Mois : janvier 2014

Pär LAGERKVIST: Barabbas

Lagerkvist, BarabbasDe Jésus de Nazareth, mort crucifié par les Romains, on sait ce que l’Histoire sainte nous en raconte. On connaît aussi l’histoire du premier siècle du christianisme, la diffusion de la nouvelle religion jusqu’à Rome, en particulier parmi les esclaves, le succès de la doctrine du Christ fondée sur la proclamation de l’amour universel. Mais de Barabbas, le sédicieux, le criminel, libéré par acclamation de la foule à Jérusalem à la place du Christ (c’est du moins ce que le Nouveau Testament nous en dit), que sait-on? Sur cette question, Pär Lagerkvist a construit un roman. C’est l’histoire de Barabbas, de la mort de Jésus, à laquelle il assiste, caché en retrait du lieu d’exécution, à sa propre mort, l’histoire d’un homme, un criminel, un coupable au regard de la loi des hommes, qui dut rester en vie afin de laisser la place à un Dieu nouveau, un Dieu singulier qui prétendait que le sort de Dieu justement était de mourir parmi les hommes et de souffrir comme eux.

Pär Lagerkvist est l’auteur de romans singuliers, parmi lesquels j’avais beaucoup aimé Le Nain et Le Bourreau, lus il y a longtemps, ou La Terre sainte, plus récemment. Ils mettent en scène des destins d’hommes en quête d’un Dieu qu’il ne peuvent trouver, car pour eux les cieux restent vides, des sortes de fous de Dieu, de religieux sans religion possible. Avec cette vie de Barabbas, Lagerkvist invente le destin de ce criminel des Évangiles, essentiel au plan (divin?) conduisant Jésus vers sa mort, qui se trouve changé radicalement par sa rencontre avec Jésus, mais ne parvient pas à croire à la divinité de celui que ses disciples présentent comme l’incarnation de Dieu. C’est ce parcours que nous suivons, au fil d’une narration sans artifices, ni effets de style, bien en prise avec le destin de cet homme insensible à l’effort de réenchantement du monde proposé par le nouveau christianisme.

Pourtant il se trouve que Jésus est cet homme, malingre, fragile, innocent, mais d’une présence exceptionnelle, environné d’une clarté si difficile à décrire, qui choisit d’aller au devant de sa mort et de prendre volontairement la place sur la croix d’un homme comme Barabbas, paillard, violent, malhonnête. Tout au long du roman, Barabbas est hanté par ce qui lui apparaît comme une incohérence. A Jérusalem d’abord, puis esclave dans les mines de cuivre à Chypre, enchaîné à un autre esclave, enfin à Rome, où il participe à l’incendie de la ville impériale, Barabbas, qui porte aussi en lui le secret d’un faute, d’un acte de violence commis contre une jeune femme, que l’auteur se contente de suggérer dans le fil de sa narration, poursuit sa vie marquée par le rendez-vous manqué avec Jésus et les siens. Un très beau livre, un de plus de ce grand auteur hanté par le thème du Bien et du Mal, le sens de la Faute, et d’un besoin d’amour, de consolation impossible à combler, qui inspira un film, assez fidèle, je crois me rappeler, en 1961, dirigé par Richard Fleischer, avec Anthony Quinn dans le rôle de Barabbas.

Un hiver en Suède-copie-1

  Marathon lecture suédois Un billet publié dans le cadre d’Un hiver suédois animé par Marjorie

Livre lu lors du Marathon de lecture suédois

August STRINDBERG: Pâques

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Une véranda, donnant sur un jardin, une route, et au delà une autre maison où vient de s’installer un certain Lindqvist, principal créancier de la famille. Le père, en effet, est en prison car il a détourné l’argent qui était destiné à de jeunes orphelins. Éléonora, la fille de la famille, a été internée. Au cours de trois journées, qui pourraient être trois journées de deuil, d’enfoncement dans le malheur, la famille tourne et se retourne entre sentiment d’abandon par le père, culpabilité, jalousie, trahison, impression d’une faute dont la responsabilité retombe sur toute la famille. Mais se pourrait-il cependant que ces trois jours de deuil soient plutôt les trois jours d’une renaissance? Au fond, tout dépend de quel point de vue on les considère. Or il se trouve que ces trois jours ne sont pas n’importe lesquels. Mais ceux qui annoncent, qui inaugurent Pâques…

 

J’ai poursuivi mon exploration de l’oeuvre du grand dramaturge suédois avec cette pièce, postérieure à Mademoiselle Julie, relue avec tant de plaisir à l’occasion du Marathon de lecture suédois, car je ne connaissais rien d’autre au fond de cette oeuvre. Et la transition est pour le moins étonnante, de ce chef d’oeuvre du naturalisme qu’est le précédent drame, à celui-ci, symboliste. De Mademoiselle Julie à Pâques, au fond, c’est toute la carrière dramaturgique de Strindberg qui est parcourue d’un bond. Le rapport des personnages en particulier a changé et certaines types de figures, telles que celles d’Éléonora ou de Lindqvist, y font leur apparition. Le rôle dominant de la scène cependant est toujours là, et même ce jeu très particulier avec l’espace scénique qui transforme, une fois de plus, les rapports entre les individus, les rapports sociaux, psychologiques ou moraux, en relations spatiales. Ici, c’est une véranda, dont on ne sortira pas tout au long des trois actes. Un espace que nous voyons évoluer avec les jours – et le climat: un jeudi saint, baigné de soleil, qui semble annoncer la sortie de l’hiver, le renouveau tant attendu; puis le vendredi saint, le soir, alors que la neige, une neige fondue, s’est remise à tomber; une samedi saint, brumeux, temps entre deux saisons. Une véranda donc, mais une véranda que nous voyons comme depuis l’intérieur de la maison, grand espace vitré, qui donne sur le jardin, la route, la maison de Lindqvist. Une espace clos donc, fermé, mais vitré, c’est-à-dire dans une certaine mesure ouvert, donc faussement sécurisant, et, grâce au jeu des rideaux que l’on ouvre ou ferme à loisir, un théâtre d’ombre, notamment lorsqu’au deuxième acte on voit s’y dessiner la silhouette de Lindqvist, qui menace de venir jusque dans la maison réclamer l’argent qui lui a été escroqué par le père de famille.

Or l’image même du théâtre d’ombre nous pousse à réfléchir: de quoi l’ombre est-elle l’ombre? Lindqvist, qui projette sa silhouette menaçante sur les tentures qui ferment la véranda, est-il la créature que l’on croit? N’est-il pas plutôt l’une de ces figures d’ogre avec lesquelles on effraie les enfants? Et si le créancier pressé de recouvrer ses fonds, quitte à faire sombrer toute une famille dans la déchéance, se révélait un être plein de générosité, lié au père de famille par un autre lien que celui que son fils, Elis Heyst, et sa femme, Mrs Heyst, imaginent? Dans un drame qui joue ainsi habilement du double motif du conte populaire et de l’histoire sainte, Strindberg a trouvé ce point d’équilibre fragile qui fait la réussite du symbolisme, si difficile à atteindre, ce qui explique sans doute que ce genre ait produit tant d’oeuvres qui peuvent nous sembler mièvres aujourd’hui, ou au symbolisme trop appuyé (mais j’aurai l’occasion d’en reparler, si je trouve le temps du moins de chroniquer l’intéressant catalogue d’une non moins intéressante exposition sur le symbolisme visitée à Lugano, lors d’un séjour en Suisse italienne, en novembre dernier).

Le coup de théâtre final réalisé par Lindqvist, d’une manière toute dramaturgique, qui consiste à révéler qu’il n’est pas l’ogre que projetait le théâtre familial, en renversant les rapports sociaux et familiaux, révèle aussi sous un autre jour les différents personnages: Elis, professeur de lycée, hanté par le « crime » de son père; Kristina, sa fiancée; Mme Heyst, sa mère; et jusqu’au jeune Benjamin, que la famille doit héberger comme contre-partie à la malversation du père dont il est une des victimes. Au dessus de tous ces personnages, la figure d’Éléonora, qui réapparaît dans la famille, sortie de la maison d’internement où on l’a enfermée, une jonquille à la main, jeune fille à la fois folle et possédée par un don extraordinaire, une longueur de vue qui la fait sortir de la norme, donne à la pièce une réelle profondeur poétique et morale (c’est tout un pour les symbolistes), indiquant qu’il y a une place pour la beauté dans ce monde, qu’il est possible de rêver en une rédemption des hommes.

 

En 2014 je lis du théâtre

Un hiver en Suède-copie-1

Challenges En 2014, je lis du théâtre et Un hiver en Suède

 

August STRINDBERG: Mademoiselle Julie

Strindberg--Mademoiselle-Julie.jpgLe soir de la saint Jean. Trois personnages: Mademoiselle Julie, 25 ans; Jean, un valet, 30 ans; Kristin, la cuisinière, 35 ans. La scène se déroule dans la cuisine. Le comte – le maître -, est parti fêter la nuit ailleurs. On n’attend pas son retour avant le petit matin. Mais sa fille, Julie, a préféré rester au château, où elle s’encanaille avec les domestiques. On entend au loin les bruits de la fête…

On connaît de Mademoiselle Julie le sous-titre célèbre de l’auteur – un tragédie naturaliste. Le face à face, toujours rompu, médiatisé, par la présence réprobatrice de Kristin, la cuisinière, entre le valet et sa maîtresse, rapport de domination et de violence au cours duquel plusieurs fois les rôles s’inversent, et qui peut donner lieu sur scène à une véritable frénésie, un théâtre physique de l’opposition des corps qui cependant se cherchent et se possèdent. Mais je crois que l’originalité de Mademoiselle Julie tient avant tout dans le dispositif de la scène. Quand le rideau se lève, ce que nous voyons, c’est une cuisine – nous n’en sortirons jamais. Une cuisine, c’est à dire une coulisse: coulisse du château, de la fête, de l’avenir rêvé à deux de Jean et de Kristin, plus tous ces songes d’un avenir impossible qu’introduira l’irruption dans leur histoire de Mademoiselle Julie. C’est donc un lieu à la fois en bas (du château), à côté (de la fête), en avant (d’un futur qui peine à s’inventer): en position d’infériorité par rapport aux étages nobles, auxquels il se trouve relié par un système de sonnettes et un cornet acoustique, d’où la voix toute puissance, presque divine, du comte finira par tomber, c’est aussi un espace menacé d’envahissement par la liesse populaire, en ce soir de saint Jean, et le lieu d’une connivence entre domestiques sans cesse empêchée par la présence perturbatrice de Mademoiselle Julie. Un lieu théâtral par excellence où les désirs sont spatialisés: construit dans la crainte de l’autorité, abri discret du besoin de revanche des domestiques, lieu de tous les appétits auxquels la boisson et la cuisine servent de révélateur métonymique. Mais c’est surtout une coulisse, d’où les personnages sortent et où ils entrent, dans ce rapport inversé du théâtre remontant au moins à Horace de Corneille, qui veut que les personnages sortent du théâtre quand ils entrent dans l’action, et qu’ils y entrent quand ils en sortent. Mais Strindberg n’est pas Corneille: la cuisine de Mademoiselle Julie n’est pas le lieu de décantation pour ainsi dire d’une action historique et politique qui, en se décantant justement, devient intelligible, loin du fracas et de la fureur, sources eux de confusion. Car c’est cette confusion même qui est au centre du drame de Strindberg.

Confusion des sentiments, des positions, des rapports, en un siècle (la fin du XIXème) où les vieilles structures de la société sont en train d’être renversées « cul par dessus tête ». En ce sens, la pièce de Strindberg est une « tragédie naturaliste » – d’autant que c’est un fait divers qui en a fourni l’occasion à l’auteur. Pour sa pièce, Strindberg a fait le choix d’une action continue, d’une action sans découpage de scènes ni d’actes. Mais l’on distingue clairement deux moments: avant et après que Jean et Julie ne sortent, mus par le désir presque bestial l’un de l’autre et ne reviennent, leur rapport changé par ce qu’il y a eu physiquement entre eux, cependant que la liesse populaire envahit la cuisine, sortie anticipée par une première au cours de laquelle Jean et Julie ont dansé ensemble au bal. Au centre de la pièce donc, une fêlure, une déchirure, désignant dans la forme même tout ce qu’il y a pu y avoir de bestialité dans la poussée amoureuse, sexuelle de Jean et de Julie l’un vers l’autre, une plongée dans l’abîme de cette relation.

On pourrait en rester là. Et c’est ce qu’on fait bien souvent, commentant la double violence de l’un et l’autre personnages, qui cherchent mutuellement à se soumettre l’autre, jusqu’à la mort, le suicide de Julie, « ordonné » – c’est en tout cas ce qu’elle lui demande – par Jean. Mais je ne suis pas d’accord avec cette lecture traditionnelle de la pièce. Est-il si sûr que ce qui pousse Jean et Julie l’un vers l’autre se réduise au besoin de domination? et que la raison ne s’en trouve pas plutôt en eux même? dans un besoin d’affranchissement impossible, qui leur fait peur? Il y a cette tirade de Julie, qui permet au passage de goûter la justesse extraordinaire de cette écriture:

« Je fais parfois un rêve dont je me souviens tout à coup: je suis perchée en haut d’une colonne et je ne sais pas comment descendre, mais je n’ai pas le courage de m’élancer; je n’arrive pas à m’agripper, je voudrais tomber, mais je ne tombe pas. Pourtant je n’ai pas de répit avant d’être en bas, je ne connais pas le repos avant d’être en bas, sur le sol. Et quand j’y suis, je voudrais disparaître sous terre. »

Goût masochiste de Julie, goût de la déchéance, à mettre en parallèle avec son mépris des hommes, son besoin de domination sociale et sexuelle? C’est une lecture. Mais je crois qu’il y aurait plus à tirer en privilégiant un autre regard, un regard qui sache se rappeler que Mademoiselle Julie appartient à la veine des grandes oeuvres puritaines, dans le style du puritanisme littéraire d’Henry James, celui qui met en scène des personnages effrayés par leur propre désir d’affranchissement d’une condition qu’ils méprisent et qu’en même temps ils incarnent et qui les pousse au final, parvenus au bord de l’abîme, à surjouer le rôle dont ils cherchaient à s’éloigner. Il y a dans la sexualité, dans l’amour d’une maîtresse, fille de comte, et de son valet, un affranchissement possible, une libération des corps, qui est aussi une libération des êtres, des conditions. C’est la puissance du désir. Mais c’est un jeu dans lequel Julie et Jean s’investissent pour ainsi dire à leur corps défendant. Le moment de la jouissance amoureuse est rejeté en dehors de la scène, et pas seulement je crois pour des raisons de convenance. Il reste la promesse d’un autre ordre, qui aurait pu être, mais qui passe d’abord par l’expérience, par l’acceptation d’un désordre: qu’un valet « couche » avec sa maîtresse, et qu’ils le fassent non parce qu’il l’a forcé, mais parce que c’est elle qui l’y a poussé. Tout le reste, le rapport de plus en plus violent qui suit leur retour sur scène et le « fantasme » romanesque d’une fuite vers les lacs italiens où ils fonderaient une auberge n’est que la matérialisation selon moi de l’amour qui les pousse l’un vers l’autre, mais qu’ils vont mettre toute leur fureur à rejeter. « Tragédie naturaliste », dit Strindberg, et non drame. Où en trouver la raison, sinon dans cette expérience à la fois consentie et refusée, agie et subie d’un au-delà des limites psychologiques et sociales?

En 2014 je lis du théâtre

Challenge En 2014, je lis du théâtre

Challenge XIXème siècle
Challenge XIXème siècle

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 Marathon lecture suédoisUn billet publié dans le cadre d’Un hiver suédois animé par Marjorie

Livre lu lors du Marathon de lecture suédois

 

Hjalmar SÖDERBERG: Le Jeu sérieux

Söderberg, Le jeu sérieuxUn été, alors qu’ils se trouvent l’un et l’autre en villégiature dans l’archipel idyllique qui s’étend entre la capitale suédoise et la mer, deux jeunes gens échangent des baisers et des mots d’amour. Lydia est la fille d’un peintre de paysages, qui a connu le succès en son temps; Arvid, un jeune licencié, qui rêve d’arriver à quelque chose dans sa vie. Mais des baisers échangés un été, dans le jardin d’une demeure, au bord de la Baltique, entre les pins, les rochers et les rencontres musicales qu’organise le vieux peintre Stille, peuvent-ils suffire à sceller le destin de toute une vie, comme il arrive couramment dans les romans sentimentaux ? Des années plus tard, mariés chacun de leur côté, mais n’ayant pas trouvé l’amour dans le mariage, Arvid et Lydia se rencontrent, à l’opéra. Comment quelque chose d’aussi volatile que l’amour entre deux personnes peut-il renaître quand le temps a passé? Est-il vraiment possible de rattraper les occasions manquées?

De ce Jeu sérieux, je dirai d’abord que c’est un très beau roman, un magnifique roman d’amour, même si j’hésite un peu à employer ce terme, afin de ne pas induire en erreur ceux qui ne connaissent rien de l’amour selon Hjalmar Söderberg – un auteur bien injustement méconnu par chez nous, un des deux grands pourtant de la littérature suédoise, à côté d’August Strindberg. Car il n’est pas facile justement de parler de ce roman d’amour, à l’écriture discrète, procédant par toutes petites touches et des effets d’ironie si subtils qu’ils épousent à la perfection toutes les modulations du sentiment amoureux. Le jeu sérieux. Dès le titre, pourtant, nous sommes prévenu: l’amour est un jeu, mais est un jeu sérieux. Un jeu capable de provoquer blessures et souffrances. Un jeu, où ce qui se joue met en danger parfois l’intégrité des êtres, ce qu’ils investissent d’eux-mêmes, de leurs passions, de leur représentation de l’autre, et leur capacité à se retirer du jeu à temps. Tout autant cruel parfois et subtil que Milan Kundera, mais d’une autre manière, Hjalmar Söderberg, dont j’avais déjà cet été apprécié Docteur Glas, m’a permis de retrouver cette peinture subtile de l’amour, de ses espoirs, de ses tourments, mais aussi de la part de folie, de déréalisation qui l’accompagne.

Arvid Stjärnblom, le personnage masculin, est un jeune ambitieux discret, qui ne s’accommode pas de l’idée de mener toute sa vie une carrière de professeur. Dans Stockholm dont le décor, en 1900, est rendu discrètement par l’auteur, mais qui occupe le récit de sa présence manifeste – sans doute l’une des grandes capitales de la littérature et une ville ouverte sur l’Europe – voilà qu’il prend la profession de journaliste, grimpant de poste en poste: il traduit les articles publiés dans la presse étrangère, devient critique musical, puis assure la fonction respectée de spécialiste de la politique étrangère. C’est un homme arrivé, même s’il n’est pas fortuné, un peu mené cependant par le jeu des sentiments qu’il ne maîtrise pas. « Trahi » par son amour de jeunesse, Lydia, dont il apprend le mariage avec un vieux savant fortuné par une annonce dans le journal, il a trouvé plus tard à se marier avec la fille d’un homme influent, qui lutte tous les jours contre la banqueroute, au terme d »une aventure sentimentale dont il a été le jouet. Mais Arvid n’a jamais oublié Lydia. De cette souffrance, dont très subtilement l’auteur choisit de ne jamais parler que de biais, il lui reste un fils, un fils naturel, conçu par dépit, sur un coup de folie et de désir, avec une de ses jolies voisines, le soir du mariage de Lydia.

Sans doute, la rencontre de Lydia et d’Arvid, des années après leur rupture, est le moment le plus attendu par le lecteur – une rupture en fait qui n’a pas jamais vraiment eu lieu, un simple glissement dans le vide, à la scandinave: ils ont cessé tout simplement un jour de se voir; le manque de fortune d’Arvid ne lui a pas permis de lui proposer le mariage. Une nouvelle aventure s’engage, dont je ne dirai pas trop, pour ne pas non plus écorner le plaisir de la lecture, aventure sécrète cependant, commencée à l’hôtel, puis dans le modeste appartement que Lydia occupe à Stockholm.

Mais comment comprendre cette aventure? Le désir de liberté, bientôt les infidélités de la jeune femme, comment les lire? Un désir de revanche? L’expression d’un caractère qui a toujours été léger? De l’immaturité? La peur de s’engager dans une liaison qui la consume? Le besoin de tester les limites de son compagnon? Les signes sont là d’une relation qui s’illusionne: dès le début du roman, le fait que la jeune fille est courtisée par trois hommes, qui repartent chacun avec l’idée qu’ils comptent dans son coeur; ou le cimetière depuis lequel Arvid guette s’il y a de la lumière chez sa maîtresse. Habile romancier des demi-jours du coeur humain, Söderberg tresse le réel et l’imaginaire, l’un des motifs qui domine son oeuvre. A la fin, pourtant, une phrase pourrait donner le sens de cette histoire. Mais cette phrase, c’est Arvid qui la prononce, et nous ne saurons donc jamais de quelle manière elle commente le récit: est-ce la clé des comportements de Lydia ou simplement une nouvelle illusion d’Arvid à croire qu’il a toujours compté d’une certaine manière pour celle dont il est en train justement de s’éloigner?

« Elle avait tout de même une étrange manie: toujours choisir ses amants parmi mes amis et mes connaissances… »

Après tout, n’est-ce pas une leçon donnée à notre propre crédulité de lecteur: celle de penser que des baisers échangés vers vingt ans peuvent donner à eux seuls le motif de toute une vie? A moins que tout cela ne soit possible… Et c’est, selon que l’on prend l’une ou l’autre attitude, de deux manières très différentes que se donne à comprendre le destin amoureux d’Astrid et de Lydia. A moins que ce ne soit à la fois l’une et l’autre. Je le disais: un subtil, un très subtil roman d’amour.

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 Marathon lecture suédoisUn billet publié dans le cadre d’Un hiver suédois animé par Marjorie

Livre lu lors du Marathon de lecture suédois

Le Marathon de lecture suédois… L’heure du bilan

Marathon lecture suédoisFin du Marathon de lecture suédois. C’est l’heure du bilan. Pour ma première participation à un Marathon de lecture, je peux dire que j’ai passé un très joli week-end, que j’aurais décidément vécu d’un bout à l’autre. Mais y a-t-il une meilleure façon de vivre un week-end? De samedi 0h00 à Dimanche minuit. 48 heures de lectures, entrecoupées bien sûr, des moments nécessaires à la détente – j’ai passé pas mal de temps aussi à repérer sur Google view les quartiers de Stockholm évoqués par Hjalmar Söderberg dans son roman, et je dois dire qu’il s’est passé un moment où il a manqué de peu que je ne prenne un billet pour Stockholm.

Côté livres donc, ce sont trois belles découvertes (ou redécouvertes), dont j’éditerai les billet d’ici quelques jours:

Mademoiselle Julie de Strindberg, d’abord, vue au théâtre il y a longtemps, et lue à l’époque, et que j’avais tellement envie de redécouvrir.

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L’occasion aussi de continuer à explorer l’œuvre de deux auteurs suédois:

Pär Lagerkvist et son Barabbas, dans un style épuré, presque métaphysique;

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et celui qui m’a le plus tenu sans doute: Le Jeu sérieux de Hjalmar Söderberg (l’autre « grand » des lettres suédoises, à côté de Strindberg), roman des désillusions sentimentales, ainsi qu’un joli portrait de Stockholm autour de 1900.

Söderberg, Le jeu sérieux

Merci à  L’or rouge, à Touloulou, à Coccinelle, à Marjorie – Chroniques littéraires , à lcath, et à claudialucia pour leur soutien efficace, aux autres participants et de façon générale à tous ceux qui, au cours de ce week-end, sont passés par ici. Et un très gros merci encore à Marjorie du blog Chroniques littéraires  pour l’organisation de ce marathon de lecture.

 

Le Marathon de lecture suédois… c’est parti! – Màj dimanche Minuit

Marathon lecture suédois

Samedi 0h00: voilà, c’est parti; début du Marathon. J’ai décidé de commencer avec Mademoiselle Julie d’August Strindberg. Mais j’ai peur de ne pas réussir à veiller très tard ce soir…

1h00: c’est bien ce que j’avais prévu. Je finirai demain les dernières pages de Mademoiselle Julie (quelle grande pièce quand même !)

9h00: Mademoiselle Julie est fini. Maintenant, un petit déjeuner suédois, un petit tour sur les blogs des participants au Challenge. Et puis, je crois que je vais continuer avec quelque chose dans la veine du drame de Strindberg.

12h00: une autre belle découverte: Barabbas de Lagerkvist, dans lequel je suis déjà bien avancé.

Je fais un tour chez les autres participants: MarieAnne, L’or rougeIcath Merquin , Coccinelle et Chroniques littéraires. Et puis je crois que je vais marquer une petite pause, histoire de m’aérer un peu – il faut aussi que je trouve le temps de réaliser ces kanelbullar promis à Mme Cléanthe et à Petit Cléanthe pour les faire participer un peu aussi à ce week-end suédois.

18h: les kanelbullar gonflent tout doucement au coin du four. Je poursuis ma lecture de Barabbas.

21h: J’ai fini mon deuxième livre. Il est temps de reprendre quelques forces autour d’un buffet suédois. Les kanelbullar sont sortis du four à temps pour embaumer la cuisine des parfums de cardamome et de cannelle.

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23h: retour aux choses sérieuses. J’ouvre mon troisième livre: le roman de Hjalmar Söderberg, Le jeu sérieux. Je reste sur les rives de la Baltique en sirotant un thé « goût Russe ».

 

Söderberg, Le jeu sérieux

Dimanche 9h: petit tour dominical sur les blogs (ceux du marathon et les autres), puis reprise du « Jeu sérieux » de Söderberg. En plus, il reste des kanelbullar, et c’est délicieux avec un peu de confiture d’airelles. Je vais poursuivre tranquillement comme cela ma lecture jusqu’à midi, je crois.

Dimanche 17h: retour au roman de Söderberg après un début d’apres-midi éloigné des livres. 

Dimanche minuit: c’est la fin du marathon, et je finis aussi pour l’occasion mon troisième livre. Bilan: pour mon premier marathon, ce fut une belle aventure, un week-end de lecture, quelques gourmandises, le tour des blogs. Encore 10 pages à lire, un petit tour chez les autres participants et je file me coucher.

 

 

Le Marathon de lecture suédois… c’est pour bientôt

Marathon lecture suédois

Organisé par Marjorie, dans le cadre du Challenge Un hiver en Suède, Le Marathon de lecture suédois commence ce soir à minuit! 48 heures de folles lectures suédoises, nuit et jour, jusqu’à dimanche minuit.

Bon, ma semaine a été un peu fatigante et il se trouve que j’ai quelques heures de sommeil à rattraper. Ce week-end, ce sera donc plutôt couette et bon thé chaud, que folles escapades nocturnes, même livresques. Mais pour un polar suédois, ce peut être aussi une sorte de préparation nécessaire. J’ai hâte de retrouver la tête enfarinée le commissaire Wallander toujours en retard d’une nuit.

Comme je suis un garçon organisé, bien que croulant sous sa PAL, j’ai ramené de plusieurs sondages effectués depuis quelques jours au péril de ma vie sous cet amoncellement de livres quelques titres dans lesquels je pourrai piocher au gré de mes envies: du Strindberg (Mademoiselle Julie, que j’ai vu il y a longtemps au théâtre, mais que je n’ai jamais relu, mais aussi des récits), du Pär Lagerkvist, un roman de Hjalmar Söderberg, qu’il me hâte vraiment de lire (j’espère que j’en aurai le temps ce week-end) depuis que j’ai découvert cet auteur cet été en Avignon, et puis plein de polars. Bref, vous l’aurez compris, j’y suis à fond.

Avant cela, histoire de rentrer sereinement dans le week-end, un ciné puis un petit diner aux chandelles. Et on devrait s’approcher l’air de rien du début du challenge. Alors, rendez-vous à minuit… Et n’oubliez pas entretemps de manifester votre soutien!

Mes challenges en 2014

Je me suis inscrit ces derniers temps à toute une série de challenges, sans trouver le temps souvent de faire un billet de présentation. Et puis, il y a aussi les autres challenges, auxquels je me suis inscrit il y a un moment déjà, et qu’il faudrait que je songe à finir. Voilà donc, pêle mêle, les challenges anciens, nouveaux, persos, attendus, projetés, bref toute cette belle liste de contraintes que nous ajoutons tous les unes après les autres pour réussir à venir à bout d’une PAL récalcitrante (tâche impossible – cette idée-là, c’est Sisyphe en train de pousser son rocher!), ou plus simplement de mettre un peu de piment à nos envies (mais n’oublions pas que le blogueur lecteur souvent est un gourmand!).

Oh my cette couverture

 

D’abord le plus loufoque, le challenge Oh my! cette couverture proposé par Cess:
« Le but de ce challenge est de trouver LE livre a la couverture qui vous semble la plus moche, la plus kitch ou soyons fou, une qui soit moche et kitch, de le lire, et d’en faire un billet »

Un plaisir de bibliophile à honorer d’ici le 15 juillet 2014: ah! se replonger dans les vieilles éditions de romans de SF des années 80 aux couvertures kitschissimes! Ou bien dans quelque vieux roman d’aventure exhibant quelque homme-singe à la forte chevelure entourant d’un bras puissant une amante fragile! Des couchers de soleil sur Venise! LA difficulté du challenge consistant, bien sûr, à trouver un texte LISIBLE, dont les qualités littéraires puissent faire mentir son abominable couverture! Je sens qu’on va s’amuser…

 

En 2014 je lis du théâtre

Une belle idée que celle d’Ankya: le challenge En 2014, je lis du théâtre! Je me suis inscrit dans la catégorie « La télé? connais pas » (en fait, si, je connais. Mais là, c’est du théâtre!). Un challenge que je pourrai mettre à profit, au moment du Festival d’Avignon, qui est le mois traditionnellement où je vois et je lis du théâtre.

1 mois 1 e-book

Maia propose de faire vivre nos liseuses, avec le challenge Un mois, un e-book. Je remercie Maia d’avoir pensé à ces petites merveilles de technologie, dont chacun pensera ce qu’il veut, mais que nous bénissons, lorsqu’elles nous épargnent la souffrance d’emporter avec nous, chaque fois que nous partons en voyage, toute une bibliothèque. Et puis, quand je vois ce qu’il advient de mes collections de poche, dont les feuilles volent au vent dès la deuxième ou troisième lecture. Il n’y a pas à dire, depuis que l’édition a choisi de faire des économies sur la qualités des colles, le numérique, c’est du solide!

Un classique par mois

Le Challenge Un Classique par mois continue pour une nouvelle année chez Stephie. Et je me dis qu’il pourrait durer toute la vie…

 

Challenge XIXème siècle

Fanny et Kheira animent jusqu’au 14 septembre le Challenge XIXème siècle. Et là, c’est quand même bête que cela finisse si tôt.

 

logo-challenge-victorien

Le Challenge victorien d’Arieste court jusqu’au 1er septembre. Et moi, il faudrait que je me dépêche d’y publier quelques billets.

British mysteries

Lou (bien occupée en ce moment) et Hilde, en joyeuses organisatrices de nos lectures, nous ont concoctées des  British Mysteries, qu’il va falloir décidément que je n’oublie pas trop.

Challenge Virginia Woolf

Ni non plus le challenge Virginia Woolf de Lou (mais là j’ai lu les livres; il faut juste que je trouve le temps de rédiger les billets).

Eh bien! En les mettant bout à bout, je m’aperçois que cela fait quand même un sacré programme! D’autant que ce n’est pas fini, puisqu’il faut rajouter aussi les événements saisonniers:

 

Quinzaine de l'imaginaireLa Quinzaine de l’imaginaire d’Arieste, du 1er au 15 février

 

Un hiver en Suède-copie-1et Un hiver en Suède, organisé par Marjorie, jusqu’au 31 mars

 

Les festivités commencent d’ailleurs ce week-end avec un Marathon de lecture sur la Suède. Mais je reviendrai là-dessus demain et dans les billets de ce week-end.

Et tout cela, bien sûr, sans compter le petit challenge maison que je vous concocte, et dont je parlerai sans doute la semaine prochaine… Et avec cela, nous trouvons encore le temps de lire les blogs des uns et des autres!!!