Escapades européennes: en route pour les Balkans

Published by Cléanthe on

Après les plages et les stations balnéaires du mois d’août, les Escapades européennes reprennent la route. En septembre, cap vers les Balkans !

Mais où commencent exactement les Balkans, et où finissent-ils ? La question n’est pas si simple. Plus qu’un territoire aux frontières parfaitement définies, ils forment un espace de rencontres et de passages, où se sont croisés pendant des siècles peuples, langues, religions et empires. Monde ottoman, influence austro-hongroise, héritage byzantin, expérience yougoslave : les frontières y ont beaucoup bougé et l’Histoire s’y lit souvent à même les paysages, les villes et les familles.

Cette complexité a naturellement nourri une littérature particulièrement riche. On y rencontre des ponts et des frontières, des villages où plusieurs communautés vivent côte à côte, des familles ballottées par l’Histoire, des guerres et des exils, mais aussi beaucoup d’humour, de merveilleux et de personnages qui tentent simplement de vivre au milieu des bouleversements du siècle.

Pour ceux qui chercheraient des idées de lecture, voici donc quelques pistes.


Ponts, empires et vieilles frontières

Difficile de commencer ailleurs qu’en Bosnie avec Ivo Andrić, prix Nobel de littérature en 1961. Le Pont sur la Drina prend pour personnage principal, ou presque, le pont de Višegrad: autour de lui se succèdent pendant plusieurs siècles générations, empires, religions et conflits. Une formidable porte d’entrée dans l’histoire complexe de la région. Je pense également La Chronique de Travnik, un roman historique ambitieux, qui m’avait profondément marqué, il y a maintenant près de vingt ans: aux marges de plusieurs Empires, diplomates français et autrichiens se retrouvent au début du XIXe siècle dans une petite ville de Bosnie encore ottomane.

Autre grand écrivain bosniaque, Meša Selimović situe Le Derviche et la Mort dans un univers ottoman volontairement indéterminé. À travers le destin d’un religieux confronté à l’arbitraire du pouvoir, le roman devient une méditation beaucoup plus universelle sur la justice, la peur et les compromis auxquels conduit l’exercice du pouvoir.


De la Yougoslavie à son éclatement

Impossible d’aborder les Balkans sans croiser l’histoire de la Yougoslavie, qui a produit elle-même une littérature circulant entre plusieurs langues, cultures et appartenances.

De Danilo Kiš, on pourrait choisir Jardin, cendre, récit d’enfance hanté par la disparition du père et par la catastrophe européenne, ou le plus sombre Un tombeau pour Boris Davidovitch.

Pour approcher les conséquences de l’éclatement du pays, Dubravka Ugrešić interroge dans Le Ministère de la douleur l’exil, la nostalgie et l’impossibilité de retrouver un pays qui n’existe plus. Aleksandar Hemon, né à Sarajevo et installé aux États-Unis, donne lui aussi à l’expérience du déplacement et de l’identité perdue une forme singulière dans ses romans.

Et pourquoi ne pas passer par la bande dessinée ? Dans Goražde, Joe Sacco mêle reportage et témoignages pour raconter le siège de cette enclave bosniaque pendant la guerre des années 1990.


Albanie, Macédoine : au pays des frontières

L’Albanie offre évidemment une autre grande figure de la littérature balkanique avec Ismail Kadaré. Avril brisé, autour de la vendetta et du vieux code du Kanun, est sans doute l’un de ses romans les plus immédiatement accessibles. Mais Le Général de l’armée morte, qui voit un officier italien revenir en Albanie pour retrouver les corps des soldats tombés pendant la Seconde Guerre mondiale, constitue une autre très belle entrée dans son œuvre. Quant au Palais des rêves, il transforme l’Empire ottoman en une inquiétante machine bureaucratique chargée de surveiller jusqu’aux songes de ses sujets.

À la croisée de l’Albanie et de la Macédoine, Luan Starova incarne presque à lui seul la complexité balkanique. Dans Les Livres de mon père, l’histoire d’une bibliothèque familiale accompagne celle d’une famille traversant les empires, les frontières et les exils. Voilà un titre qui ne peut que parler tout particulièrement aux amoureux des livres!


Bulgarie, Grèce et autres voix du Sud

Du côté de la Bulgarie, Georgi Gospodinov est devenu l’une des grandes voix européennes contemporaines. Dans Le Pays du passé, il imagine des cliniques où l’on reconstitue minutieusement différentes décennies afin que les malades atteints de troubles de la mémoire puissent retrouver le monde de leur jeunesse. Peu à peu, c’est pourtant l’Europe tout entière qui semble gagnée par la tentation du passé.

On pourra aussi découvrir Lisière de Kapka Kassabova, récit de voyage aux confins de la Bulgarie, de la Grèce et de la Turquie. Ancienne frontière du rideau de fer, cette région devient sous sa plume un territoire peuplé de souvenirs, de légendes, de contrebandiers et de fantômes de l’Histoire.

Et puisque la péninsule balkanique descend jusqu’en Grèce, pourquoi ne pas retrouver Nikos Kazantzakis avec Alexis Zorba? Crète, danse, désir de liberté: nous voilà dans des Balkans plus solaires, mais toujours traversés par les conflits entre traditions et monde moderne.


Quelques chemins de traverse

Comme toujours, rien n’oblige à suivre les routes les plus directes.

Avec L’Usage du monde, Nicolas Bouvier traverse dans les années 1950 la Yougoslavie avant de poursuivre vers la Macédoine, la Turquie et plus loin encore. Le voyage est ici affaire de lenteur, de rencontres et de disponibilité au monde.

On pourra également remonter vers la Roumanie avec Panait Istrati, grand conteur des marges balkaniques, et les aventures de Kyra Kyralina, ou choisir un récit, un polar, une bande dessinée, une pièce de théâtre: les Balkans offrent bien d’autres chemins que ceux des grands romans historiques.

Car c’est peut-être cela qui m’attire le plus dans cette étape: une littérature des frontières, mais de frontières qui ne cessent d’être traversées. Entre Orient et Occident, catholicisme, orthodoxie et islam, mondes slave, grec, albanais ou roumain, empires disparus et États nouveaux, les identités s’y superposent plus qu’elles ne s’effacent.


À vous maintenant de choisir votre route. Et RENDEZ-VOUS ici-même LE 15 SEPTEMBRE!


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