Une petite ville allemande sous la neige, avec sa tour carrée du XIVème siècle, à la frontière polonaise. Sur la plaine, un cavalier se presse. Dans la ville endormie, une petite communauté veille. Car c’est fête ce soir. Dans la demeure qui leur sert de synagogue, ils se sont tous réunis pour fêter dignement cette soirée d’Hanouka autour du chandelier sacré. Mais au loin, la menace gronde. Quelle nouvelle apporte avec lui le cavalier qui vient d’entrer en ville ?

Dans la neige est une nouvelle de jeunesse publiée par Zweig en 1900 dans la revue sioniste Die Welt, mais jamais reprise ensuite en volume. J’étais ainsi passé complètement à côté de ce texte, qui ouvre cependant le deuxième tome des Romans et nouvelles de Zweig publié dans la collection de La Pochothèque. Je dois ainsi un grand merci à Praline, grâce à qui j’ai découvert ce texte court, très efficace, et très poignant aussi.

A travers deux vignettes (le motif merveilleux d’une petite ville allemande du Moyen-Age, avec ses maisons serrées les unes contre les autres, au milieu d’un paysage de neige ; l’image pathétique d’une petite communauté juive, contrainte de fuir les pogroms, dont les membres vont finir gelés sous la neige), Stefan Zweig brasse d’un seul coup de plume tout le registre des récits consacrés traditionnellement à la neige, disons des frères Grimm et d’Andersen à Jack London.

C’est comme si Zweig avait voulu tenir ici toutes les possibilités d’une histoire où la neige joue le rôle principal. Et le moins que je puisse dire, c’est que le résultat se montre fort efficace. Il sert ici de révélateur à l’insécurité vécue par les juifs d’Europe centrale, victimes du fanatisme. Car sous l’image idyllique d’une Allemagne enneigée avec son architecture du Moyen-Âge couve la menace des flagellants, une troupe bien réelle de fanatiques lancée à l’assaut des juifs pour leur faire abjurer leur foi. Restituant ce moment d’histoire, progressivement, Zweig oriente donc le récit du conte vers la tragédie.

Chassés de chez eux par la menace qui les poursuit, Léa, Josué et les siens tentent de gagner la Pologne voisine. Mais on ne court pas sans danger dans la plaine enneigée, tous les récits d’aventure vous le diront. Sauf que de roman ici, il n’y a pas ; ni d’aventure, mais la barbarie, la sauvagerie vouée à la destruction d’un groupe d’hommes à qui on ne reproche que leur fidélité à leurs croyances et à leur histoire. Sous la pression du fanatisme antisémite, l’idylle romantique accouche du pathétique. Un texte essentiel.

8 Comments on Stefan ZWEIG: Dans la neige

    • Je poursuis mes lectures enneigées avec Jack London et bientôt Claude Pujade-Renaud. Je n’imaginais pas avant de me lancer la richesse de ce thème. La nouvelle de Zweig est une de ces découvertes.

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