« La haine doit être rare ici.
– La haine s’acharne ici comme partout où la passion anime, mais taisons-nous. Je te désire, durant le séjour que tu viens faire au château, une bonne petite intrigue, bien complète, dont tu puisses lire tous les chapitres.
– Et tu m’en diras des nouvelles.
– Tu es sceptique.
– Tu n’es qu’un rêveur.
Ah! Laisse-moi rêver, laisse-moi vivre; je veux croire à l’Amour comme je crois à l’amitié. Laisse mon âme aller, haute et légère dans le pays des songes, dans ce monde incompréhensible, où réside le pur bonheur. Taxe-moi de mystique, ou de rêveur; parle-moi de folie: tu connais mes penchants, j’éleverai toujours mon coeur vers les mystères. En est-il de plus grand que l’amour, la bonté, la divine charité, la grâce, lorsqu’ils se perdent ainsi dans ces conditions dernières, en ces douces jeunes filles que le hasard fait vivre en ces chaumières? Est-il rien de plus captivant que l’aristocratie chez les pauvres, la dignité et la fierté quand elles sont vraies, quand elles brillent ici dans cet humble monde, ignoré. Oui, je suis fou, je rêve. »

Odilon REDON, Il rêve, et autres contes, « Un séjour dans le Pays Basque »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.