Catégorie : Littérature française et francophone

Emile ZOLA: LŒuvre

LOeuvreClaude Lantier, qu’on a croisé déjà dans Le Ventre de Paris, est devenu le chef de file de l’Ecole du Plein air. Au centre d’un groupe de jeunes gens qui rêvent de renouveler les principes de l’art, il fait figure de maître précoce. Tous attendent de lui le chef-d’oeuvre qui les propulsera au devant de la scène artistique. Mais Claude est une nature anxieuse, un peintre audacieux et habile dans ses esquisses, mais qui peine à achever ses oeuvres. Un soir, il fait la rencontre fortuite d’une jeune femme, Christine, qu’il héberge. Christine ne tarde pas à s’offrir à lui: elle devient son modèle; bientôt les deux jeunes gens se mettent en ménage. Au salon des Refusés, Claude expose son tableau, qui fait scandale…

Génie mangé par son génie, incapable d’accomplir dans son art la révolution dont il était seul capable, Claude Lantier demeurera sans aucun doute le plus beau gâchis du cycle des Rougon-Macquart, qui s’y connaît pourtant en destins de ce genre. Dans un très beau final, qui suit le cercueil de Claude jusqu’au cimetière, abandonné de tous, ou presque, sauf des deux seuls amis qui lui sont restés fidèles, Sandoz, l’écrivain, provençal comme lui, monté avec lui de Plassans à Paris, et Bongrand, un peintre. Sandoz, justement, l’écrivain, a cette formule à la fois très juste et très cruelle sur le destin artistique du personnage central du roman:

 

« Non, il n’a pas été l’homme de la formule qu’il apportait. Je veux dire qu’il n’a pas eu le génie assez net pour la planter debout et l’imposer dans une oeuvre définitive… Et voyez, autour de lui, après lui, comme les efforts s’éparpillent! Ils en restent tous aux ébauches, aux impressions hâtives, pas un ne semble avoir la force d’être le maître attendu. »

Travailleur acharné, mais inspiré, exalté, Claude est le type même du créateur aux visions esthétiques nouvelles, mais resté prisonnier d’une conception encore trop romantique de son art. C’est le malheur de notre génération, confie à un moment Sandoz: ce grand écart entre les ambitions d’un ultra-réalisme, à la Courbet, exigeant qu’on fasse évoluer les motifs, les sujets, un décapage du regard, allié à une belle manière de peindre et à l’invasion de la couleur d’un côté, et de l’autre une imagination encore tout empêtrée de représentations romantiques. Obsédé par la représentation des formes, de la chair du corps féminin, par la puissance de la « gorge », Claude finit par vouloir placer du nu partout, comme un bloc détaché des Académies, mais à sa manière, et sans aucun soucis de la vraisemblance de sa peinture.

Il en ressort un extraordinaire portrait tragique. Zola, qui a beaucoup investi de lui-même dans ce roman, y montre les artistes en proie aux affres de la création, pris dans ce qui n’est peut-être qu’une chimère: réussir, c’est-à-dire être reconnu, en produisant des formes nouvelles. Car le public est-il forcément éclairé? Et si la postérité continuait à valoriser des oeuvres de second ordre? Cela donne une réflexion intéressante sur l’art au temps de sa démocratisation, plus quelques portraits intéressants des tensions qui peuvent travailler dès le départ un groupe de jeunes gens comme celui de Claude et de ses proches, dans lequel on reconnait aisément celui des impressionnistes. Au cours du roman, les jeudi de Sandoz, où celui-ci réunit ses amis à dîner, sert de témoignage, cruel lui aussi, de l’évolution des personnages: certains trouveront leur public, comme Fagerolles, qu’on accusera d’avoir bradé la formule; à l’opposé, Claude, reconnu d’abord comme un chef de file, finira par être rendu responsable des échecs de chacun.

Bref, L’Œuvre est un roman touffus, même si l’action en est ténue, un moment important sans doute dans le cycle de Zola, étant donné les mises aux points importantes que l’auteur, à présent sûr de sa méthode, et enfin reconnu, y donne sur l’art en train de se faire en général. Deux grilles de lectures couramment employées me semblent ainsi empêcher de prendre toute la mesure de ce roman. On confond souvent Claude et Cézanne, prétextant de la proximité de Zola et de son ami peintre, tous deux venus d’Aix-en-Provence. Cézanne d’ailleurs s’est reconnu dans le personnage de Claude, au point de rompre alors toute relation avec Zola. Bien sûr, il y a du Cézanne dans Claude: sa lenteur, sa difficulté à conclure une oeuvre. Et on pourra remarquer à l’occasion que visiblement Zola n’a rien compris justement à ce qui fait de Cézanne, jusqu’à ses difficultés de peindre, le premier grand artiste moderne. Mais au détour des pages du roman, Claude nous fait autant penser à Manet (son tableau qui fait scandale reprend le motif du Déjeuner sur l’herbe), à Monet (l’éclatement de la couleur), mais bien sûr aussi à Cézanne (cette tentative de dépasser l’impressionnisme au profit d’une peinture de la forme et d’une théorie abstraite des couleurs, laissant des zones de la toile vide, qui n’est pas un échec, comme le croit Zola, mais une des grandes conquêtes de l’histoire de la peinture, puisque la difficulté du geste artistique y  acquiert enfin le statut d’art). La deuxième grille de lecture qui selon moi gêne un peu la lecture de ce volume des Rougon-Macquart est d’y voir avant tout un roman sur la peinture. Or, il est au moins autant question du roman lui-même au cours du récit. Par l’intermédiaire de Sandoz, son double, qui comme lui a mis sûr le métier une vaste entreprise et s’engage, par un travail acharné, à faire avancer son oeuvre et à lâcher régulièrement un volume, qu’il sait imparfait, dont l’écriture le fait souffrir, Zola livre ici un très bel auto-portrait, en même temps qu’un puissant manifeste sur les conditions nécessaires à la création artistique: acceptation d’un certain nombre de convention (celle de l’intrigue par exemple), pour se montrer plus radical sur l’essentiel (libérer la nature dans l’art, abandonner toute censure sur l’usage qu’on fait du langage).

C’est donc un roman très riche, qui appellerait à son tour tout un livre, si l’on voulait bien en parler. Un roman où Zola, lui-même, à l’occasion, sait se faire peintre et donner pour ainsi dire de l’intérieur la compréhension de cet oeil qu’est un peintre, dans des descriptions magnifiques, mais parfois douloureuses de la nudité de Christine, du petit cadavre déformé de leur fils, mort précocement, des bords de Seine à Paris ou de la campagne. C’est aussi le roman de scènes d’anthologie, comme celles des salons, le salon des refusés au début du roman, et surtout, à la fin, celle du salon où Claude finit enfin par entrer, mais sans succès, et où devant le tableau de Fagerolles, qui fait lui un succès, il se retourne, dos à la toile, le public extasié se révélant alors sous son oeil de peintre en pleine séance d’admiration d’une peinture qu’il ne comprend pas plus que celle dont naguère il se moquait – un grand moment à la fois de peinture et de satire sociale! Enfin, L’Œuvre est un magnifique portrait de femme, celui de Christine, jeune femme délicate, d’abord choquée par la peinture de Claude, que la passion du peintre cependant emporte dans une véritable fureur d’amour. Bien sûr, leur relation est fondée sur un malentendu: offrant sa nudité à contempler au peintre dans un geste d’impudeur fou qui scelle leur union, Christine n’y trouvera pas le développement gentiment érotique, léger qu’aurait pu avoir cette entrée en matière. Bientôt, c’est son portrait lui-même sur la toile qui devient sa rivale, Claude la délaissant au profit de cette forme à laquelle il revient sans cesse. Mais ce qu’elle dit finalement, son destin malheureux, est aussi celui de l’artiste, dont elle a épousé la carrière: un peintre, fou de réalité, mais qui ne peut entrer en relation finalement avec cette réalité dont il prétend se faire l’observateur minutieux. La dernière nuit de Claude et de Catherine, nuit de passion retrouvée, de débordement amoureux, d’union vécue au cours de multiples jouissances, finit par s’abîmer dans la vision de Claude, pendu au petit matin, devant la toile qu’il ne parvient à achever et de Catherine, laissée seule, au seuil de ce qu’elle avait cru pouvoir être une nouvelle vie.

Les Rougon-Macquart: n°14

Challenge XIXème siècle

1-mois-1-e-book.jpgUn classique par mois

Challenges XIXème siècle, Un mois un e-book et Un classique par mois


Jorn de PRECY: Le jardin perdu ("traduit" par Marco Martella)

http://www.le-site-des-livres.com/wp-content/uploads/2012/06/le-jardin-perdu-jorn-de-precy.jpgJadis, la nature était habitée par les dieux. Mais depuis que les dieux nous ont quitté, où se sont-ils réfugiés ? Nous avons perdu notre rapport premier au monde. La ville s’est affranchie peu à peu de son territoire. Sous le nom d’ « espaces verts », nous cultivons un rapport artificiel à la nature, fait de succédanés d’émotions. Alors, que reste-t-il ? Des jardins peut-être. C’est le message que par delà les ans nous envoie Jorn de Précy, « auteur » d’un jardin renommé, aujourd’hui disparu, en Angleterre, et dont l’essai, publié en 1912, nous est restitué ici par la belle traduction de Marco Martella. Pourtant, à la lecture de ce livre, un doute se construit. Ce jardin n’est-il pas trop beau pour être vrai ? Et qui est donc ce Jorn de Précy dont ne garde mémoire aucun dictionnaire de l’art paysager ? Alors, le jardin donc, une forme de résistance ? Oui, à moins qu’il ne s’agisse, comme toujours, que de la vieille rencontre de la nature et de la littérature…

Un auteur inconnu, Jorn de Précy, un anglais, né en Islande, au patronyme bien français. Un jardin disparu, une sorte de jardin sauvage, faisant signe vers la jungle, au nom improbable de Greystone (comme en écho de Greystoke, nom ‘civilisé’ du ‘sauvage’ Tarzan?). Un essai confidentiel, que n’auraient lu depuis 1912 que quelques happy few, et qui resurgit à point aujourd’hui comme une anticipation des préoccupations écologiques contemporaines. Un traducteur qui, comme dans la tradition des écrits du XVIIIème siècle, se présente comme le passeur éclairé d’un texte dont il se pourrait qu’il soit lui-même l’auteur. Sur la métaphore voltairienne de la tâche finale qui revient à Candide, revenu de tout, de cultiver son jardin, Marco Martella signe donc avec ce petit livre une brillante espièglerie littéraire et un livre sensible.

Tout livre a sa légende. Je suis moi-même tombé dessus, par hasard -mais s’agit-il vraiment d’un hasard ? – en revenant de la belle exposition Vallotton au Grand Palais, qui m’avait sans doute plutôt bien disposé le regard, à pied, comme toujours quand je suis seul. Je suis entré, comme à peu près une fois par an, dans la petite librairie du jardin des Tuileries. Et le livre était là. Pour qui aime les jardins, la nature, pour qui ne pense pas sans nostalgie à d’anciennes promenades au milieu des jardins du Boboli, un jour d’hiver où ils étaient désertés des touristes, et à certaines rencontres qu’il y fit avec le génie des lieux, pour qui pense justement que les lieux ont une âme, que la nature est habitée par les dieux et qu’il y a dans le culte de soi à l’abri d’un endroit écarté de la société des hommes, une forme de résistance poétique, peut-être un peu ridicule, mais bien plus digne que d’autres formes de rébellion, ce livre sera un enchantement. Que dire de plus ? Ceux à qui ce livre est destiné, sans doute, se seront déjà reconnus. Mais je ne renonce pas à convaincre les autres, en tout cas ceux qui fréquentent mon petit salon littéraire, et qui pensent comme moi que rien n’a plus de prix que l’amour des fleurs et de la belle écriture…

Dominique BARBERIS: Beau Rivage

Barberis, Beau rivagePour achever sa thèse, Franck a choisi de venir s’installer quelques semaines à l’hôtel Beau Rivage, un petit hôtel de montagne, à quelques pas de la frontière. C’est la fin de la saison et déjà les clients se font rares. Dans ce lieu d’au-dessus du monde, sa compagne, qui n’a rien d’autre à faire, observe. A côté de l’hôtel, un petit lac. Au dessus d’eux, le massif montagneux. Le village en contre-bas. Et plus loin une ville d’eau alanguie qui fut jadis un lieu de rencontre des élégances. Lorsqu’un jour parait Serge – du moins un client qui dit s’appeler Serge – quelque chose vacille. C’est la fin de l’été. Déjà la saison s’enfonce dans l’automne. Et quelque chose dans les quelques êtres qui finissent d’occuper l’hôtel, à la veille de sa fermeture, dit que pour tous aussi l’automne est proche. Quelque chose gît là d’inquiétant, à l’image du lac qui à côté d’eux, cache le mystère de ses eaux profondes, sous la surface qui reflète les beautés du paysage sublime à l’entour.

J’avais raté à sa sortie, il y a trois ans, ce très beau livre de Dominique Barbéris, dont j’ai découvert l’existence, un peu par hasard, le mois dernier, en faisant le tri parmi des émissions podcastées à l’époque. Les circonstances de cette redécouvertes n’ont fait que rajouter au charme subtil de cette lecture. Car ce Beau rivage est l’un de ces livres magiques, qui tiennent à peu de chose – une émotion, une atmosphère. Et dont on est toujours un peu malheureux de ne pouvoir pas en dire grand chose, au risque sinon d’en émousser le mystère – juste le conseiller le plus chaleureusement (ou l’offrir) à ceux qu’on aime vraiment. Il y a quelque chose d’hitchockien dans sa facture: des apparences qu’on sonde incessamment, d’où finit par sourdre un mystère, même un drame. Mais que dire de la clé de ce drame, qui n’est peut-être pas le fil que le lecteur a peu à peu laissé se tisser dans sa tête? Ce pourrait être une histoire policière, mais ce n’en est pas une. On pourrait imaginer l’amorce d’un roman d’amour. Mais on en est si loin aussi. Car il faudrait trancher, choisir une issue à ce récit, qui préfère se complaire dans un jeu d’apparences un peu froides, si fascinantes aussi, qui avec un art consommé nous rapproche très subtilement de l’intimité des êtres.

A l’hôtel Beau Rivage, deux couples se croisent: Franck, universitaire sur le point de finir sa thèse, et sa compagne, la narratrice; à côté d’eux, Eric Vasseur, un industriel en vacances, et sa femme Christine, une ancienne danseuse dépressive depuis qu’une blessure lui a fermé le monde du ballet. La patronne de l’hôtel, mêle ses bavardages, d’où émerge souvent la figure de son mari mort, en programmant ses vacances prochaines dans un pays chaud, avant la saison d’hiver. Un soir, arrive un homme disant s’appeler Serge, venant du petit aéroport de V., ou plus simplement de la gare. Nul ne sait qui il est vraiment. Il parle de Vienne, de l’Afrique, dit qu’il est diplomate. Mais qui est Serge? Un loup sanguinaire? Un trafiquant sans scrupule? Un espion séducteur de romans d’espionnage? Ou plus simplement un vieux beau qui joue de son image?

Dans ce roman de l’indétermination des mobiles comme des motivations de l’action, Dominique Barbéris joue avec beaucoup de subtilité la partition de l’entre-deux, dont c’est peut-être ici l’aventure principale. Au début du roman, les phares d’une voiture paraissent au bout du chemin, qui conduit à l’hôtel. Trois homme en descendent. Un quatrième homme est-il resté dans la voiture? Ils prennent rapidement une bière et repartent rapidement. Qui sont-ils? De quel côté se situent-ils de l’inquiétude ou de la paix? A l’image de cette première scène, le même motif se reproduit. Quid de l’été ou de l’automne? Au dessus de l’hôtel Beau Rivage, baptisé sans originalité lieu de quiétude et de détente, les restes d’un sanatorium où, au siècle dernier, les hommes atteints de tuberculose venaient mourir dans le décor de cette nature sublime. Et puis, de quel côté se situe l’action? De ce côté-ci ou de l’autre de la frontière? Beau Rivage est un hôtel au dessus d’un village, au bout d’une route de montagne, sur une petite esplanade, après un abattoir désaffecté transformé aujourd’hui en une villa sur laquelle veille un chien féroce qui aboie au moindre déplacement. Rien donc, rien ne nous dira ce qui se passe vraiment ici. Et lorsque l’ombre de la mort s’abat enfin sur le récit, nous sommes déjà parvenus à la fin du roman, comme s’il n’y avait plus rien à en dire, comme si le secret des mobiles de cette mort mystérieuses devait rester définitivement enfoui sous l’eau du lac de Beau Rivage et sous la surface polie des lignes du récit.

Emile ZOLA: Angeline ou La maison hantée

 

 

Zola--Emile---Nouvelles-roses.jpg« Il y a près de deux ans, je filais à bicyclette par un chemin désert, du côté d’Orgeval, au-dessus de Poissy, lorsque la brusque apparition d’une propriété, au bord de la route, me surprit tellement, que je sautai de la machine pour la mieux voir. C’était, sous le ciel gris de novembre, dans le vent froid qui balayait les feuilles mortes, une maison de briques, sans grand caractère, au milieu d’un vaste jardin, planté de vieux arbres. Mais ce qui la rendait extraordinaire, d’une étrangeté farouche qui serrait le coeur, c’était l’affreux abandon dans lequel elle se trouvait. Et, comme un vantail de la grille était arraché, comme un immense écriteau, déteint par les pluies, annonçait que la propriété était à vendre, j’entrai dans le jardin, cédant à une curiosité mêlée d’angoisse et de malaise. »…

D’Emile Zola, on connaît bien entendu Les Rougon-Macquart, l’oeuvre colossale en vingt volumes, peut-être un ou deux romans de jeunesse, parfois la série des Trois villes ou la série, inachevée, des Quatre Evangiles, et, dans la forme courte, les Contes à Ninon. Mais on oublie que Zola a aussi été l’auteur d’un certain nombre de nouvelles, parfois fantastiques, dont cette Maison hantée, curiosité que j’ai débusqué au fond de ma bibliothèque pour ce rendez-vous Maisons hantées du challenge Halloween. Au centre du récit, une maison, La Sauvagière, dont le narrateur fait la découverte au hasard d’une promenade en bicyclette. Une maison abandonnée, décrite dans des termes qui donnent le frisson. L’art de la description conduit ici par l’un des maîtres du genre a cet étrange pouvoir de suggestion que donne aux meilleurs récits fantastiques – en tout cas ceux qui retiennent mon attention – une langue précise, détaillée, réaliste. Le meilleur fantastique se nourrit du goût du détail vrai. Et en l’occurrence, avec Zola, ici on est servi.

L’histoire elle-même est assez simple. Il est question d’une petite fille, morte peut-être de mauvais traitements, mais plusieurs versions de sa mort coexistent – autre dispositif narratif pertinent. De ces versions concurrentes d’une disparition qu’on devine douloureuse, peut-être criminelle naît cette part d’inconnu nécessaire à faire prospérer le sentiment diffus d’angoisse nécessaire au récit. La chute décevra peut-être. Mais le retour à la normalité, trop brutal (je ne vous révèle pas tout), n’est pas inintéressant non plus. Il interroge en tout cas le statut des fantômes: cessent-on de les entendre quand ils ont cessé d’hanter un lieu ou bien leur présence n’est-elle que la manifestation de notre capacité à ressentir leur présence?

Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

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Alexandre Dumas: Le Château d’Eppstein

Dumas, Château d'EppsteinC’était en Allemagne, dans les dernières années de 1830. Invité à participer à une journée de chasse, dans les forêts du Taunus, non loin de Francfort, le comte Elim s’égare. A la nuit tombée, il parvient jusqu’à une forteresse médiévale, où un couple de vieux serviteurs accepte avec inquiétude de lui donner l’hospitalité. Installé dans le seule chambre vraiment habitable du château, le voilà qui doit faire à minuit avec la présence du fantôme d’une femme, sorti d’un passage secret dans le mur. Revenu le lendemain à Francfort, le comte Elim se presse de raconter l’étrange aventure qu’il vient de vivre. Mais ses connaissances ne semblent pas vraiment étonnées. Ne sait-il pas qu’au château d’Eppstein, une légende sortie des ans raconte que les femmes de la famille décédées le jour de Noël ne meurent qu’à moitié?

Derrière toute apparition il y a une histoire mouvementée. Les fantômes naissent des violences des hommes, des plaies morales mal refermées. Un château hanté est toujours le lieu d’un crime oublié. Fort de ce qu’on pourrait considérer comme le b.a.ba de l’histoire de fantômes, Alexandre Dumas a écrit ce court roman gothique, qui doit cependant plus à d’autres sources qu’à celle du fantastique. Une fois entendue en effet la prémisse de ce genre d’histoires – les fantômes existent – Dumas conduit un récit qui puise tout autant dans la description réaliste des goûts et des moeurs de la vie rurale ou dans le roman pastoral que dans la veine fantastique.

Bien sûr, les ingrédients sont là d’une histoire de ce type: un château en partie en ruine, entouré d’une grande forêt, dans une région reculée de moyenne montagne; un châtelain ambitieux (Maximilien), qui se comporte chez lui en maître absolu, en tyran, un jaloux, capable de donner une forme criminelle à ses passions; une épouse vertueuse (Albine), injustement accusée d’adultère et assassinée; un frère parti au loin, pour devenir l’un des bras de Napoléon, et qui réapparaît au moment opportun (Conrad); un jeune ingénu (Everard), une sorte d’innocent vertueux et fort, qui s’entretient avec les fantômes et trouve la force de s’opposer aux vices de son père et maître.

Je ne crois pas cependant que, dans cette histoire, Dumas prenne ces ingrédients pour autre chose que pour des passages obligés pour qui veut rendre la couleur propre au genre. Moins inspiré par exemple que Mrs Radclife, dans ses superbes évocations des paysages qui entrent en contrepoint avec les sombres noirceurs des âmes et de leurs demeures crénelées, Dumas travaille un peu ici comme s’il n’avait plus lui-même à inventer de tels lieux, à les faire surgir d’une imagination en désordre, mais comme s’il lui suffisait de les nommer pour satisfaire l’esprit du lecteur déjà habitué à ce type de récits: le vieux château en partie ruiné avec sa tour médiévale, le bois « vaste, sombre, noir, profond, solitaire, sublime et comme sacré, cette sorte de lupus antique dont le vent semblait l’âme attristée » sont bien là. Mais ils ne marquent pas vraiment d’abord le récit de leur présence. Bref, il ne m’ont pas vraiment convaincu. Et j’ai trouvé Dumas lui-même beaucoup plus inspiré dans un autre de ses romans gothiques, Pauline, qui selon moi est une totale réussite.

Le Château d’Eppstein n’est pas une oeuvre inintéressante cependant, et devient même complètement passionnante, à mesure que le récit se concentre sur les relations d’Everard, le fils désavoué du comte d’Eppstein, abandonné pour ainsi dire à lui-même, à un mode de vie naturel, et de Rosamonde, la fille du garde forestier, élevée dans un couvent prestigieux à Vienne. Le génie de Dumas tient en effet à ce que pour lui le roman tire sa force des personnages et de leur rencontre. Brillant dialoguiste, il fait surgir la vie des échanges de paroles. Dans ses moments les plus inspirées, tout devient personnage sous sa plume. C’est le cas de la forêt d’Eppstein qui vers le milieu du livre devient brusquement autre chose que le lieu convenu de l’atmosphère nécessaire à un roman gothique. Lieu des grandes chasses où s’exprime le goût tyrannique pour la domination brutale du comte, elle se révèle ermitage (Everard s’y réfugie et s’y élève pour ainsi dire tout seul), monument funéraire (elle abrite la grotte où il retrouve le fantôme de sa mère), avant de devenir le lieu de partage délicieux et innocent des amours impossibles d’Everard et de Rosamonde. Ici, les radins, les sources, les pans de murailles écroulées recouverts de végétation dessinent comme les traits d’un visage. Paysage fantastique s’il en est. Avec ses tours écroulées, le bois signe une sorte de retour à la nature des débris de l’histoire.

L’autre grand moment du roman réside dans la confrontation titanesque, sublime, d’Everard et de Maximilien, le fils et le père, étrangers l’un à l’autre: « C’était un singulier spectacle que l’entrevue, après trois ans d’absence, de ce père et de ce fils, se soupçonnant l’un l’autre en s’embrassant, jouant l’un vis-à-vis de l’autre au plus fin avec mille protestations, et comme si, joueurs ou duellistes, ils avaient à la main des cartes ou des épées, scrutant leurs regards et leurs mouvements au milieu de leurs paroles paternelles et filiales. » Un grand, un pur moment dumasien, qui finit de faire de la lecture ce livre, malgré mes quelques réserves, une belle expérience.

Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

 

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Jean-Jacques ROUSSEAU: Narcisse, ou l’Amant de lui-même

Rousseau, Pléiade 2Pour jouer un tour à Valère, jeune fat imbu de lui-même, Lucinde, sa sœur, et Angélique, sa fiancée, griment un de ses portraits en fille. Au lieu de se reconnaître et de rire du tour qu’on lui joue, le jeune coquet tombe aussitôt sous le charme de sa propre image, et décide de se mettre en chasse de la nouvelle élue de son cœur, au risque de mettre en péril son mariage avec Angélique, annoncé pour le jour même…

 

Un jeune homme – Valère – amoureux de son portrait, parce qu’il ne sait pas se reconnaître sous l’image de la jeune fille qu’on lui présente ; une jeune fille – Lucinde – amoureuse d’un jeune homme – Cléonte – qu’elle prend pour un autre que Léandre, avec qui on songe à la marier. Autour de cette double intrigue, Rousseau brosse une comédie enlevée, qui est plus qu’une curiosité dans l’œuvre du philosophe, si j’en crois en tout cas la belle réussite de l’interprétation donnée ce mois-ci au off d’Avignon, dans la mise en scène de Jean-Luc Revol. Que l’auteur du discours sur les sciences et les arts, que le pourfendeur du théâtre ait pu écrire une pièce dans le goût des comédies de Marivaux ne manque pas en effet de surprendre. Mais, dans la bibliographie de Rousseau, cette œuvre éclaire aussi d’un jour nouveau sa critique virulente de la comédie. Rousseau connaissait suffisamment le théâtre (il est l’auteur, en plus de cette pièce, d’un opéra, Le Devin de village, qui connut un petit succès à la Cour) pour que ne soit pas prise à la légère sa réflexion sur la représentation – y compris de soi même, qui fait l’objet de cette pièce

 

On en veut souvent à Rousseau en effet d’avoir dit, sans rire, que le progrès des sciences et des arts ne contribuait en rien au progrès de la moralité. Ses contemporains éclairés y virent un jeu d’esprit et se trouvèrent donc fort surpris en découvrant que Rousseau ne plaisantait pas. J’ai pour ma part toujours trouvé plus subtile qu’il ne paraît sa lecture du Misanthrope (comme celle d’ailleurs des Fables de La Fontaine). Molière – Rousseau a raison – ne manque pas de cruauté. Le problème du rire, c’est qu’il semble valoir comme une approbation : on est toujours du côté de celui qui fait rire. Le comique ne saurait donc servir à perfectionner les hommes. Quelle leçon morale dispense-t-il, sinon de faire rire des ridicules des hommes ? Mais celui qui est ridicule agit-il toujours faussement ? Et comment garantir que le rire est bien orienté ?

 

Le comique justement naît dans Narcisse d’un rire qui a mal tourné : pour se moquer de Valère, un peu trop amoureux de son image, sa sœur et sa fiancé lui soumettent un portrait de lui en fille. Mais le procédé est trop subtil pour Valère, incapable d’humour, en particulier à propos de lui-même, qui prend le portrait pour ce qu’il n’est pas. Sa sœur Lucinde, habile à lui jouer des tours, ne voit pas qu’elle est jouée elle-même, pour son bien, par son amie Angélique et par Léandre, le frère d’Angélique, qui cherche à se faire aimer d’elle sous le nom d’un autre, avant de révéler devant elle sa véritable identité.

 

Les connaisseurs de Rousseau ne manqueront pas bien sûr de reconnaître dans ces motifs entrelacés d’une pièce écrite à l’âge de vingt ans à peine l’une des questions fondamentales de l’anthropologie rousseauiste. Les pages célèbres du Second Discours (sur la différence de l’amour-propre et de l’amour de soi), de La Nouvelle Héloïse (sur l’homme du monde, tout entier dans son masque), ou du Contrat social (sur la critique de toute forme de représentation), étonnamment, naissent de cette pièce composée par un tout jeune homme, dans l’admiration des modèles de Molière et de Marivaux.

 

A Avignon, cette année, cette pièce est l’occasion d’une belle démonstration de théâtre : un Valère imbu de lui-même ; une Lucinde, trop vite montée en graine, et un peu sèche, même dans la confession de son droit à aimer ; un Lisimon, père de Valère et de Lucinde, transformé ici en une mère autoritaire, qui semble sortie des Fausses Confidences ; une Angélique jouée dans son désir de jouer un tour à son amoureux ; un Léandre discret, mais efficace ; une Marton espiègle ; enfin et surtout un magnifique Frontin, qui joue avec brio des registres de la grimace et de la pantomime pour faire se remplir la salle d’éclats de rire, suffisent à convaincre du potentiel comique de cette pièce.

 

Festival OFF d’Avignon

Théâtre du Balcon du 6 au 28 juillet 2013 à 15h40

 

Centre de Création et de Production MCNN  
Théâtre Comédie de Ferney-Voltaire
Avec : Richard Bartolini, Olivier Broda, Marie-Julie De Coligny, Louise Jolly, Cédric Joulie, Anne-Laure Pons, Valérie Thoumire

Metteur en scène : Jean-Luc Revol
Assistante : Valérie Thoumire
Scénographe : Sophie Jacob
Costumes : Eymeric François
Chorégraphie : Armelle Ferron
Création Lumière : Bertrand Couderc
Technique : Célio Ménard

Alexandre DUMAS: Les Trois Mousquetaires

Dumas (Alexandre), Les Trois MousquetairesEn avril 1625, montant tout droit de sa province, le jeune et fougueux d’Artagnan arrive à Paris, avec l’espoir de servir dans la compagnie des Mousquetaires du roi de Monsieur de Tréville. Trois duels au cours d’une même journée, plus une rixe commune contre les gardes du cardinal vont faire de d’Artagnan, Porthos, Athos et Aramis des inséparables. L’amour de la belle Mme Bonacieux, la logeuse de d’Artagnan, et l’affaire des ferrets de la reine décidera de la suite de leurs aventures…

 

J’ai profité de l’adaptation des Trois Mousquetaires à Avignon – un spectacle de cape et d’épée virevoltant et désopilant – pour relire le roman enlevé d’Alexandre Dumas. J’ai depuis longtemps le désir d’arriver à bout de la célèbre trilogie des Mousquetaires : Les Trois Mousquetaires – Vingt ans après – Le Vicomte de Bragelonne. Mais, à chaque fois, j’ai calé sur le troisième volume. J’espère, en reprenant la trilogie au départ, que celle-ci sera la bonne. Car j’ai retrouvé avec un vrai plaisir les aventures des quatre compères, en ce moment précieux, mythique de leur jeunesse, avant que l’âge et les évolutions historiques n’accusent leurs différences en rivalités. Il y a, en effet, dans Les Trois Mousquetaires, une vivacité, une fraîcheur de ton qui font de ce roman de Dumas, qui n’est pourtant pas le plus profond, un des sommets de l’œuvre. On trouve bien sûr dans Joseph Balsamo, dans La Reine Margot, dans Le Comte de Monte Cristo (je trouverai sans doute aussi dans Le Vicomte) une compréhension plus exacte du mouvement épique de l’Histoire, qui au plan individuel conduit souvent à la tragédie personnelle. Dans Les Trois Mousquetaires, malgré les moments de gravité ou de tristesse (l’aventure des mousquetaires se clôt sur la mort d’un amour de jeunesse et la révélation des malheurs d’Athos), la comédie l’emporte. Les Trois Mousquetaires, c’est la comédie triomphante de la jeunesse et de ses valeurs.

 

Un récit d’une belle linéarité, des duels, des cavalcades. Si je ne partageais pas en ce moment mon temps entre la lecture et les spectacles, je crois que j’aurais trouvé la force de relire le roman en une seule journée. Quatre soirées bien remplies ont suffi (il fait très chaud à Avignon, et on profite mieux des soirées, après le spectacle). C’est qu’il suffit d’ouvrir la première page : le premier jour du mois d’avril, à Meung, une foule se précipite du côté de l’hôtellerie du Franc Meunier où un jeune homme à l’allure de Don Quichotte menace de faire tâter de son épée à un homme qui a eu l’insolence de son moquer de son cheval qui méritait bien, la pauvre bête, le quolibet. Et déjà le charme opère. Ici commence le royaume des gasconnades, des coups d’épée, de l’amitié sans partage et de l’amour…

 

 

D’artagnan, hors la loi

(Grégory Bron)

Festival OFF d’Avignon

Espace Alya du 9 au 31 juillet 2013 à 17h15 les jours impairs

Afag Théâtre

Avec: Serge BALU, Grégory BRON, Benjamin DUBAYLE, Vincent DUBOS, Jean-Baptiste GUINTRAND, Philippe IVANCIC, Virginie RODRIGUEZ
Lumières : Marie-Jeanne ASSAYAG
Administration : Clémentine JULLE-DANIERE
Combats : Julien HANNEBIQUE, AFAG THEATRE
Costumes : Julia BOURLIER


Jules VERNE: Vingt mille lieues sous les mers

Verne (Jules), 20000 Lieues sous les mersA la poursuite du narval géant qui depuis quelques temps hante, dit-on, les mers du globe, le professeur Aronnax, du Museum d’Histoire naturelle, échoue, avec ses deux compagnons, dans un bien étrange navire : le Nautilus, un submersible, commandé par un mystérieux capitaine, qui se donne le nom de Nemo – c’est-à-dire Personne. Mais qui est le capitaine Némo ? Un fou ? Un savant excentrique ? Un misanthrope génial ? Pour les trois hommes prisonniers du géant métallique, c’est un voyage de plusieurs dizaines de milliers de lieues sous les mers qui commence.

 

Les fonds marins, le capitaine Némo, le Nautilus – Vingt mille lieues sous les mers est un de ces récits inspirés qui, alors que la lecture en est parfois un peu laborieuse, continuent à hanter l’imagination de ceux qui l’ont lu comme de ceux qui ne l’ont pas lu. C’est qu’il y a quelque chose de fascinant dans ce récit. Si l’idée d’une plongée dans les eaux, d’un voyage sous-marin de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, d’une découverte du monde par l’exploration aquatique n’a plus pour le lecteur d’aujourd’hui l’attrait d’une nouveauté à peine imaginable, il subsiste toujours quelque chose de fascinant dans cette représentation d’un autre monde de sous la surface, une sorte de réalité alternative à la nôtre, mais qui la côtoie, sous le miroir des eaux que nous observons depuis le monde des hommes : un autre monde synonyme de grandes profondeurs, de gouffres peuplés de créatures inimaginables. C’est là que l’obscur capitaine Némo a trouvé une retraite pour héberger ses blessures et sa haine de l’homme occidental.

 

Le monde du capitaine Nemo, désormais, c’est son navire. L’autre création fascinante de Jules Verne dans le roman – après Némo – tient sans doute justement dans l’invention du Nautilus : un véritable palais sous-marin, un trésor de technologie, avec son orgue et sa bibliothèque de plusieurs milliers de volumes, qui permet d’observer, comme par la fenêtre, les splendeurs du monde sous-marin. Dans le livre de Jules Verne, ce monde est bien entendu un monde de mots. L’aventure du professeur Aronnax est le prétexte à une formidable encyclopédie. Vingt mille lieues sous les mers est une plongée extraordinaire dans les mots. Plus que jamais Jules Verne s’y adonne à son goût pour les nomenclatures : listes de noms de poissons, de crustacés, de coraux, d’algues, etc. Le voyage du professeur Aronnax et de ses compagnons est l’exploration d’une encyclopédie maritime.

 

 

Une adaptation de ce roman est visible au Festival OFF d’Avignon

au Théâtre du Chien qui fumedu 6 au 28 juillet 2013 à 11h

Compagnie Imaginaire Théâtre

Avec : SYDNEY BERNARD, THIERRY LE GAD
Assistante : Véronique Durand
Décorateur : Patrick Chemin
Effets spéciaux : Vannes ATC
Dir. Acteur : P.Pezin J.P. Gaillard
Musiques : John Scott
Régisseur : Thomas Cossia

 

Les comédiens de la Compagnie Imaginaire Théâtre imaginent une conférence donnée par le professeur Aronnax, de retour de l’expédition qui l’a vu prisonnier du Nautilus avec ses compagnons Le public se trouve convié à cette conférence. A grand renfort d’effets et de machines, ils restituent avec malice l’univers du roman de Jules Verne – et donnent quelques moments de délice participatif aux spectateurs, notamment l’invasion de la salle par une pieuvre géante, dont les tentacules gonflables flottent au-dessus des têtes. Un régal pour les petits (et pour les grands qui les accompagnent).