« Les quelques jours qui précèdent un départ, ralentis dans leur écoulement par le poids de l’attente, m’ont toujours plu au-delà de ce que je puis exprimer. C’est que je retrouve en eux un peu de la fébrilité qui précède l’arrivée d’un orage sur une ville asséchée et, dans l’épaisseur de la température, l’annonce des aéroports, des trains pour l’Orient, un début de solitude et de sérénité… »

La collection « Petite philosophie du voyage » éditée par Transboréal, au-delà de la référence à une « philosophie », que je trouve plutôt inutile ici (ou bien s’agit-il seulement d’une pointe humoristique?), réunit tout un ensemble de livres précieux aux titres évocateurs et pleins de charme: L’Euphorie des cimes, La Poésie du rail, Les Vertiges de la forêt, Les Arcanes du métro, Les Audaces du tango. Descriptions de voyages sensibles, ce sont de délicieux petits livres, à l’édition soignée, dont je collectionne depuis quelques temps les titres, en attendant le moment propice. L’écriture de l’ailleurs est le premier que je lis vraiment, c’est-à-dire intégralement. Et je dois dire qu’au delà des informations précises que je venais y chercher (je travaille en ce moment sur ce thème), j’ai passé un joli moment de lecture avec ce texte.

A peine la première page tournée, le livre d’Albéric d’Hardivilliers en effet vous embarque. L’auteur est écrivain, c’est-à-dire écrivain voyageur. Et son livre est un éloge du voyage, en même temps que des livres, des livres qu’on emporte en voyage comme de ceux qu’on y écrit. Bref, voici une belle réflexion sur la façon dont l’expérience du voyage se nourrit de lectures et à son tour se sédimente dans de nouveaux textes qui à leur tour sans doute produiront une façon de voir, un enrichissement du regard, qui peut être aussi un recouvrement, étant entendu que l’expérience que nous faisons du monde n’est jamais vide, mais traversée aussi de motifs, de lieux communs, de souvenirs qui ouvrent un horizon d’attente à chacune de nos expériences. Comment trouver la juste distance entre ce qui est attendu et ce qui est vécu en voyage? Comment garantir la véracité de ce qui en est raconté? Et d’abord le faut-il?

Bien sûr, aucune de ces questions n’est franchement nouvelle. Mais Albéric d’Hardivilliers sait se garder de toute théorisation abusive. C’est ce qui fait le plaisir de ce livre. A travers l’évocation de ses lectures, de ses voyages, il livre une réflexion toute personnelle, parce qu’elle est d’abord la traduction d’une expérience, d’un vécu: l’ambiance à Sana’a quelques mois après les attentats du 11 septembre et l’émerveillement pointé de déception du jeune « aventurier », l’esprit encore tout plein des récits de Malraux et d’un imaginaire à la Pierre Loti; le besoin de retrouver, le soir, à Damas, la compagnie d’un livre et le délice de se fondre dans cette langue française, soudain si transparente; le trajet qui relie Bergen à Oslo et l’expérience de rêverie qui s’en dégage; le télescopage des lieux, ainsi ce coin de Brooklyn qui tout à coup faisait penser à Londres, parce que les fenêtres et les tuyauteries y étaient peintes en noir.

Bref, si vous tombez dessus, n’hésitez pas. Et puis, on y prend furieusement l’envie des livres… et des voyages.

2 comments on “Albéric d’HARDIVILLIERS: L’écriture de l’ailleurs”

  1. Mais je l’ai lu! Je viens de vérifier, car j’en ai lu plusieurs dans cette jolie collection si variée; N’hésite pas à continuer ta découverte.

    • J’en viens à croire que tu as tout lu! J’étais sûr d’avoir déniché la perle que personne ne connaissait 😉 Je vais suivre ton conseil et continuer à explorer cette collection.

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