Enfant, Okazaki, a plongé brusquement, en une journée, en plein cauchemar. Devant ses yeux, sa mère, récemment encore aimante et attentionnée, s’est transformée en un monstre sanguinaire, par amour pour un gourou qui se faisait passer pour Dieu. Okazaki a vu l’horreur à quoi pouvait conduire la manipulation d’une secte. Et Okazaki s’est juré  que nul dorénavant ne se ferait plus passer pour dieu auprès de lui, des siens. Ce jour-là, Okazaki s’est juré que plus personne ne lui ferait de mal désormais. Il a juré ce jour-là qu’il serait lui-même dieu…

Cet été, pendant le temps d’inactivité de ce blog, j’ai commencé à me passionner pour la bande-dessinée japonaise, que je connaissais bien sûr déjà au travers de quelques séries ou de quelques auteurs emblématiques. Mais j’ai commencé au cours de ces mois d’été à me plonger de façon plus systématique dans l’univers des Manga, comme je l’avais fait il y a déjà un certain temps pour la science-fiction ou le roman policier. Charisma est une des découvertes que j’ai faite au cours de cet été japonais.

C’est une bd assez violente, qui, limite du genre sans doute, n’évite pas une forme de complaisance dans la représentation de la violence. C’est ce qui m’a gêné au début. Une scène de massacre, de viol peut être explicite (on en trouve dans ce récit). Cela peut être parfois nécessaire à l’histoire. Mais que penser de ces vignettes où le dessinateur consacre une minutie évidente à peindre une jeune femmee manipulée et innocente, toute en seins et en courbes assaillie par derrière par un gourou manipulateur qui ne rêve que de se répendre? Où situer la limite entre la juste représentation de la violence nécessaire au fil d’un recit naturaliste en prise avec les horreurs du monde contemporain et une forme de perversité à jouir en passant, ne serait-ce que sous la forme d’une contemplation esthétique, des monstruosités que l’on dénonce? À la fin du premier tome, j’étais prêt à laisser tomber la bd.

Mais il y a la suite: une patiente, minutieuse description du processus de l’enrôlement sectaire, et une histoire qui finit par s’enrichir de ses différents personnages. À part une fin trop artificielle, que je n’ai pas goûté, c’est une série, assez courte (4 volumes en tout), qui mérite absolument qu’on prenne le temps de la découvrir.

Il ressort de cette histoire (c’est ce qui m’a le plus intéressé ) l’image d’un Japon qui va mal, qui ne se porte pas très bien. La réussite des enfants, la culpabilité ressentie face à la maladie d’une proche, habilement exploitées dans le recit par des gourous opportunistes, sont les symptômes d’une société dans laquelle le lien marital, familial, maternel ou paternel subit en permanence les assauts d’une culpabilisation de masse. L’angoisse de la réussite, les contraintes d’une société hiérarchisée produisent à leur tour des violences que Nishizaki Taisei rend d’une plume démonstrative dans  ce manga qui, sous couvert de complaisance (c’est la loi du genre), offre un portait au vitriol de la société japonaise. Un puissant document donc, qui convaincra ceux pour qui la bd japonaise n’est qu’un divertissement pour adolescents attardés, des potentialités corrosives du genre. Une plongée dans la contre-culture japonaise.

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