Mois : juillet 2013

Pause estivale

Pile of old books

 

 

J’ai encore plein de livres à lire, des billets en retard à peaufiner…

 

Dans mon bagage j’ai emporté tout cela. Direction: une halte reposante, une chaise longue, et les pieds en éventail avec un bon livre, plus, il est vrai, quelques visites.

 

Je continue à jeter un coup d’oeil à vos commentaires, mais comme chaque année, au mois d’août, je prends quelques distance avec le suivi régulier de ce blog.

 

A bientôt donc, avec plein de nouveaux billets sur mes découvertes de lecture estivale (et la fin de mes billets sur le festival d’Avignon).

Jean-Jacques ROUSSEAU: Narcisse, ou l’Amant de lui-même

Rousseau, Pléiade 2Pour jouer un tour à Valère, jeune fat imbu de lui-même, Lucinde, sa sœur, et Angélique, sa fiancée, griment un de ses portraits en fille. Au lieu de se reconnaître et de rire du tour qu’on lui joue, le jeune coquet tombe aussitôt sous le charme de sa propre image, et décide de se mettre en chasse de la nouvelle élue de son cœur, au risque de mettre en péril son mariage avec Angélique, annoncé pour le jour même…

 

Un jeune homme – Valère – amoureux de son portrait, parce qu’il ne sait pas se reconnaître sous l’image de la jeune fille qu’on lui présente ; une jeune fille – Lucinde – amoureuse d’un jeune homme – Cléonte – qu’elle prend pour un autre que Léandre, avec qui on songe à la marier. Autour de cette double intrigue, Rousseau brosse une comédie enlevée, qui est plus qu’une curiosité dans l’œuvre du philosophe, si j’en crois en tout cas la belle réussite de l’interprétation donnée ce mois-ci au off d’Avignon, dans la mise en scène de Jean-Luc Revol. Que l’auteur du discours sur les sciences et les arts, que le pourfendeur du théâtre ait pu écrire une pièce dans le goût des comédies de Marivaux ne manque pas en effet de surprendre. Mais, dans la bibliographie de Rousseau, cette œuvre éclaire aussi d’un jour nouveau sa critique virulente de la comédie. Rousseau connaissait suffisamment le théâtre (il est l’auteur, en plus de cette pièce, d’un opéra, Le Devin de village, qui connut un petit succès à la Cour) pour que ne soit pas prise à la légère sa réflexion sur la représentation – y compris de soi même, qui fait l’objet de cette pièce

 

On en veut souvent à Rousseau en effet d’avoir dit, sans rire, que le progrès des sciences et des arts ne contribuait en rien au progrès de la moralité. Ses contemporains éclairés y virent un jeu d’esprit et se trouvèrent donc fort surpris en découvrant que Rousseau ne plaisantait pas. J’ai pour ma part toujours trouvé plus subtile qu’il ne paraît sa lecture du Misanthrope (comme celle d’ailleurs des Fables de La Fontaine). Molière – Rousseau a raison – ne manque pas de cruauté. Le problème du rire, c’est qu’il semble valoir comme une approbation : on est toujours du côté de celui qui fait rire. Le comique ne saurait donc servir à perfectionner les hommes. Quelle leçon morale dispense-t-il, sinon de faire rire des ridicules des hommes ? Mais celui qui est ridicule agit-il toujours faussement ? Et comment garantir que le rire est bien orienté ?

 

Le comique justement naît dans Narcisse d’un rire qui a mal tourné : pour se moquer de Valère, un peu trop amoureux de son image, sa sœur et sa fiancé lui soumettent un portrait de lui en fille. Mais le procédé est trop subtil pour Valère, incapable d’humour, en particulier à propos de lui-même, qui prend le portrait pour ce qu’il n’est pas. Sa sœur Lucinde, habile à lui jouer des tours, ne voit pas qu’elle est jouée elle-même, pour son bien, par son amie Angélique et par Léandre, le frère d’Angélique, qui cherche à se faire aimer d’elle sous le nom d’un autre, avant de révéler devant elle sa véritable identité.

 

Les connaisseurs de Rousseau ne manqueront pas bien sûr de reconnaître dans ces motifs entrelacés d’une pièce écrite à l’âge de vingt ans à peine l’une des questions fondamentales de l’anthropologie rousseauiste. Les pages célèbres du Second Discours (sur la différence de l’amour-propre et de l’amour de soi), de La Nouvelle Héloïse (sur l’homme du monde, tout entier dans son masque), ou du Contrat social (sur la critique de toute forme de représentation), étonnamment, naissent de cette pièce composée par un tout jeune homme, dans l’admiration des modèles de Molière et de Marivaux.

 

A Avignon, cette année, cette pièce est l’occasion d’une belle démonstration de théâtre : un Valère imbu de lui-même ; une Lucinde, trop vite montée en graine, et un peu sèche, même dans la confession de son droit à aimer ; un Lisimon, père de Valère et de Lucinde, transformé ici en une mère autoritaire, qui semble sortie des Fausses Confidences ; une Angélique jouée dans son désir de jouer un tour à son amoureux ; un Léandre discret, mais efficace ; une Marton espiègle ; enfin et surtout un magnifique Frontin, qui joue avec brio des registres de la grimace et de la pantomime pour faire se remplir la salle d’éclats de rire, suffisent à convaincre du potentiel comique de cette pièce.

 

Festival OFF d’Avignon

Théâtre du Balcon du 6 au 28 juillet 2013 à 15h40

 

Centre de Création et de Production MCNN  
Théâtre Comédie de Ferney-Voltaire
Avec : Richard Bartolini, Olivier Broda, Marie-Julie De Coligny, Louise Jolly, Cédric Joulie, Anne-Laure Pons, Valérie Thoumire

Metteur en scène : Jean-Luc Revol
Assistante : Valérie Thoumire
Scénographe : Sophie Jacob
Costumes : Eymeric François
Chorégraphie : Armelle Ferron
Création Lumière : Bertrand Couderc
Technique : Célio Ménard

Alexandre DUMAS: Les Trois Mousquetaires

Dumas (Alexandre), Les Trois MousquetairesEn avril 1625, montant tout droit de sa province, le jeune et fougueux d’Artagnan arrive à Paris, avec l’espoir de servir dans la compagnie des Mousquetaires du roi de Monsieur de Tréville. Trois duels au cours d’une même journée, plus une rixe commune contre les gardes du cardinal vont faire de d’Artagnan, Porthos, Athos et Aramis des inséparables. L’amour de la belle Mme Bonacieux, la logeuse de d’Artagnan, et l’affaire des ferrets de la reine décidera de la suite de leurs aventures…

 

J’ai profité de l’adaptation des Trois Mousquetaires à Avignon – un spectacle de cape et d’épée virevoltant et désopilant – pour relire le roman enlevé d’Alexandre Dumas. J’ai depuis longtemps le désir d’arriver à bout de la célèbre trilogie des Mousquetaires : Les Trois Mousquetaires – Vingt ans après – Le Vicomte de Bragelonne. Mais, à chaque fois, j’ai calé sur le troisième volume. J’espère, en reprenant la trilogie au départ, que celle-ci sera la bonne. Car j’ai retrouvé avec un vrai plaisir les aventures des quatre compères, en ce moment précieux, mythique de leur jeunesse, avant que l’âge et les évolutions historiques n’accusent leurs différences en rivalités. Il y a, en effet, dans Les Trois Mousquetaires, une vivacité, une fraîcheur de ton qui font de ce roman de Dumas, qui n’est pourtant pas le plus profond, un des sommets de l’œuvre. On trouve bien sûr dans Joseph Balsamo, dans La Reine Margot, dans Le Comte de Monte Cristo (je trouverai sans doute aussi dans Le Vicomte) une compréhension plus exacte du mouvement épique de l’Histoire, qui au plan individuel conduit souvent à la tragédie personnelle. Dans Les Trois Mousquetaires, malgré les moments de gravité ou de tristesse (l’aventure des mousquetaires se clôt sur la mort d’un amour de jeunesse et la révélation des malheurs d’Athos), la comédie l’emporte. Les Trois Mousquetaires, c’est la comédie triomphante de la jeunesse et de ses valeurs.

 

Un récit d’une belle linéarité, des duels, des cavalcades. Si je ne partageais pas en ce moment mon temps entre la lecture et les spectacles, je crois que j’aurais trouvé la force de relire le roman en une seule journée. Quatre soirées bien remplies ont suffi (il fait très chaud à Avignon, et on profite mieux des soirées, après le spectacle). C’est qu’il suffit d’ouvrir la première page : le premier jour du mois d’avril, à Meung, une foule se précipite du côté de l’hôtellerie du Franc Meunier où un jeune homme à l’allure de Don Quichotte menace de faire tâter de son épée à un homme qui a eu l’insolence de son moquer de son cheval qui méritait bien, la pauvre bête, le quolibet. Et déjà le charme opère. Ici commence le royaume des gasconnades, des coups d’épée, de l’amitié sans partage et de l’amour…

 

 

D’artagnan, hors la loi

(Grégory Bron)

Festival OFF d’Avignon

Espace Alya du 9 au 31 juillet 2013 à 17h15 les jours impairs

Afag Théâtre

Avec: Serge BALU, Grégory BRON, Benjamin DUBAYLE, Vincent DUBOS, Jean-Baptiste GUINTRAND, Philippe IVANCIC, Virginie RODRIGUEZ
Lumières : Marie-Jeanne ASSAYAG
Administration : Clémentine JULLE-DANIERE
Combats : Julien HANNEBIQUE, AFAG THEATRE
Costumes : Julia BOURLIER


Hjalmar SÖDERBERG: Docteur Glas

Söderberg (Hjalmar), Docteur GlasStockholm. 1905. Le docteur Glas conduit bourgeoisement sa vie, entre ses consultations et ses fréquentations en ville. Tous les jours, cet homme sensible, généreux rédige son carnet intime. Lorsque Helga, la femme du pasteur Gregorius, se présente dans son cabinet pour lui confier quelques secrets intimes et lui demande de la secourir, le docteur Glas va prendre fait et cause pour sa fragile patiente. D’autant qu’Helga est charmante, et que le docteur n’est pas indifférent au droit proclamé par la jeune femme d’aimer comme elle le souhaite…

 

J’ai découvert ce texte et cet auteur (considérés comme majeurs en Suède) grâce à l’adaptation de John Paval, à Avignon, qui incarne un docteur Glas romantique et sensible, capable de jouer de tous les registres : un doigt d’humour pince-sans-rire, une formidable aspiration à aimer, l’expression d’une âme tourmentée, ou du ravage d’une passion toujours rentrée, à fleur de peau – mélange très scandinave donc. Sofia Efraimson, très belle, un peu fragile sur scène, campe cependant aussi avec beaucoup de détermination la revendication d’Helga à être maîtresse de son amour. Tous les deux forment un couple fascinant, avec leur accent venu du nord, les mots suédois même que parfois ils susurrent sur scène, entre deux répliques en français, l’importance qu’ils savent donner aux non-dits dans une conversation qui se développe sur le mode de la confidence. Bref un des beaux moments de théâtre, selon moi, de ce festival off 2013.

 

Le texte lui-même de Hjalmar Söderberg est bouleversant et très moderne pour l’époque : un docteur comme il faut, qui cultive son besoin d’amour dans l’intimité d’une vie solitaire et une certaine forme d’inaction, se trouve placé devant un « cas » qui l’oblige à prendre position. Un jour, Helga, la femme du pasteur Gregorius, lui confie à quels appétits sexuels de son mari, dont l’intimité la dégoûte, elle doit répondre tous les soirs ; Helga, qui a épousé le pasteur sans amour, est tombée amoureuse d’un autre. Et elle demande au docteur de lui venir en aide, en lui inventant une maladie qui interdirait tout commerce entre elle et son mari. Cédant d’abord au besoin de protection, puis à l’amour qu’il ne tarde pas d’éprouver pour sa jeune patiente, le docteur Glas s’interpose entre Helga et le pasteur, jusqu’à commettre l’irréparable pour mettre définitivement Helga à l’abri de la bestialité de son époux. Certes, le pasteur Gregorius est un être abject, puritain, grossier envers sa femme, qui confond la défense de ce qu’il appelle « ses droits » conjugaux et le catéchisme, et menace Helga de l’enfer si elle refuse de se donner à lui. Par petites touches, Hjalmar Söderberg traite d’un sujet grave : celui du droit que les femmes ont sur leur propre corps et de la question du viol à l’intérieur du mariage. Mais la position du docteur Glas, qui pousse la défense du droit à l’amour jusqu’à se faire l’assassin du pasteur Gregorius, n’est pas non plus une position soutenable. Après son crime, il se retrouve plus seul qu’avant, condamné à garder pour lui la confession de son amour pour celle dont il a cherché à abréger le martyre.

 

 

Festival OFF d’Avignon

Espace Roseau du 8 au 31 juillet 2013 à 13h30

Compagnie des Etoiles du Nord

Avec: Sofia Maria Efraimsson, John Paval
Metteur en scène : Hélène Darche
Régisseur : Arnaud Bouvet

 

Andrew PAYNE: Synopsis

Payne (Andrew), SynopsisAlan et Brian, deux scénaristes qui travaillent pour la télévision, sont associés dans l’écriture de séries un peu faciles, grâce auxquelles ils ont atteint l’aisance matérielle et le succès – un duo hétéroclite qui se nourrit du talent et des limites de chacun. Mais Brian s’étiole auprès d’Alan. Quand Alan apprend que Brian a travaillé, dans le secret, à l’écriture d’un scénario pour le cinéma, et que celui-ci va bientôt être adapté, tout bascule. Jusqu’où peut aller l’amitié et la fidélité à son ami ?

 

Avec Andrew Payne, nous pénétrons dans le petit monde des scénaristes de séries télévisées. Alan, un peu fumiste, alcoolique, se nourrit du talent de Brian à mettre en forme ses idées fantaisistes. Ensemble, ils forment un duo efficace à « pisser » la copie pour le compte de productions télévisées stéréotypées. Andrew Payne, qui a travaillé lui-même pour la télévision, connaît bien ce milieu. Sur scène, un bureau, un fauteuil, un décor standardisé et sommaire. Deux personnages qui évoluent comme les personnages d’un épisode de sitcom un peu trash. L’écriture, parfois trop facile, hérite elle-même de la formule et du format des séries télévisées. Le talent d’Andrew Payne est de savoir poser la question de la création, des ambitions, de la réussite à l’intérieur même du monde qui les nourrit et les limite. Brian, pour percer à la télévision, a du renoncer à ses rêves de jeunesse. Peu à peu, son écriture s’est fourvoyée dans des projets stéréotypés. Mais c’est là aussi qu’il a trouvé le succès. Un grand appartement à Londres, une voiture de luxe allemande, une femme jolie que son ami même lui envie. Le projet d’un scénario pour le cinéma est pour lui un nouveau départ. La pièce d’Andrew Payne est la tragédie d’un homme que la télévision a prise et qui est condamné (je ne dévoile pas tout!) à cet enfermement.

 

Malheureusement, je n’ai pas été vraiment convaincu par la pièce. L’idée de deux auteurs de sitcom mis en scène dans une pièce construite comme un épisode de sitcom fait penser au dispositif de La Tante Julia et le scribouillard, mais on est bien loin ici cependant du génie de Mario Vargas Llosa. Autour de moi, à Avignon, le public semblait apprécier la pièce, et je n’ai entendu, à la fin de la représentation, aucun jugement négatif. J’ai moi-même passé un bon moment, mais sans plus. La pièce mérite cependant d’être vue, comme une revanche malicieuse du théâtre sur le monde dominant de la télévision et de ses codes : la passion de la scénarisation à tout prix, contre laquelle Andrew Payne donne quelques jolis coups de griffe, y est joliment moquée, mais sans méchanceté, comme l’un des travers de notre époque.

 

 Festival OFF d’Avignon

Théâtre des béliers du 8 au 31 juillet 2013 à 12h20

Avec: Florent Aumaitre, Slimane Kacioui
Metteur en scène : Romain Thunin
Régisseur : Candy Beauchet
Adaptateur : Robert Plagnol, Vanessa Chouraqui

 

Jules VERNE: Vingt mille lieues sous les mers

Verne (Jules), 20000 Lieues sous les mersA la poursuite du narval géant qui depuis quelques temps hante, dit-on, les mers du globe, le professeur Aronnax, du Museum d’Histoire naturelle, échoue, avec ses deux compagnons, dans un bien étrange navire : le Nautilus, un submersible, commandé par un mystérieux capitaine, qui se donne le nom de Nemo – c’est-à-dire Personne. Mais qui est le capitaine Némo ? Un fou ? Un savant excentrique ? Un misanthrope génial ? Pour les trois hommes prisonniers du géant métallique, c’est un voyage de plusieurs dizaines de milliers de lieues sous les mers qui commence.

 

Les fonds marins, le capitaine Némo, le Nautilus – Vingt mille lieues sous les mers est un de ces récits inspirés qui, alors que la lecture en est parfois un peu laborieuse, continuent à hanter l’imagination de ceux qui l’ont lu comme de ceux qui ne l’ont pas lu. C’est qu’il y a quelque chose de fascinant dans ce récit. Si l’idée d’une plongée dans les eaux, d’un voyage sous-marin de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, d’une découverte du monde par l’exploration aquatique n’a plus pour le lecteur d’aujourd’hui l’attrait d’une nouveauté à peine imaginable, il subsiste toujours quelque chose de fascinant dans cette représentation d’un autre monde de sous la surface, une sorte de réalité alternative à la nôtre, mais qui la côtoie, sous le miroir des eaux que nous observons depuis le monde des hommes : un autre monde synonyme de grandes profondeurs, de gouffres peuplés de créatures inimaginables. C’est là que l’obscur capitaine Némo a trouvé une retraite pour héberger ses blessures et sa haine de l’homme occidental.

 

Le monde du capitaine Nemo, désormais, c’est son navire. L’autre création fascinante de Jules Verne dans le roman – après Némo – tient sans doute justement dans l’invention du Nautilus : un véritable palais sous-marin, un trésor de technologie, avec son orgue et sa bibliothèque de plusieurs milliers de volumes, qui permet d’observer, comme par la fenêtre, les splendeurs du monde sous-marin. Dans le livre de Jules Verne, ce monde est bien entendu un monde de mots. L’aventure du professeur Aronnax est le prétexte à une formidable encyclopédie. Vingt mille lieues sous les mers est une plongée extraordinaire dans les mots. Plus que jamais Jules Verne s’y adonne à son goût pour les nomenclatures : listes de noms de poissons, de crustacés, de coraux, d’algues, etc. Le voyage du professeur Aronnax et de ses compagnons est l’exploration d’une encyclopédie maritime.

 

 

Une adaptation de ce roman est visible au Festival OFF d’Avignon

au Théâtre du Chien qui fumedu 6 au 28 juillet 2013 à 11h

Compagnie Imaginaire Théâtre

Avec : SYDNEY BERNARD, THIERRY LE GAD
Assistante : Véronique Durand
Décorateur : Patrick Chemin
Effets spéciaux : Vannes ATC
Dir. Acteur : P.Pezin J.P. Gaillard
Musiques : John Scott
Régisseur : Thomas Cossia

 

Les comédiens de la Compagnie Imaginaire Théâtre imaginent une conférence donnée par le professeur Aronnax, de retour de l’expédition qui l’a vu prisonnier du Nautilus avec ses compagnons Le public se trouve convié à cette conférence. A grand renfort d’effets et de machines, ils restituent avec malice l’univers du roman de Jules Verne – et donnent quelques moments de délice participatif aux spectateurs, notamment l’invasion de la salle par une pieuvre géante, dont les tentacules gonflables flottent au-dessus des têtes. Un régal pour les petits (et pour les grands qui les accompagnent).


George ORWELL: La Ferme des animaux

Orwell (George), La Ferme des animauxA la ferme du manoir, un soir, les animaux sont conviés à entendre une conférence de Sage l’Ancien. Le vieux cochon a fait un rêve : celui d’une société rendue aux animaux, une société où il serait donné à chacun de vivre selon ses besoins et travailler selon ses capacités, où vaches, cochons et poulets n’auraient plus à subir la dure loi de l’Homme. Mais n’est-ce qu’un rêve ? Bientôt, poussés par la faim, les bêtes se révoltent. La Révolution éclate. M.Jones et ses ouvriers sont chassés de l’exploitation par les animaux qui, conformément aux principes de Sage l’Ancien, la rebaptisent Ferme des Animaux

 

Prenant au pied de la lettre l’idée de fable politique, George Orwell, dans La ferme des animaux, transpose à une société de bêtes l’histoire du socialisme révolutionnaire. J’ai toujours particulièrement goûté le genre de l’apologue animalier par ce qu’il laisse apparaître de proximité entre les hommes et les bêtes. Et c’est ainsi que l’entend George Orwell. Comme chez La Fontaine, si les animaux d’Orwell réussissent si bien à incarner des comportements humains, s’il y a tant de ressemblance entre les comportements de ses animaux et ceux des hommes qu’ils représentent, c’est parce que l’homme est lui-même un animal et que dans la plupart de ses actions, croyant faire l’homme, il fait la bête. Napoléon, Boule de neige, Brille-Babil, trois gorets qui se distinguent de la foule des animaux et sont les leaders de l’action révolutionnaire ; Malabar, le cheval loyal et courageux ; Lubie, la jument qui ne sait renoncer au luxe ; Benjamin, le vieil âne sceptique ; les moutons, troupeau servile et candide ; les chiens dévoués aux commandements de Napoléon ; les poules, vile piétaille soumise également sous le gouvernement des hommes et sous celui des animaux – c’est donc tout un bestiaire, dans lequel on reconnaît aisément quelques unes des figures de l’histoire révolutionnaire : Staline, Trotsky, Jdanov, Stakhanov, etc. La fin de l’histoire (les gorets transformés en hommes reproduisant les inégalités auxquelles les animaux avaient voulu mettre un terme en se dissimulant derrière la rhétorique de l’efficacité révolutionnaire) indique justement que la clef en est sans doute dans la lutte sans merci pour la domination d’autrui, qui est la condition partagée des hommes et des animaux. En toute situation, il y a des individus qui cherchent à profiter du nouvel état de fait et à tirer avantage de leur position. Voilà la belle leçon politique que nous dispensent les animaux de George Orwell.

 

 

Une adaptation de ce roman est visible au Festival OFF d’Avignon

à l’Espace Saint Martial du 8 au 31 juillet 2013 à 15h05

La Birba Cie

Avec : Gilbert Ponté

Mise en scène : Joe Sheridan

Adaptation : Alain Julien Brunel

 

Seul sur scène, et sans décor, Gilbert Ponté incarne successivement, et de manière très crédible, les différents animaux du roman de George Orwell. Une véritable performance. C’est à la fois très drôle et une intelligente illustration du genre de l’apologue politique. Un beau moment de théâtre.


Georges FEYDEAU: Le Dindon

Feydeau, Le DindonSéducteur maladif, Pontagnac poursuit Lucienne jusqu’à son domicile, lorsqu’il tombe sur son mari et découvre qu’il s’agit de son vieil ami Vatelin, qui lui pardonne. Lucienne repousse ses avances, comme elle repousse aussi celles de Redillon, qui la courtise. La jeune femme restera-t-elle cependant longtemps fidèle à son mari ? Il faudrait que la fidélité de celui-ci aussi soit sûre. Ainsi, lorsque Maggy, une anglaise avec qui Vatelin a eu naguère une aventure, débarque à Paris, un chassé-croisé furieux s’engage dont l’issue est de savoir qui tombera dans le lit de qui et qui sera le dindon de la farce.

 

Le Dindon est dans l’oeuvre de Feydeau, tout en quiproquo et en claquements de porte, un moment d’hystérie pure, quelque chose comme la quintessence du travail de l’auteur. Dans une sorte de pendant comique à Nana de Zola, Georges Feydeau met en scène des personnages guidés par la seule puissance de leurs désirs, leur volonté de posséder l’autre, la passion exclusive de jouir. Dans une telle société pourtant les places sont limités, les assortiments difficiles. Scénographiquement cela donne un jeu de chaises musicales parfaitement désopilant. Pontagnac poursuit de ses assiduités Lucienne qu’il suit jusque dans la rue, parce qu’il n’a pas l’habitude qu’on le repousse. Redillon, amoureux fou de la jeune femme, trouve à assouvir son désir de Lucienne, qui se refuse à lui dans les bras de relations de passages. Maggy, une anglaise que Vatelin a connu à Londres, vient chercher jusqu’à Paris à satisfaire son envie de l’homme qu’elle a aimé là-bas. Ceux qui ne sont pas d’abord poussés par les folies de l’amour finissent par entrer dans la danse : ainsi Lucienne Vatelin, Mme Pontagnac, ou le mari de Maggy. Tout cela produit une cavalcade qui éclate en loufoquerie et en situations désopilantes.

 

Pourtant, la pièce de Feydeau a aussi sa face sombre, une dimension cruelle, presque tragique. Muré dans la quête exclusive de nouvelles conquêtes, Pontagnac est ridicule parce qu’il est une sorte de porc, qui cultive l’amour de façon bestiale, au point d’en être grossier et sans doute brutal. S’il est le dindon de l’histoire, il en dit peut-être aussi cependant la vérité, lorsque la sensualité devient un piège, tissant et retissant des situations inextricables. Sans doute, la force du théâtre de Feydeau réside dans son refus systématique de toute psychologie des personnages. Ceux-ci sont de simples ressorts. L’énergie du théâtre de boulevard vient de ce refus de la psychologie. Pourtant si l’homme n’est qu’une mécanique, où est l’humanité de l’homme ? Il y a dans ce Dindon une force panique, un mouvement jusqu’au boutiste qui nourrit quelques clins d’oeil noirs à l’adresse de cette dimension tragique de la condition humaine.

 

 

La pièce est visible dans le cadre du Festival OFF d’Avignon

au Théâtre de l’Oulle du 6 au 28 juillet 2013 à 14h30

Théâtre du Kronope

Avec Martine Baudry, Loïc Beauche, Anaïs Richetta, Guy Simon, Jérôme Simon

Mise en scène : G.Simon

 

Une mise en scène toute en énergie qui joue des masques et des déplacements des personnages avec beaucoup de pertinence. Se rappelant que le théâtre de boulevard est une chorégraphie et qu’on y entend souvent les portes battre, la troupe construit ici une scénographie originale à partir d’éléments de décors, figurant une sorte de labyrinthe mobile, qui se déplacent tout au long de la pièce et par lesquels les comédiens entrent et sortent en permanence. Un spectacle d’une belle vitalité, qui sait aussi donner sa place à l’envers sombre de la comédie de Feydeau, notamment grâce à un contrepoint musical, peut-être un peu surprenant au début, mais qui donne sa tonalité particulière à la représentation, en accord avec la place donnée ici à la mécanique des corps et à un jeu sur les stéréotypes.