Sur la terrasse

Je poursuis ma découverte émerveillée de Robert Walser. Et tandis que je continue la lecture des Enfants Tanner, à petit pas, presqu’en flânant, comme il convient pour goûter aux charmes discrets de cet immense poète du quotidien, je me suis lancé aussi dans un recueil de ses textes courts, qui a suffi pour le coup à réjouir mon week-end. Tout Robert Walser en une page! C’est simple, pur, ça ne tient presque à rien. Et pourtant le moment est là, unique, l’impression tellement discrète qu’on oublierait l’art de la recréation Lire la suite

Les poètes sont si vulnérables : alors vous autres, ne blessez jamais les poètes

Quand on peut faire souffrir quelqu’un de malheureux et qui est sans défense, on peut aussi bien torturer une pauvre bête. Les gens sans défense n’excitent que trop souvent chez les forts l’envie de leur faire mal. Sois donc heureux de te sentir fort et laisse les plus faibles en paix. Ta force paraît sous un bien mauvais jour, quand tu t’en sers pour tourmenter les faibles. Cela ne te suffit donc pas d’avoir toi-même les deux pieds sur terre ? Faut-il encore que tu en poses un sur la Lire la suite

Une timidité dans tout

Ce matin-là, Kaspar et Klara firent une promenade sur le lac dans une petite barque de couleur. Le lac était calme, brillant et silencieux comme un miroir. De temps à autre ils croisaient un petit bateau à vapeur et cela faisait pendant quelques instants de grandes vagues douces; ils traversaient les vagues. Klara était vêtue d’une robe blanche comme la neige, dont les manches larges pendaient avec nonchalance autour de ses beaux bras et de ses mains. Elle avait ôté son chapeau, elle avait défait ses cheveux, sans du tout Lire la suite

Jean-Pierre FERRINI: Et in Arcadia ego

Quatre saisons, comme la ronde de l’année que figurait le cycle des Saisons, œuvre du dernier Poussin, du temps où elles étaient exposées dans la rotonde de l’aile Richelieu, superbe méditation d’un grand peintre sur le temps, le paysage et la religion. C’est le délicat voyage que nous offre Jean-Paul Ferrini. Voyage parmi les œuvres de Nicolas Poussin qui interroge tout à la fois notre rapport au temps, au musée, à soi. Difficile de résumer un tel livre où l’on croise Balzac, Proust, Bonnefoy – beau patronage ! Une déambulation Lire la suite

Les vrais paradis

L’autre jour, je suis repassé presque par hasard rue des Grands-Augustins avant de poursuivre mon chemin en direction de la Seine, avec un peu plus loin, les façades du musée du Louvre qu’éclairait une lumière automnale. En traversant le Pont-Neuf, je repensais à ces années quand, «néophyte», je lisais Balzac, la recherche de l’absolu de Frenhofer et découvrais la peinture de Poussin. Puis, soudain, un morceau de phrase de Proust s’est mis à remuer en moi: … les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. Juste avant, je me Lire la suite

Max Beckmann. La collection Classen

Vie nocturne, scènes de café, foires et manèges, paysages urbains – en tout 50 dessins et gravures de Max Beckmann issus de la collection privée du couple Christa et Wolfgang Classen sont réunis en ce moment à Freiburg. Max Beckmann est un artiste encore assez peu connu en France. Il s’agit pourtant d’un des peintres allemands majeurs de l’entre-deux-guerres. L’exposition de Freiburg n’est pas très grande. Mais on peut y profiter des œuvres en toute tranquillité. C’est un des intérêts des musées allemands, en plus d’illustrer des mouvements de l’art Lire la suite

Thomas Hardy: Poèmes du Wessex et autres poèmes

Difficile d’imaginer que Thomas Hardy, cet immense écrivain, fut un homme petit, timide, souvent triste, dont l’accent rocailleux soulignait les origines paysannes, menant une vie austère, marié deux fois, mais sans enfant. Je ne suis pas sûr que la rencontre avec Thomas Hardy eût été des plus séduisantes. En tout cas pas pour vider quelques bocs de bière ou évoquer les joies de la bonne chaire ou de la paternité. Mais quel grand écrivain ! Un des tout premiers de la litterature anglaise à mon sens. J’ai parlé plusieurs fois Lire la suite

Tons neutres

Ce jour d’hiver, nous longions un étang, Le soleil était blanc, comme maudit de Dieu. Quelques feuilles gisaient sur la terre stérile, Tombées d’un frêne et grises. Vous aviez pour moi le regard qui se perd Dans la banalité des secrets éventés, Nous échangions quelques paroles Qui appauvrissaient d’autant notre amour. Le sourire, O combien funèbre de vos lèvres, Ne durait que pour avoir la force de mourir; Ainsi le traversait un sillon d’amertume Comme vole un oiseau de mauvais augure. Des lors, cette dure leçon que l’amour est trompeur, Lire la suite

Amours baroques

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,Et la mer est amère, et l’amour est amer,L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,Car la mer et l’amour ne sont point sans orage. Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage. La mère de l’amour eut la mer pour berceau,Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eauMais l’eau contre ce feu ne peut Lire la suite