Deux hommes, un vieil aveugle près de mourir et le pèlerin qui l’accompagne sont débarqués, sur la route de la Terre Sainte, sur une côte désolée cernée de montagnes habitée d’antiques pasteurs. Ils trouvent un abri dans un ancien temple abandonné, où l’on a jadis honoré des dieux dont le nom même s’est perdu. C’est là, dans cette Arcadie biblique, que s’achève pour eux le voyage, dans cette représentation d’un monde avide de rachat, d’espérance et hanté par l’absence du divin.
Oeuvre curieuse du non moins curieux Pär Lagerkvist, mieux connu pour son étonnant Barabbas, ou plutôt l’adaptation cinématographique qu’on en fit avec Anthony Quinn dans le rôle titre, le roman, publié en 1964, forme avec La Mort d’Ahasverus (1960) et Le Pèlerin de la Mer (1962), une trilogie tournant autour du mythe du juif errant. L’écriture de Lagerkvist est fascinée par le thème du bien et du mal (il y a cette lâcheté au point de départ de sa «carrière» que le pèlerin finira par révéler); par l’idée du retrait de dieu (que symbolise ce médaillon que l’aveugle porte autour de son cou, un bijou destiné à contenir ce qu’il y a de plus précieux pour un homme et qui ne contient Rien); par les vanités de la croyance (que sont l’illusion, parce qu’on sait ouvrir d’une certaine façon le ventre des oiseaux pour en observer les viscères, qu’on comprend quelque chose au mystère du monde ou bien ces temples qu’on construit pour les dieux et qui ne tardent jamais à retourner à la poussière). Roman allégorique où chacun reconnaîtra la fragilité de la condition humaine, La Terre Sainte est surtout une œuvre étonnante en fonction du paradoxe qui la sous-tend: tout témoigne dans le monde de l’absence de dieu, le ciel est vide, un néant, la raison nous persuade de l’inutilité des religions, et cependant il y a dans la foi, dans la tension vers dieu et dans les images qu’elles nous représente quelque chose à quoi nous ne pouvons renoncer, au risque de renoncer sinon à nous même et d’ignorer la dimension tragique de l’existence humaine.Challenge ABC 2008

2 Comments on Pär LAGERKVIST: La Terre Sainte

  1. Très intéressant. Je n’ai lu que Barabbas.

  2. Avatar Cléanthe dit :

    @Eeguab: Lagerkvist est un auteur que j’ai adoré il y a quelques temps, et que je redécouvrirais bien avec plaisir

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