Le Phénix…

Toutes les choses au hasardTous les mots dits sans y penserEt qui sont pris comme ils sont ditsEt nul n’y perd et nul n’y gagne Les sentiments à la dériveEt l’effort le plus quotidienLe vague souvenir des songesL’avenir en butte à demain Les mots coincés dans un enferDe roues usées de lignes mortesLes choses grises et semblablesLes hommes tournant dans le vent Muscles voyants squelette intimeEt la vapeur des sentimentsLe coeur réglé comme un cercueilLes espoirs réduits à néant Tu es venue l’après-midi crevait la terreEt la terre et les hommes ont changé de sensEt je me suis trouvé réglé comme un aimantRéglé comme une vigne A l’infini notre chemin le but des autresDes abeilles volaient futures de leur mielEt j’ai multiplié mes désirs de lumièrePour en comprendre la raison Tu es venue j’étais très triste j’ai dit ouiC’est à partir de toi que j’ai dit oui au mondePetite fille je t’aimais comme un garconNe peut aimer que son enfance Avec la force d’un passé très loin très purAvec le feu d’une chanson sans fausse noteLa pierre intacte et le courant furtif du sangDans la gorge et les lèvres Tu es venue le voeu de vivre avait un corpsIl creusait la nuit lourde il caressait les ombresPour dissoudre leur boue et fondre leurs glaconsComme un oeil qui voit clair L’herbe fine figeait le vol des hirondellesEt l’automne pesait dans le sac des ténèbresTu es venue les rives libéraient le fleuvePour le mener jusqu’à la mer Tu es venue plus haute au fond de ma douleurQue l’arbre séparé de la forêt sans airEt le cri du chagrin du doute s’est briséDevant le jour de notre amour Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire Gloire le souterrain est devenu sommet La misère s’est effacée La place d’habitude où je m’abêtissais Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue Se sont mis à briller d’un feu battant des mains L’éternité s’est dépliée O toi Lire la suite

Clément Cogitore

Retour de vacances où, comme d’habitude, je vois, lis et fait plein de choses, mais où j’éprouve tant de mal à tenir mon petit carnet de lectures à jour. Parmi les belles expériences de ces 15 derniers jours, l’exposition Clement Cogitore, à la Base sous-marine, à Bordeaux, un lieu dont j’avais déjà dit beaucoup de bien cet été. Sous la pluie bordelaise de ce 24 décembre, la friche d’où émerge le beau lieu d’exposition méritait à elle seule la visite, pour qui apprécie la poésie particulière des environs portuaires. Une Lire la suite

Christian OSTER: Sur la dune

Décidé à s’installer à Bordeaux, mais plus tard, pour des raisons plus ou moins velléitaires, le narrateur est conduit jusqu’à un petit village de la côte landaise où il doit aider des amis à désensabler leur maison. A son arrivée cependant ses amis ne sont pas là. A l’hôtel, complet, aucune chambre n’a été réservée pour lui. Là pourtant il fait la connaissance de Charles Dugain-Liedgester, un homme aimable qui ne dort plus avec sa femme et qui lit tard le soir, et l’accueille volontiers dans sa chambre. A l’extérieur, Lire la suite

Le hasard des rencontres, la forme d’une ville

il m’est arrivé de croiser à plusieurs reprises les mêmes personnes dans les rues de Paris, des personnes que je ne connaissais pas. A force de les trouver sur mon chemin, leurs visages me devenaient familiers. Elles, je crois qu’elles m’ignoraient et que j’étais le seul à remarquer ces rencontres fortuites. Sinon, nous nous serions salués ou nous aurions engagé la conversation. Le plus troublant, c’est que je croisais souvent la même personne mais dans des quartiers différents et éloignés les uns des autres, comme si le destin – ou Lire la suite

Par Cléanthe, il y a

Le théâtre. Vous ne savez pas ce que c’est?

LECHY ELBERNONComme c’est tranquille ! La mer est comme un journal qu’on a étalé, avec les lignes et les lettres. Et là-bas, au-dessus de cette langue de terre, on voit les grands navires passer comme des châteaux de toile. – Ma chère, nous parlions de vous. Est-ce que c’est vrai que vous n’avez jamais été au théâtre ? MARTHE Jamais. LECHY ELBERNON Ô ! Et que jamais vous n’étiez sortie de votre pays ? (Marthe fait un signe que oui.) Et voici qu’il vous a emmenée ici. Moi je connais le monde. J’ai été partout. Lire la suite

Charles Ferdinand RAMUZ: La Grande Peur dans la montagne

Dans un village haut perché du Valais francophone, une petite communauté villageoise s’apprête à renvoyer des bêtes paitre dans un alpage d’altitude, resté inexploité depuis 20 ans. Le village est pauvre. Mais le souvenir de la « catastrophe » survenue à Sasseneire, au pied du glacier, a longtemps retenu les esprits, par un mélange de prudence et de superstition. Des années plus tôt en effet, des événements tragiques ont eu lieu là-haut, des événements que tous ont oublié aujourd’hui, ou s’efforcent d’oublier… La Grande Peur dans la montagne est sans doute l’un Lire la suite

Notre dame (Valérie Donzelli)

« Maud Crayon, est née dans les Vosges mais vit à Paris. Elle est architecte, mère de deux enfants, et remporte sur un énorme malentendu le grand concours lancé par la mairie de Paris pour réaménager le parvis de Notre-Dame… Entre cette nouvelle responsabilité, un amour de jeunesse qui resurgit subitement et le père de ses enfants qu’elle n’arrive pas à quitter complètement, Maud Crayon va vivre une tempête. Une tempête, qu’elle devra affronter pour s’affirmer et se libérer. » Que voilà une jolie comédie pour finir l’année! Sur un thème convenu Lire la suite

Dans la crevasse

Une légère brise parcourut la crevasse et je sentais sur mes joues un souffle glacial remonter des profondeurs. Une atmosphère étrange émanait de cette salle; les murs étaient animés d’un ballet de lueurs chatoyantes et d’ombres bleutées. À travers les reflets opalescents des parois de glace, quelques rochers lançaient leur éclat sombre et humide. Une mystérieuse menace hantait cet endroit, je sentais son haleine froide, et j’avais l’impression d’avoir pénétré dans un lieu sacré, un sanctuaire avec une formidable voûte de cristal et de murs enchâssés de centaines de pierres Lire la suite

Par Cléanthe, il y a

C’est un long voyage que ce voyage du chalet

Ils montent, ils vont de nouveau à plat, ils montent; c’est un long voyage que ce voyage du chalet, à cause de toute la gorge qu’il fallait longer d’abord d’un bout à l’autre. On compte quatre heures pour la montée, en temps ordinaire, et deux pour la descente, en temps ordinaire, mais le commencement de mai n’était pas encore un temps très favorable et les quatre heures se trouvèrent largement dépassées. Pourtant on avait vu les sapins s’espacer enfin et on commençait aussi à les distinguer jusqu’à la pointe, dans Lire la suite

Par Cléanthe, il y a