Lagerkvist, BarabbasDe Jésus de Nazareth, mort crucifié par les Romains, on sait ce que l’Histoire sainte nous en raconte. On connaît aussi l’histoire du premier siècle du christianisme, la diffusion de la nouvelle religion jusqu’à Rome, en particulier parmi les esclaves, le succès de la doctrine du Christ fondée sur la proclamation de l’amour universel. Mais de Barabbas, le sédicieux, le criminel, libéré par acclamation de la foule à Jérusalem à la place du Christ (c’est du moins ce que le Nouveau Testament nous en dit), que sait-on? Sur cette question, Pär Lagerkvist a construit un roman. C’est l’histoire de Barabbas, de la mort de Jésus, à laquelle il assiste, caché en retrait du lieu d’exécution, à sa propre mort, l’histoire d’un homme, un criminel, un coupable au regard de la loi des hommes, qui dut rester en vie afin de laisser la place à un Dieu nouveau, un Dieu singulier qui prétendait que le sort de Dieu justement était de mourir parmi les hommes et de souffrir comme eux.

Pär Lagerkvist est l’auteur de romans singuliers, parmi lesquels j’avais beaucoup aimé Le Nain et Le Bourreau, lus il y a longtemps, ou La Terre sainte, plus récemment. Ils mettent en scène des destins d’hommes en quête d’un Dieu qu’il ne peuvent trouver, car pour eux les cieux restent vides, des sortes de fous de Dieu, de religieux sans religion possible. Avec cette vie de Barabbas, Lagerkvist invente le destin de ce criminel des Évangiles, essentiel au plan (divin?) conduisant Jésus vers sa mort, qui se trouve changé radicalement par sa rencontre avec Jésus, mais ne parvient pas à croire à la divinité de celui que ses disciples présentent comme l’incarnation de Dieu. C’est ce parcours que nous suivons, au fil d’une narration sans artifices, ni effets de style, bien en prise avec le destin de cet homme insensible à l’effort de réenchantement du monde proposé par le nouveau christianisme.

Pourtant il se trouve que Jésus est cet homme, malingre, fragile, innocent, mais d’une présence exceptionnelle, environné d’une clarté si difficile à décrire, qui choisit d’aller au devant de sa mort et de prendre volontairement la place sur la croix d’un homme comme Barabbas, paillard, violent, malhonnête. Tout au long du roman, Barabbas est hanté par ce qui lui apparaît comme une incohérence. A Jérusalem d’abord, puis esclave dans les mines de cuivre à Chypre, enchaîné à un autre esclave, enfin à Rome, où il participe à l’incendie de la ville impériale, Barabbas, qui porte aussi en lui le secret d’un faute, d’un acte de violence commis contre une jeune femme, que l’auteur se contente de suggérer dans le fil de sa narration, poursuit sa vie marquée par le rendez-vous manqué avec Jésus et les siens. Un très beau livre, un de plus de ce grand auteur hanté par le thème du Bien et du Mal, le sens de la Faute, et d’un besoin d’amour, de consolation impossible à combler, qui inspira un film, assez fidèle, je crois me rappeler, en 1961, dirigé par Richard Fleischer, avec Anthony Quinn dans le rôle de Barabbas.

Un hiver en Suède-copie-1

  Marathon lecture suédois Un billet publié dans le cadre d’Un hiver suédois animé par Marjorie

Livre lu lors du Marathon de lecture suédois

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