Dans le Grand Nord, on trouve de tout, des hommes et des femmes révélés par la nature et le destin. Mason était un homme amoureux, marié à une indienne. Dans la rigueur du désert blanc, un arbre lui tomba dessus. Que peut un homme même amoureux sans espoir de survivre? (Le silence blanc). Tous auraient vu en Scruff Mackenzie un homme plein de ressources. Mais il faut savoir jouer serré lorsque l’idée vous vient d’aller prendre femme dans une tribu d’indiens farouches peu enclins à se laisse déposséder d’une de leurs plus jolies jeunes filles (Le fils du loup). Bettles et Lon McFane étaient deux bons gars emportés dans une querelle stérile qui sans l’intervention de Malemute Kid n’aurait pas manqué de dégénèrer en un duel sanglant (Les hommes de Forty-Mile). Carter Weatherbee et Perry Cuthfert, deux fainéants, partirent chercher l’aventure dans le Nord. Mais que peuvent deux hommes comme eux coincés dans une cabane en plein hiver alors que la moindre sortie menace les corps d’une mort rapide? (En pays lointain). Quand Westondale aborda la cabane de Malemute Kid, il avait déjà plusieurs heures d’avance sur l’officier de police qui le pourchassait. Parviendrait-il à gagner de vitesse son poursuivant? (A l’homme sur la piste). Paul Roubeau était prêtre, un bon gaillard de prêtre. Mais que valent les recommandations de la foi face au malheur d’une femme maltraitée par son mari ? (La prérogative du prêtre). Sitka Charley, un indien, décida un jour de vivre comme un blanc. Que vaut cependant le code d’honneur de l’homme blanc face aux nécessités de la piste?(La sagesse de la piste). Madeline était une indienne, achetée par Cal Galbraith pour quelques bouteilles et un fusil rouillé aux temps héroïques des débuts de la conquête du Grand Nord. Mais à présent que la civilisation s’y developpe avec son lot de plaisirs comment conserver sa place dans le cœur de l’homme blanc? (La femme d’un roi) Pour retrouver sa femme Naas entreprit une véritable odyssée qui le conduisit jusqu’à Dawson. Mais le temps a passé et y a-t-il encore place dans le Grand Nord pour un Ulysse des glaces? (Une odyssée dans le Grand Nord)

Le Fils du loup (The Son off the Wolf) est le premier recueil de nouvelles, réunies par Jack London en 1900, celui par lequel l’auteur faisait son entrée dans la littérature. Je poursuis avec ce recueil la découverte des récits de l’écrivain américain consacrés au Grand Nord. Des récits très efficaces, que je préfère de plus en plus aux romans plus connus. London est l’écrivain de la confrontation des hommes avec la nécessité dans un monde à la limite de la civilisation et de la sauvagerie. Très souvent tragique, parfois horrible, mais aussi truculente ou comique, la nouvelle est la forme qui convient à une écriture naturaliste telle que celle de London, centrée sur les hommes, leurs comportements, leurs passions, si difficile à mettre en système, si éloignée aussi des facilités du roman d’aventure.

Figure récurrente, Malemute Kid est le personnage principal ou secondaire de l’essentiel des histoires de ce recueil. Malemute Kid est pour ainsi dire le sage du Grand Nord, une sorte de double démiurgique de l’écrivain, un de ces hommes qui ont tout vécu, tout connu, et qui est respecté pour cela par les autres. Un homme sûr qui se plait à mettre en scène les réactions de ses contemporains, à les pousser dans ce qu’ils ont de meilleur, ou simplement à les abriter quand ils en ont besoin. A la limite de la légalité parfois, jouant avec le destin, c’est lui qui tient la carabine qui abrège les souffrances de Mason mortellement blessé (Le silence blanc) ; c’est encore lui qui offre à Westondale les précieuses minutes dont celui-ci aura besoin pour semer la police (A l’homme sur la piste). Incarnant les valeurs de la justice et de la camaraderie, qui ne s’accordent pas toujours avec le sens légal et politique que les hommes leur donnent dans la société civilisée, il ramène l’humanité à ce qu’elle a d’essentiel et à être autre chose qu’une lutte sauvage pour la survie.

Car la leçon du Grand Nord est qu’il n’y a pas de survie possible là où l’entraide, le partage équitable, la gestion des conflits, un certain respect de la parole donnée ne trouvent pas à s’exprimer. Raisons matérielles, presque animales et non pas morales, dont l’horrificque descente aux enfers des deux incapables épris d’aventure, héros de la nouvelle En pays lointain, offre le contrepoint ironique.

Je pense passer encore quelques temps dans ce Grand Nord décidément si romanesque. Prochaine étape Les Enfants du froid.

Autres billets sur Jack LONDON:

Jack LONDON: L’appel de la forêt

Jack LONDON: Construire un feu

6 comments on “Jack LONDON: Le Fils du Loup”

    • On y découvre un London beaucoup plus noir, plus naturaliste, moins lyrique, même si les descriptions de paysages qui tiennent le plus souvent en quelques lignes suffisent à donner un cadre presque cosmique à l’action. J’espère que tu vas replonger et pouvoir lire bientôt. Un billet de toi sur London 🙂

  1. J’adore London (Martin Eden, mon chef d’oeuvre.)
    Si tu aimes la BD, tu peux compléter la lecture de Construire un feu par l’adaptation de Chabouté qui colle parfaitement à l’univers de London;

  2. Je ne suis pas très fan de la forme de la nouvelle mais par amour pour London, je ne manquerais pas de m’y essayer cette fois-ci ! Par ailleurs, je plussoie Moka : Martin Eden est un merveilleux chef d’oeuvre !

    • Vous n’êtes pas les premières à me le dire. J’ai l’impression que Martin Éden est incontournable. Je l’ai mis au programme de mes lectures.

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