london-lappel-de-la-foretAlors qu’il coule des jours heureux auprès du juge Miller, Buck, chien croisé d’un terre-neuve et d’une chienne colley, est un jour enlevé à son maître par l’aide-jardinier et vendu à un trafiquant de chiens. Direction le Klondike, les étendue glacées. Buck va désormais servir comme chien de traineau. Dans l’effervescence de la Ruée vers l’Or, l’animal est attelé et lancé sur les pistes glacées…

L’appel de la forêt, L’appel sauvage, ou encore L’Appel du monde sauvage comme vient de le rebaptiser la récente traduction de la Bibliothèque de la PléiadeThe Call of the Wild – est avec Croc-Blanc, Loup-Brun, Ce spot et Construire un feu l’une des cinq histoires que London a consacré à des chiens. C’est aussi la plus célèbre, celle qu’on lit au sortir de l’enfance, appuyée d’adaptations télévisées ou cinématographiques.

J’ai été bien surpris moi-même de reprendre ce livre. Comme toujours quand je relis, j’y ai retrouvé quelque chose de très différent de l’impression que j’en avais gardé. Plus brutal, plus rapide que ce que je croyais m’en rappeler, L’appel sauvage est une fable, plus qu’un roman, plus rugueux, plus artificiel aussi que dans mon souvenir.

Sous ce récit, bien sûr, une thèse, celle de la plupart des récits justement qui prennent sur le monde un point de vue animal : la proximité des hommes et des bêtes, renforcée ici par l’expérience de vie commune à quoi les rigueurs du Grand Nord condamnent hommes et chiens. Ainsi toute la chiennerie humaine forme le cadre de l’aventure de Buck, et des relations entre chiens qui ne manquent pas de leur côté de faire penser aux relations entre les hommes dont ces chiens sont si proches. C’est une écriture elle-même assez chienne qui sert le récit, courte, rapide, courant à l’essentiel, capable de sympathie ou d’affection, mais débarrassée des raffinements de la culture de salon – quelque chose d’un art brut donc, qui sonne comme un retour à l’essentiel.

Subtil à sa manière cependant, l’art de Jack London se nourrit du point de vue original donné sur l’Histoire : la grande aventure du Klondike vue à travers le regard d’un chien prend des allures d’épopée (la tentative pour relier le plus rapidement possible les villes de mineurs le long de la route de la Ruée vers l’or et permettre au courrier toujours plus abondant de parvenir sans retard à ses destinataires), de comédie humaine (le destin tragi-comique de trois imbéciles imbus d’eux même, ne comprenant rien aux rigueurs de la vie polaire, étrangers à cette touche de respect qui dans le Grand Nord pointe sous la brutalité des paroles, et qui finissent par s’abîmer dans un lac), de tragédie antique (le destin de John Thornton, nature franche et généreuse, parti chercher la fortune dans les confins, mort sous les flèches des indiens).

C’est qu’il y a décidément quelque chose de fort romanesque dans ce Grand Nord. Le long des plaines enneigées, des rivières gelées, des forêts, des montagnes, la présence brutale des indiens, des loups ramènent au récit d’une nature originelle, organisée ou dirigée selon d’autres principes que ceux de la nature civilisée. Il y a sans doute quelque chose de rousseauiste dans ce motif d’une nature première pointant sous le masque d’une nature seconde, d’un primitif innocent, bien que meurtrier, paraissant sous la figure de la sauvagerie dans laquelle redescendent si facilement hommes et bêtes lorsqu’ils sont réduits à certaines extrémités. Car le destin de Buck n’est pas tout simplement celui d’un retour au sauvage. En s’éloignant des hommes pour s’établir parmi les loups, Buck a fui aussi cette sauvagerie dont il a plusieurs fois au cours du récit éprouvé les violences: vol, bestialité, attaque de chiens sauvages, et trouvé une communauté. Fuyant l’Histoire, Buck finalement rejoint la légende, le conte :

Alors, quand viennent les longues nuits d’hiver et que les loups sortent du bois pour chasser le gibier dans les vallées basses, on le voit courir en tête de la horde, sous la pâle clarté de la lune, ou à la lueur resplendissante de l’aurore boréale. De taille gigantesque, il domine ses compagnons, et sa gorge sonore donne le ton au chant de la meute, à ce chant qui date des premiers jours du monde.

4 Comments on Jack LONDON: L’appel de la forêt

  1. Même plaisir que toi à relire London. Si les ressentis de lecture ne sont plus les mêmes, c’est peut-être qu’on a vieilli et beaucoup lu depuis la première fois, et peut-être est-ce dû aussi aux nouvelles traductions qui souvent redynamisent des textes qui ont jadis été lissés, voire amputés…

    • Pour London, c’est un peu particulier: j’ai retrouvé en le lisant des émotions que j’avais éprouvées, comme si le texte me ramenait à moi, au moi que la lecture de ce livre avait contribué à faire il y a bien longtemps, alors qu’habituellement quand je relis je me rends compte que j’ai presque tout oublié. Mais c’est sur le sens de l’œuvre que mon regard a bien changé, sur l’interprétation à donner à ces émotions, sans doute parce que nous avons beaucoup lu en effet.

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