La lune était haute et éclairait les vastes bas-fonds, où l’eau de la marée montante commençait à passer sur la
vase étincelante. Seul le léger bruit de l’eau ; aucun cri d’animal ne se faisait entendre dans cet immense espace;
dans le marais aussi, derrière la digue,
tout était vide ; les vaches et les boeufs étaient encore tous dans les étables. Rien ne bougeait ; seulement, ce qu’ils prenaient pour un cheval blanc semblait remuer encore là-bas, à Jevershallig.
– On y voit mieux, fit le valet, brisant le silence, je vois clairement briller, tout blancs, les ossements des moutons.
– Moi aussi, dit le garçon, en tendant le cou, puis, comme mû par une idée subite, il tira le valet par la manche:
– Iven, souffla-t-il, le squelette de cheval qui était là d’habitude, où est-il? Il n’est plus visible !
– Je ne le vois pas non plus. Etrange ! fit le valet.
– Pas si étrange, Iven! Parfois, je ne sais dans quelles nuits, on dit que ses ossements se soulèvent et s’agitent comme s’ils étaient vivants « 

Theodor STORM, L’Homme au cheval blanc, editions Sillage, traduction de Raymond Dhaleine, p.93.

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