Mois : juin 2015

Les sanctuaires du monde (sous la direction de Matthieu GRIMPET)

Les sanctuaires du monde« Toutes les religions s’incarnent dans des lieux qui leur sont propres, séparés de l’espace commun. Ce sont les sanctuaires. En donnant à découvrir les milles lieux sacrés les plus emblématiques des grandes spiritualités du monde, cet ouvrage propose une véritable histoire de l’âme humaine, de l’homme de Cro-Magnon aux néopentecôtistes californiens.

Il étudie le rapport entre espace et sacralité tel qu’il s’est institué dans les principales religions depuis les premiers âges et exprimé dans les cultes antiques, l’animisme africain, les civilisations précolombiennes, comme le judaïsme, le christianisme, l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme. »

Comme le rappelle le quatrième de couverture, dont je cité ici le début, ce livre est le dictionnaire de ces lieux sacrés, de ces espaces particuliers délimités, découpés dans l’espace commun pour servir au culte d’un groupe, d’une communauté. Pour un amoureux des lieux comme je le suis et un grand amateur de dictionnaires encyclopédiques, ce volume de la collection Bouquins est un véritable bonheur, dans lequel je prendrai longtemps plaisir encore, je pense, à déambuler.

Oui, j’aime les lieux. Les lieux rêvés, bien sûr, les lieux figurés, les lieux ressentis, mais aussi les noms de lieux, les cartes, les registres cadastraux, les inventaires d’occupation des sols, les modes d’organisation du territoire. Bref, tout ce qui milite contre l’idée, trop abstraite, trop mathématique, d’un vaste espace géométrique, référentiel indéterminé de nos actions et des objets. Et j’aime les livres qui me rappellent à quel point l’espace réel ou imaginaire est travaillé par ces amas de vie, ces intensités, ces concentrations d’existence: il y a le très beau dictionnaire de Farid Abdelhouahab: Voyages imaginaires, que j’avais chroniqué il y a déjà quelques temps, ou cet autre « Dictionnaire des lieux imaginaires », d’Alberto Manguel, ou le « Dictionnaire des lieux et pays mythiques » de Battistini et Poli. J’aime les Dictionnaires consacrés à un musicien, un artiste, parce que j’y grappille les lieux qu’ils ont pu fréquenter. Je collectionne moi même quelques lieux visités dans mon petit carnet d’aquarelles, qui me sert pour ainsi dire de Dictionnaire intime et sensible de mes pérégrinations.

Parce qu’il ne sont pas n’importe quels lieux, mais des lieux de culte, de ferveur, les sanctuaires ajoutent à mon amour des lieux, cette autre dimension: celle des croyances, des systèmes théologiques, des modes de représentation spirituelle, bref de tout ce qui rapproche les individus d’une expérience personnelle, intime du divin. Les sanctuaires sont les lieux construits pour vivre ensemble cette expérience.

La richesse de ce Dictionnaire est de passer en revue toutes les sortes de religion, de la préhistoire à l’époque contemporaine. De courtes introductions présentent efficacement les grands domaines culturels. Mais au-delà de ce travail de synthèse, c’est un plaisir de picorer dans la masse de ces entrées diverses: Gargaq, Tivoli, Anandpur, Boumia, Wies, Conques, Médine, etc. On ne peut pas ne pas en tirer une méditation toute personnelle sur la permanence historique des grandes constructions religieuses, l’effort récurrent des hommes pour habiter le monde du divin, et la fragilité des lieux de culte: Angkor dévoré par la forêt, Uppsala dont la grandeur n’est plus accessible que dans les livres, Feronia, dont le bois sacré  antique est depuis longtemps abandonné par toute presence divine, viennent nous rappeler à quel point les dieux eux mêmes sont mortels. À moins qu’ils ne soient que les victimes malheureuses de l’oubli des hommes.

Ödön von HORVÀTH: Jeunesse sans Dieu

Horvàth (Ödön von), Jeunesse sans DieuAllemagne, Années 30. Pour avoir répondu à un élève qui professait des idées racistes que « les nègres sont des êtres humains, comme nous », le narrateur, un professeur qui enseigne dans une école secondaire, est devenu suspect à sa hiérarchie et à ses élèves. Peu de temps après, accompagnant sa classe lors d’un camp d’entraînement militaire, pendant les vacances de Pâques, le professeur surprend les relations d’un de ses élèves, Z, avec une jeune fille, chef d’une bande de voleurs, et par curiosité ouvre par effraction le coffre dans lequel le jeune homme dépose ses affaires personnelles. Z, tient un journal, dans lequel il menace de mort quiconque essaierait de lire son journal. Bientôt, une violente querelle éclate entre Z et N, un de ses camarades, à propos du coffre dont Z vient de remarquer l’effraction. N est retrouvé mort. Tout semble accuser Z. Une enquête pour homicide commence, sans que le professeur, honteux, ne se soit encore résolu à révéler sa curiosité…

Publié en 1938, à Amsterdam, alors que l’auteur se trouve en exil, Jugend ohne Gott est le plus célèbre roman d’Ödön von Horvàth, écrivain peu connu en France, mais qui fut l’un des grands écrivains anti-nazis des années 30. C’est un roman dont il n’est pas si facile de parler: sur la trame d’une histoire criminelle, le narrateur, un professeur soumis aux injonctions nouvelles d’un régime qui entend avant tout préparer les jeunes gens à la guerre, fait l’expérience du nihilisme nouveau, auquel lui même n’est pas tout à fait étranger, depuis que l’expérience traumatisante de la Grande guerre l’a fait renoncer à toute foi religieuse. Comment résister à la montée du fanatisme, de l’endoctrinement quand on a soi-même renoncé à tout idéal? Obligé de plier devant un pouvoir que l’on ne rencontre jamais en face au cours du roman, mais qui s’insinue dans tous les esprits par les moyens de communication, la radio, les circulaires confidentielles envoyées à l’administration, c’est l’individu lui-même qui est ici en jeu, sa pérennité, son destin. De façon plutôt subtile, par petites touches d’un discours intérieur qui voit le professeur assister avec effroi et incompréhension à la levée d’un monde qui est la négation même de l’humain, l’entrée dans l’ « ère des poissons », pour reprendre la métaphore de l’auteur, Ödön von Horvàth a donné un portrait, de l’intérieur, de la vitrification totale d’une société, au nom du pseudo principe de réalité, professé à longueur d’ondes par le régime nazi pour légitimer sa politique.

Sur le plan de la forme, il s’agit d’un roman paradoxal, sans doute, le régime réduisant a priori toute possibilité à l’histoire de s’envoler: l’épisode de l’aventure amoureuse de Z et de la jeune voleuse, la curiosité malsaine du professeur lisant en secret le journal de Z, et même l’enquête, puis le procès qui s’en suit, accusant à tort Z, puis la jeune fille, rien ne parvient à prendre cette forme romanesque qu’on se serait attendu à trouver sous la plume d’un auteur nourri de la grande tradition littéraire autrichienne. Désespérément plat jusqu’à la fin du récit, il semble que le roman soit lui-même le témoignage d’un monde duquel s’est enfui tout romanesque depuis qu’il n’y a plus de place dans le pays ni pour l’imagination, ni pour l’individu, ni pour la foi elle-même.

Ironie d’un monde sans dieu, la mort d’Ödön von Horvàth restera sans doute, pour tous ceux que désespèrent les sombres coïncidences, comme le symbole de cette époque d’absurdité: au moment de l’accession au pouvoir d’Hitler, Hörvàth s’était réfugié à Vienne; après l’Anschluss, il fuit, de nouveau, et finit par gagner Paris, après un périple à travers l’Europe. C’est là qu’il meurt, bêtement, sottement, écrasé par la chute d’un arbre devant le Théâtre Marigny. Le projet d’une adaptation cinématographique de Jeunesse sans Dieu, discutée un temps avec Robert Siodmak, ne verra jamais le jour.

Tom SHARPE: Wilt 2


Sharpe (Tom), Wilt 2
Désormais père d’ « adorables » quadruplées, Henry Wilt a pris du galon et exerce comme directeur du département de culture générale dans l’établissement technique supérieur où il est embauché. Un directeur qui ne dirige pas grand chose en fait. Entre des enseignants difficiles à contenir, des injonctions politiques impossibles à accorder à la réalité du terrain et une famille débordante de vitalité, Wilt a trouvé un équilibre, fragile, qu’il fortifie ordinairement par un excès de bière et des rentrées tardives chez lui. Mais voici que sa femme, une imposante matrone dont la dernière lubie va à la recherche d’un mode de vie plus écologique, s’est mise dans la tête de louer le dernier étage de leur demeure à une jeune étudiante allemande. L’arrivée de la belle et désirable Gudrun Schautz ne va pas aller sans quelques désordres nouveaux…

Après les grands élans du coeur et les descriptions d’une nature sublime par quoi j’ai commencé ce mois anglais, il me fallait quelque chose de plus léger. J’ai choisi de me replonger dans les aventures d’Henry Wilt, découvertes il y a deux ans, et c’est avec un plaisir toujours aussi grand, que j’ai retrouvé le cours loufoque de la vie de ce personnage décapant.

Wilt est l’incarnation de l’anglais moyen. Commun, un brin conservateur, moyen en tout, soumis à sa femme, une furie déraisonnable, et à ses enfants, quatre abominables petites pestes mal élevées, toujours débordé par des situations professionnelles et familiales qu’il ne contrôle pas, il cultive les passions, mais sans excès (un brin misogyne, tranquillement xénophobe, gentiment cinglé, méprisant sans la haïr la jeunesse à laquelle il enseigne), sauf peut-être dans le domaine de la boisson, qu’il consomme sans modération. Mais c’est un catalyseur (de malheurs) et un révélateur (de la folie ambiante): autour de lui s’agitent de vrais fous, des racistes débiles, des dégénérés homophobes, des gauchistes en mal d’expériences révolutionnaires ou de dangereux terroristes. On se demande comment tout cela tient ensemble, mais c’est le talent de Tom Sharpe que de le faire tenir, grâce à un humour (quelque chose entre les Monty Python et Mr Bean) qui part dans tous les sens.

Se situant volontiers au-dessous de la ceinture, ce deuxième volume de Wilt multiplie les allusions grivoises. Les mésaventures du pénis d’Henry Wilt, écorché un soir d’ivresse dans un buisson de roses, cèdent cependant assez vite la place au récit loufoque et enlevé de l’assaut organisé par la police afin de délivrer la maison familiale tenue par de dangereux terroristes. Le personnage haut en couleur de Mrs de Frackas, une vieille anglaise ayant vécu dans les Colonies du temps de l’Empire, ajoute sa note hilarante à ce récit, peut-être un peu moins satirique que le précédent, mais dans lequel les institutions en prennent néanmoins copieusement pour leur grade: hôpital, école, armée, police. Bref, c’est toujours aussi drôle.

Un petit bijou d’humour anglais décapant.

 

 

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Thomas HARDY: Loin de la foule déchaînée

Hardy (Thomas), Loin de la foule déchaînéePeu après la faillite de sa ferme, le berger Gabriel Oak, qui a perdu son troupeau suite aux mauvaises manoeuvres d’un chien mal dressé, est obligé de s’engager comme simple ouvrier agricole. Alors qu’il cherche du travail, il sauve une ferme d’un incendie, et est embauché sur l’exploitation, que dirige une jeune femme indépendante et courageuse. Celle-ci se révèle être la même qui l’avait éconduit quelques mois plus tôt: Gabriel aime Bathsheba Everdene, désormais sa maîtresse, mais condamné à garder son amour secret, il se dévoue aux intérêts de la jeune femme que courtisent deux hommes du voisinage: le taciturne fermier Boldwood, qui s’est pris d’amour fou pour elle, et le séduisant et séducteur sergent Troy…

Les romanciers anglais du XIXème siècle sont les inventeurs d’une forme de récit à la narration linéaire, faite de rebondissements et de péripéties, de hasards, de coïncidences et de coups de théâtre, récits souvent  éreintants pour les nerfs, mais qui savent tenir le lecteur en haleine – une sorte de narration pure, concentrée sur le simple fait de raconter. Et nous en avons l’habitude. C’est elle qui a fini par s’imposer dans la plupart de nos séries télévisées. Je ne suis pas toujours friand de cette narration à la Dickens (cause des rapports toujours un peu difficiles que j’entretiens avec ce dernier auteur), et dont Loin de la foule déchaînée peine à s’émanciper, à la différence d’autres livres de Thomas Hardy, sans doute parce qu’il s’agit encore d’une œuvre de jeunesse. Du point de vue strictement narratif, je préfère en effet des romans plus denses, plus touffus, plus complexes aussi. J’ai découvert Hardy, il y a deux ans, à l’occasion d’un autre mois anglais, avec Les Forestiers, qui appartient à cette deuxième catégorie de textes. Et j’ai depuis poursuivi, notamment au cours de ma bouderie bloguesque, l’exploration de l’œuvre de cet immense écrivain que je tiens dans mon panthéon victorien en aussi haute estime que l’immense George Eliot (et que bien sûr « mon cher » Henry James, mais il s’agit là d’un regard étranger, américain, posé sur l’Angleterre du XIXème siècle).

Pourtant, j’ai dévoré ce Loin de la foule déchaînée (pas moins de trois cent pages d’une traite, hier soir – enfin jusqu’à un peu tôt ce matin:-)) qui prouve que, quoi qu’il arrive, Thomas Hardy reste l’un de mes écrivains préférés. Avec son personnage de Bathsheba, Hardy a sans doute inventé l’une des plus grandes figures romanesques de toute la littérature du XIXème siècle. Sensible, courageuse, émancipée, Bathsheba est une femme d’une rare beauté, qui fait tourner la tête à tous les hommes. Mais son pouvoir est sans garantie au regard de la place faite à une femme dans cette société anglaise du XIXème siècle. Face au désordre de l’entêtement amoureux, qui précipite les demandes en mariage, elle est obligée de composer, comme déjà les personnages de Mme de La Fayette, dans une partie où l’amour est une aventure qui se joue à deux, à jeu égal, dit-on, mais s’achève toujours sur la défaite des femmes. J’ai aimé la plainte tragique de Bathsheba, qui montre qu’il n’y a pas d’issue alors pour une femme maltraitée:

Non, j’ai changé d’avis. Il n’y a que les femmes dépourvues de dignité, pour s’enfuir hors de chez elles. Je connais une situation pire que celle de mourir chez soi des mauvais traitements d’un mari: c’est de vivre chez les autres après avoir abandonné le foyer conjugal. J’ai tout bien pesé ce matin, et j’ai fait mon choix. Une femme qui se sauve est un embarras pour chacun, un fardeau à elle-même et un sujet de moquerie; ses souffrances sont pires que toutes celles qui l’auraient atteintes en restant chez elle, y compris les insultes, les coups ou la faim. Lydia, si jamais vous vous mariez – que Dieu vous en préserve!- vous vous trouverez un jour dans une situation analogue; mais retenez bien ceci, ne reculez pas. Restez où vous êtes, et laissez-vous plutôt mettre en pièces que de céder. C’est ce que je vais faire.

C’est que le jeu de l’amour n’a pas été écrit par les femmes, mais pour les hommes, comme le dit encore Bathsheba dans un sublime moment de lucidité:

Il est difficile à une femme d’exprimer ses sentiments dans un langage presque entièrement formé par les hommes pour exprimer les leurs.

C’est ce que j’aime chez Thomas Hardy: cette façon de prendre à revers la bonne conscience de son époque, de plonger sous les apparences d’une société qui s’offre le spectacle de son haut niveau de civilisation. C’est ce qu’il y a d’effrayant aussi dans le destin de ses personnages: portrait terrible de l’aliénation des femmes, d’une société où les fausses apparences du droit fait aux sentiments, à l’amour véritable, à l’échange des promesses entre amoureux, au libre engagement cache la plus simple et classique brutalité. C’est la charge de cet autre grand, Henry James, dans Washington Square, mais plus violente encore, plus anglaise d’une certaine manière.

Autour de Bathsheba, les trois hommes qui la désirent sont les protagonistes de cette partie de dupes que se révèle être le jeu amoureux. Francis Troy campe un fringant sergent, séducteur et un brin immoral, qui finit par séduire Bathsheba et par l’épouser, non sans avoir auparavant compromis une jeune domestique, victime de ses belles manières. C’est un personnage de vilain, comme les aime la littérature anglaise, à la fois manipulateur, et victime de ses passions, de son goût trop débordant pour les plaisirs, pour la domination.  Willian Boldwood, un fermier fortuné, interprétant trop littéralement un billet sentimental, envoyé par jeu par Bathsheba, est auparavant tombé amoureux fou d’elle, preuve supplémentaire de la légèreté qui en amour est refusée aux femmes. Prise dans le piège des désirs de cet homme, que par ailleurs elle estime, elle se débat, multipliant auprès de lui les fausses promesses. Le destin de ces deux hommes – la mort et la folie – montre quelle partie dangereuse se joue sous le nom de l’amour.

Mais le jeu de dupes n’est nulle part plus grand qu’entre Gabriel Oak et Bathsheba, qui mutuellement se recherchent, mais mettent tout le roman à trouver la cause de leur malheur. Trop sincère, trop moral, peut-être un peu trop droit, Gabriel n’a pas su se rendre désirable auprès d’une Bathsheba qui peine à se diriger au milieu des pièges que les désirs des hommes lui tendent. C’est la droiture de Gabriel, la liberté de Bathsheba qui vont mettre tout le roman à se rencontrer, à s’accorder l’une avec l’autre, dans une société qui ne laisse guère de prise à ces valeurs. C’est que Loin de la foule déchainée, cache, sous son regard acerbe, désenchanté un grand, un véritable roman d’amour.

Cependant, le jeu des passions ne serait pas tel, s’il n’y avait aussi un poète chez Thomas Hardy, un poète bucolique, un chantre de la vie pastorale, sensible aux efforts des hommes face aux rigueurs d’une vie agricole, sensible aussi, et surtout, aux mouvements de la nature, à l’évolution des saisons, aux grands basculements météorologiques, dans un pays où le temps qu’il fait est devenu à lui seul (et on le doit notamment à Hardy) un sujet de roman. Car la nature chez Hardy est belle, parfois sublime. Les descriptions sensibles qu’il en donne (je les note à chaque fois; j’ai composé un recueil avec elles) construit un passionnant contrepoint à la vie des hommes. Il y a par exemple la scène de l’orage qui menace de détruire les récoltes, et que Gabriel sauve par sa seule énergie, aidé de sa maîtresse, pendant que les autres hommes cuvent leur alcool dans la grange, avec le sergent Troy. C’est à cause de ces moments là aussi, d’une intensité dramatique peu commune et d’une égale force poétique, que j’aime l’œuvre de Thomas Hardy.

 Challenge XIXe siècleLC - le mois anglais

Voyage au centre de ma PAL (7): le mois anglais, saison 4

Il y a bien des chemins dans la blogosphère. Le mien m’a conduit ce premier juin, au commencement de ce billet, où ce n’est pas sans une certaine appréhension que je reprends la plume pour vous conter un nouvel épisode du Voyage au centre de ma PAL. Ceux qui ont suivi les premiers developpements de mes aventures extraordinaires savent quels territoires fabuleux se cachent au coeur mystérieux de ma Pile de livres A Lire. Vous en avez suivi l’exploration patiente. Vous avez découvert quels paysages se dissimulent, un fois tourné au coin d’une pile de poches, deux grandes colonnades de pléiades passées et que suivant le cours tumultueux d’un torrent d’Omnibus jusque dans les profondeurs d’un fond d’étagère s’ouvre devant le regard émerveillé de l’explorateur le pays fabuleux dans lequel j’accumule les livres à lire sans discernement depuis des années à chaque retour de mes virées en librairie. Oui, cela fait déjà bien longtemps que ma PAL n’est plus la sage étagère au coin de mon lit de mes jeunes années. La voilà devenue un être à part, une accumulation de paysages, un empire expansionniste qui jour après jour prend possession de mon appartement et s’y construit le plus beau territoire de terres de fantaisie que l’imagination n’ait jamais rêvé. N’écoutant que mon courage, j’ai entrepris il y a quelques temps l’exploration de ce pays fabuleux. Il faudra un jour que je fasse la carte de ces royaumes. Je réserverai alors une place toute particulière à l’un des endroits sans doute les plus charmants de ces contrées, le Village anglais, où se tient grande fête chaque année, sous le haut patronnage des Dames Lou, Titine et Cryssilda

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Le village anglais

Il faut cependant que je vous fasse le récit de cette année passée. Une année riche en péripéties surprenantes. Convaincu que mon histoire contiendra tant de faits étonnants que ce n’est pas sans peine qu’elle passera pour autre chose qu’un produit de mon imagination pour tous ceux qui la ouiront. En ce premier jour du mois anglais 2015, je devais toutefois rappeler l’enchaînement de hauts faits menaçants, l’accumulation d’adversités qui faillirent bien avoir raison de ma présence parmi vous.  En effet, vous aurez peut-être remarqué mon absence de presque un an sur mon blog et sur les vôtres, une absence brutale, non préparée, dont je tremble aujourd’hui encore de rappeler les épisodes.

J’avais passé pourtant le mois de juin de l’an passé, comme il se doit, au coeur de ce Village anglais. En juillet, je me deplaçai jusqu’en ces Terres d’Avignon dont depuis plusieurs années j’avais minutieusement exploré le chemin en reconnaissance. En août, suivant là encore comme chaque année le rituel de mes étés je me rendis dans ces contrées de Germanie où je passe trois à quatre semaines de vacances studieuses, à préparer les lectures, les études, les commentaires auxquels je consacre l’essentiel de ma vie civile. C’est à mon retour que tout a mal tourné. D’abord, j’eus la surprise de constater que mon blog avait été brutalement déménagé sans préavis sur la plateforme nouvelle de l’hébergeur où j’abritais alors le recit de mes petits voyages dans les livres. Puis je vis les bas côtés de mes explorations envahis d’une foultitude de messages vulgaires. Comprenant ce que le monde était en train de devenir sous la pression d’intérêts prosaïques, je refusais de jouer le jeu plus avant et m’armant  une fois de plus des instruments qui m’avaient offert tant de fois le secours de leur existence ( j’entends un bon fauteuil, une théière et un coin écarté au coin de la fenêtre) je pénétrai une fois de plus, mais sans être certain cette fois-ci d’en revenir, jusqu’au coeur le plus mystérieux de ma PAL.

Pal - terres d'avignon

Les Terres d’Avignon

Oh, j’y ai vu bien des choses. J’ai connu d’étranges territoires. En octobre, j’abordais en compagnie d’un vieil auteur américain, qui se faisait appeler Ed McBain ( j’ai toujours pensé que c’était un pseudonyme), une cité de crimes et de misère où je suivis pendant plusieurs semaines la vie d’un commissariat. J’avais déjà raconté quelques unes de ces journées auparavant. Il faudra que je vous fasse le récit prochainement de ces quelques semaines. Puis j’accompagnais mon vieil ami Henry James qui me fit découvrir bien des histoires encore: j’ai commencé à rapporter ce qu’il me rapporta alors. Je retournai un vieux royaume de Philosophie, l’un des territoires les plus anciens de ma PAL, où Montaigne et Bergson m’abritèrent quelques temps. Je suivis le cours sinueux du fleuve des Désirs où naviguait un certain Casanova, un vénitien fantasque en qui j’appris à reconnaître un esprit épris de liberté et qui me raconta la souffrance qu’il éprouvait à être confondu avec Dom Juan, dont il méprisait le nihilisme. Je visitais toute une série de microroyaumes peuplés de livres précieux fabriqués patiemment par des éditeurs courageux chez qui le goût de la bonne littérature est brandie comme un étendard. Je vous parlerai un jour aussi des belles rencontres que j’y ai faite, et comment un auteur polonais de grand talent, Adolf Rudnicki, m’y servit de guide.

James (Henry)

Mon vieil ami Henry James

J’aurais pu ne jamais en revenir ! Ce sont mes fidèles amis du mois anglais qui m’ont ramené à une position moins intransigeante, me rappelèrent le plaisir des conversations d’autrefois avec Titine, avec ClaudiaLucia, avec Denis, avec Lou, avec Ellettres, avec Romanza, avec Fondantochocolat, avec Karine:), avec Mior, avec missycornish (que tous ceux que j’oublie m’excusent. Ils ont leur place aussi dans la longue liste de ceux qui me ramenèrent à la vie bloguesque).

Bon mois anglais à tous!

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