McBain 1Noël approche. Alors que l’hiver vient de s’abattre brutalement sur la ville et que la neige commence à recouvrir les rues, on découvre le cadavre d’un jeune portoricain, un drogué, pendu dans une cave, une seringue avec laquelle il vient de se piquer à l’héroïne à côté de lui. Mais s’agit-il bien d’un suicide ? Revenu de voyage de noce, l’inspecteur Carella enquête, épaulé par le jeune Kling, qui vient d’être promu inspecteur. Une enquête qui risque de les mettre sur la voie d’une vérité bien dérangeante : les flics aussi ont des enfants, et il arrive à ces enfants de ‘mal tourner’…

Dans l’histoire de la criminalité en Amérique, il y a un moment, disent presque tous les films, tous les livres de gangster, où quelque chose a basculé : l’introduction de la drogue, en particulier de l’héroïne, sur le marché du crime. La drogue est un symptôme, mieux une maladie du corps social, qui prolifère sur toutes les zones de tension, de faiblesse, d’un corps tiraillé, d’un corps qui craque : elle a gagné les jeunes immigrés, en perte de repères, tel Annibal Hernandez, qu’on retrouve mort au début de l’histoire ; elle soutient les filles qui se prostituent, à l’image de Maria, sa sœur, dans ce cercle vicieux morbide qui les pousse à enchaîner les passes, pour se procurer leur nouvelle dose ; elle touche même les policiers chez eux, ou leurs enfants, comme il arrive à l’un des personnages du roman dont je préfère taire le nom afin de ne pas tout révéler du développement de l’intrigue.

Très émouvant quand il évoque le parcours des immigrés portoricains, au travers du personnage de Mrs Hernandez, qui rêvait de prospérité, d’Amérique, et dont les enfants finissent dans la drogue, dans la prostitution, Ed McBain, dont je ne cesse de dire tout le bien que j’en pense depuis que j’ai commencé début novembre son extraordinaire série, conduit ici d’une main de maître un roman dont l’intrigue, suffisamment ‘tordue’, tient le lecteur en haleine, tout en donnant un portrait sans concession de l’envers du rêve américain, tel qu’on le voit du moins depuis les maisons de rapport peuplées d’immigrés fraîchement arrivés aux États-Unis ou des hôtels de passe. Du rajeunissement de la criminalité, autre effet de l’introduction de la drogue, Ed McBain a su faire un intéressant motif de polar, qui introduit un des bons rebondissements de l’intrigue. Mais le moindre de ses talents n’est sans doute pas d’avoir su, et de quelle belle manière, composer malgré tout, sur toute cette misère, un habile conte de Noël où le lieutenant Byrnes, chef de la brigade du 87ème district, un indic qui a fini par développer des relations d »amitié’ avec le policier qu’il renseigne, et Teddy, la jeune et belle Mme Carella tiennent les premiers rôles. Si, avec tout cela, je n’ai toujours pas réussi à vous convaincre de vous faire offrir au moins les deux premiers volumes de cette série pour Noël (cela fait déjà quand même 14 bons romans), c’est à désespérer de tout…

il etait une fois noel2.jpg christmastime.jpg Un polar de Noël publié dans le cadre des challenges Il était une fois et Christmas time.

6 Comments on Ed McBAIN: Le fourgue (87ème district, 3)

  1. @Chicky Poo: toute la série vaut le coup en fait, mais celui-ci, avec son petit air de Noël soufflant sur les rues et les parcs d’Isola (en fait New-York) est un petit délice.

  2. @Lou: pourtant, j’aimerais tant te convaincre. Ed McBain a tout inventé, ou presque, de ce qu’on retrouve aujourd’hui dans la plupart des séries télévisées: une façon nouvelle de
    raconter des histoires, des personnages qui se retrouvent autour d’enquêtes policières, mais qui ont aussi leur vie propre, qu’on découvre peu à peu, une action multiple ou bien plusieurs actions
    liées entre elles par une unité narrative (j’en parlerai pour le tome 4 de la série), les boucles narratives. Et en plus il y a l’humour de l’auteur, et un réel humanisme, bien éloigné du ton
    désabusé qui domine la littérature policière. Mais je ne renonce pas à te convaincre: je compte bien faire un billet sur chacun des presque 70 tomes de la série. En tout cas merci pour la
    bannière. Je suis parti un peu en retard cette année, alors j’ai essayé un peu de m’appliquer pour donner à ce blog un petit air de Noël.:-)

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