertes et les différentes strates de l’histoire allemande.

La Baltique encore avec Tullia, qui a lu en allemand Wellen (Le Murmure des vagues) d’Eduard von KEYSERLING. Dans la Courlande du début du XXe siècle, une société aristocratique en villégiature voit ses certitudes vaciller au contact de Doralice, jeune femme qui a quitté son mari pour un peintre. Comme chez Mann, le bord de mer devient un espace où les conventions se fissurent et où les désirs circulent plus librement.


Enfin, c’est Nathalie, ce mois-ci, qui a choisi un joli pas de côté en suivant Jean COCTEAU entre Menton et Villefranche-sur-Mer, de la salle des mariages de Menton à la chapelle Saint-Pierre. Une promenade artistique et méditerranéenne qui élargissait heureusement notre définition de l’escapade balnéaire.


Il faudra peut-être un jour que je m’amuse à dresser la carte de ces Escapades. Au terme de ce nouveau voyage, notre carte s’est donc étendue de Venise à Ostende, de la Bretagne à la Baltique, de Brighton à Biarritz, des Landes à la Méditerranée. Et ce qui frappe, c’est que la station balnéaire apparaît rarement comme un simple décor de vacances. Elle devient lieu de mémoire, de crise, d’émancipation, de désir ou de métamorphose. Nous étions partis chercher les plages. Nous avons trouvé des fantômes, des secrets, quelques meurtriers, des désirs inavouables, un général en short et beaucoup de mélancolie.

Merci à toutes et tous pour vos participations !



En septembre, nous quittons les plages (enfin peut-être…) pour gagner les Balkans, carrefour de peuples, de langues, de religions et d’histoires. Une nouvelle escapade en perspective.


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