Étiquette : Wilkie Collins

William Wilkie COLLINS: Basil

Une jeune personne rencontrée dans l’omnibus et c’est le coup de foudre. Sur un coup de tête, Basil, le fils d’un gentleman anglais, épouse la séduisante fille d’un marchand, Margaret Sherwin. Basil, qui redoute le jugement de son père devant ce que celui-ci ne manquera pas de percevoir comme une union déshonorante, s’enfonce encore plus dans le déshonneur en acceptant toutes les conditions du très intéressé Mr. Sherwin. A charge pour lui d’épouser sur le champ Margaret et de se livrer auprès d’elle à une cour chaste d’un an. Le retour de Mr Mannion, rentré récemment de France, ne va-t-il pas changer brutalement les choses ? Que penser des manières du secrétaire de Mr Sherwin ? Dans l’obscurité tourmentée d’une nuit de tempête, un pacte semble se contracter entre Mannion et Basil…

Un jeune homme (Basil) un peu trop romanesque rêvant de jeunes filles pures et d’amours désintéressées, un père grand propriétaire terrien jaloux de ses privilèges, une sœur (Clara) entièrement dévouée aux ambitions de son frère, un frère aîné viveur et débrouillard (Ralph), une jeune femme (Margaret) pas si désintéressée et plus portée à la sensualité que ne le croirait son amoureux transi, un père commerçant (Sherwin) négligeant sa femme (Mrs Sherwin) et traitant de ses affaires privées comme il mène son commerce, sous la coupe d’un secrétaire mystérieux (Mannion) qu’anime un sombre désir de revanche. Plus toute une série de convenances, de barrières psychologiques ou sociales, de désirs qu’on ne dit pas. Tels sont les ingrédients de ce (très bon) Wilkie Collins, qui a fini par me réconcilier avec cet auteur, dont je peinais jusqu’à présent à rencontrer l’oeuvre, alors que beaucoup pourtant en disent tant de bien. Mais je m’étais ennuyé à la lecture de L’Hôtel hanté, mon avis sur La Dame en blanc restait très mitigé. Basil me réconcilie avec Wilkie Collins. Je peine à expliquer davantage le plaisir que j’y ai pris, car j’aurais peur d’en éventer l’intrigue. Mais je vais finalement essayer d’autres romans de cet auteur. J’espère que le plaisir sera à la hauteur de celui-ci.

William Wilkie COLLINS: L’Hôtel hanté

Collins--L-hotel-hante.gifDans l’opulence d’un vieux palais vénitien clos sur lui-même, Lord Montbarry expire, à cause d’une bronchite qui a mal tourné. Personne pourtant ne lui connaissait de faiblesses. Et pourquoi ce départ soudain des domestiques : une servante rigoriste qui donne son congé et regagne Londres au plus tôt, un guide italien qui inexplicablement disparaît ? La maladie du lord a-t-elle un lien avec son mariage récent avec la Comtesse Narona, une aventurière ? A quoi le baron Rivar, frère présumé de la Comtesse, occupe-t-il son temps ? Quelles obscures expériences développe-t-il dans l’obscurité des souterrains du palais ?

Parmi les gloires littéraires de la bogosphère, Wilkie Collins occupe l’une des toutes premières places. La promesse d’histoires mystérieuses, aidée par les jolies couvertures que la collection Libretto donna un temps à la réédition de ses romans m’a longtemps donné envie de m’y plonger. Hélas, après La Dame en blanc dont j’ai gardé un souvenir mitigé, L’Hôtel hanté ne m’a guère convaincu non plus. J’essaierai encore Pierre de lune. Mais j’ai peur de ne pas accrocher complètement encore. Pourtant, le propos avait tout pour me plaire : une sombre machination fomentée dans l’obscurité d’un palais vénitien bientôt transformé en Hôtel de luxe où, sous la pression des forces de l’au-delà, la clé du mystère vient à être révélée. Il y a dans cette proximité des abîmes du dérèglement mental et des gouffres du surnaturel que met en scène de roman le motif des meilleures histoires de fantôme. D’autant que la forme relève d’une recherche qui place ce récit au niveau des plus ambitieux romans fantastiques. Mais qu’on est loin du Tour d’écrou d’Henry James, ou même des histoires de fantômes d’Edith Wharton !

Il y a en effet dans le roman de Wilkie Collins une recherche d’effets systématiques, toute une pacotille de terreur facile, faite pour effrayer à bon compte, une sorte d’intensification des procédés du roman gothique (que j’aime beaucoup en revanche) qui rend le récit – et surtout ses terreurs – peu crédibles : des apparitions, un corps dissous dans l’acide, une tête coupée conservée dans une cachette sous le plancher, à laquelle on accède au moyen d’un mécanisme caché dans la cheminée, des remords qui peuvent conduire une épouvantable créature jusqu’à la folie, à moins que ce ne soit la terreur qui frappe cet être diabolique lorsqu’elle devient sûre d’être vaincue par la jeune femme douce et angélique à qui elle vient d’arracher son futur époux, des coïncidences, des prémonitions – tout cela sur près de 300 pages : franchement, j’ai eu du mal à supporter cette recherche systématique des effets, qui fut la cause sans doute en son temps du succès de Wilkie Collins – la bonne société victorienne avait besoin peut-être d’être remuée par principe, faute d’être capable de s’émouvoir de la misère fomentée en Angleterre et des conséquences de la domination impériale britannique qui assuraient sa prospérité !

Il est vrai, mes faveurs littéraires victoriennes portent plutôt du côté d’Henry James, un Américain installé à Londres, qui refusa de jouer le jeu de cette littérature facile et préféra trouver ses modèles chez Jane Austen et chez Balzac, Stevenson qui s’éloigna à Samoa pour écrire de magnifiques romans écossais, et surtout George Eliot qui nous montre qu’on peut écrire des romans, même à l’époque victorienne, qui mettent en scène de véritables femmes – et non ces oies blanches ou ces créatures diaboliques du « roman à effets » – et développer un regard critique sur la société. Encore une déception donc, mais je m’accroche, je finirai par lire – c’est promis – Pierre de lune dont tant de lecteurs disent du bien (parmi lesquels Stevenson et Henry James eux-mêmes), avant de condamner définitivement Wilkie Collins aux oubliettes de ma bibliothèque ! (à vous donc, j’attends vos arguments, car je ne demande vous l’aurez compris qu’à être convaincu par cet auteur qui ne parvient pas à me conquérir…)

Lu dans le cadre du Challenge british mysteries de Lou et Hilde. 

British mysteries

Wilkie COLLINS: La Dame en blanc

 

Jeune professeur de dessin, Walter Hartwright est engagé à Limmeridge House, pour donner des cours à deux jeunes filles, Laura Fairlie et Marian Halcombe. Ce sont deux demi-soeurs, très dissemblables, mais que lie une très grande amitié. Walter ne tarde pas à tomber amoureux de Laura qui, héritière d’une grande fortune et promise à un autre, se détourne à contre-coeur du professeur. Il faudra toute la perspicacité de Marian et le courage de Walter pour parvenir à bout de l’inquiétante machination dont la jeune fille est l’objet et déjouer les plans de sir Percival Glyde, l’époux de Laura et de son complice, le comte Fosco.

 

On voit couramment dans La Dame en blanc l’un des précurseurs du roman policier. Je ne suis pas sûr de ce que vaut cette étiquette étant donné qu’au XIXème siècle les les noms d’auteur de romans à énigmes ou à mystères sont si nombreux que cela finit par constituer un genre à part entière, auquel il serait intéressant un jour que quelqu’un finisse par consacrer un étude, indépendamment de cette notion de précurseur, par laquelle on vide le roman d’une époque de ce qu’il a de propre, au profit des formes contemporaines dont il serait l’anticipation;. Je dirai plutôt que La Dame en blanc est un prolongement victorien du roman gothique, dont il combine quelques uns des lieux communs: une figure de méchant, à la fois sans scrupule et tyrannique, à contre-courant des vertus du véritable gentleman, mais qui se dissimule d’abord sous les dehors de manières courtoises; un autre méchant, cynique, venu d’Italie, pays, je ne sais pourquoi, qui depuis Les Mystères d’Udolphe fait frémir l’Angleterre; une demeure, qui n’est plus ici le lieu d’apparitions, sinon celles de la dame en blanc, dans son habit de fantôme, mais le lieu où se trament d’inquiétantes manoeuvres et laisse l’héroïne (les héroïnes) sans protection à la merci du maître du château; un amant protecteur, qu’un long voyage éloigne; etc. Tous les éléments sont là d’un récit fabriqué à partir du matériau des romans terrifiants de la période précédente. C’est d’ailleurs cette impression de combinaison qui domine, de quelque chose d’entièrement construit, d’artificiel. C’est, me semble-t-il, à la fois la force et la faiblesse de Wilkie Collins, si je peux en tout cas juger de toute une œuvre à partir de ce seul roman, qui est le premier que je lis de lui.

 

L’énigme, l’impression de mystère, naît de l’artifice et du rappel incessant de motifs venus du roman gothique, qui est la forme la plus terrifiante du roman à l’époque: nous voilà, lecteur, pris dans le récit d’une machination, en forme lui même de récit fabriqué. Où qu’on regarde: la conspiration est partout. D’autre part, l’idée de multiplier les narrateurs, si elle n’est pas encore moderne, dans la mesure où Wilkie Collins ne sait pas exploiter chacune de ces voix comme un « point de vue », c’est-à-dire une aperception individuelle, inconciliable avec les autres, d’une réalité qui donc échappe, donne un ton astucieux au roman – et garantit surtout les apparences! Ainsi il est permis librement au lecteur de ce vautrer en quelque sorte dans l’évocation du crime, de la folie, de l’adultère, des manipulations, bref de tout ce que la morale réprouve, puisque le récit en est donné sous la forme d’un procès où chacun, à tour de rôle, est convié à présenter son témoignage, à charge contre le crime. On ne fait pas plus victorien!

 

Pourtant, même si j’ai passé un très bon moment, je n’ai pas trouvé dans ce roman tout le plaisir que j’en attendais. Depuis un moment, j’entendais parler de Wilkie Collins comme d’un auteur à lire absolument. Franchement, je préfère Mrs Radcliffe, parce que ses héroïnes sont moins sottes que celles de Wilkie Collins: c’est quand même curieux que dans La Dame en blanc il faille être quelque peu oie blanche pour être femme selon les canons de l’époque, c’est-à-dire digne d’être mariée; l’autre héroïne de l’histoire, j’aimerais dire la vraie femme, celle qui sait penser et agir et qui pour cette raison, entre nous, est la seule véritablement désirable, est d’une laideur repoussante; comme elle est pauvre en plus, elle demeurera célibataire! Et même dans le jeu qu’il fait avec les références gothiques, Wilkie Collins qu’on tend à reprocher parfois des meilleures plumes de l’époque victorienne, reste bien éloigné du coup de génie en la matière: Jane Eyre, où les figures de la terreur sont convoquées elles aussi, mais retournées contre les attentes premières du lecteur formé aux stéréotypes du roman gothique, le méchant, taciturne et tyrannique, se révélant un homme brisé, seul digne finalement d’être aimé.