Marathon de lecture: 5 x Noël

Pour entrer dans le temps de Noël, Samarian et Chiky Poo , spécialistes en festivités livresques et autres pour ce mois de décembre, proposent ce week-end un marathon de lecture qui durera jusqu’à dimanche minuit. Vu le froid qui règne ces temps-ci et la météo qu’on nous prévoit pour ces prochains jours, je me suis inscrit avec plaisir à ce marathon. Les choses ont vraiment commencé pour moi à 22h.  Je tiendrai à jour ce billet au fur et à mesure de mes lectures.

Vendredi 1er

22h je tourne la première page de Je voyage seule un thriller du norvégien Samuel Bjørk.

22h15 je suis déjà bien accroché à ma lecture. Rendez- vous dans une heure ou deux. Je pense que ce livre va me plaire…

23h45 bien malgré moi, mes yeux se ferment pendant que j’essaie d’avancer encore un peu dans ma lecture. Je crois qu’il est plus raisonnable de continuer demain.

Samedi 2

7h30 C’est reparti! Après une petit tournée des blogs, je replonge dans ma lecture.

9h30 l’ambiance norvégienne de ce thriller est passionnante, mais je dois mettre ma lecture en pause. J’ai pas mal de travail aujourd’hui. J’essaierai d’y revenir plus tard dans la journée.

18H30 de retour au chaud dans mon canapé. Je m’offre une heure de lecture.

23H Je me suis remis à ma lecture vers 21H après avoir repris des forces grâce à un bon plat de gnocchi saupoudrés de noisettes, noix muscade et pecorino; une bonne petite salade aux cranberries; mais pas de vin! Je dois garder les idées claires 🙂 Je compte bien lire jusqu’à minuit au moins! Je prends le temps de répondre aux commentaires, mais je ne pense pas pouvoir faire le tour des blogs ce soir. J’y passerai demain matin après une bonne (courte?) nuit de sommeil.

Dimanche 3

10H J’ai finalement fini hier soir vers minuit et demi. Après un petit tour des blogs pendant le petit dej’, je file de nouveau travailler. Retour à la lecture cet après-midi avec, je pense, un petit Anne Perry, histoire de me remettre du rythme trépidant du thriller de Bjørk.

14H20 après un bon petit resto  (poulet au morilles, miam!),  je me pose dans un salon de thé et commence à entrer dans l’ambiance de Noël.

16H45 retour à la maison. Je poursuis  ma lecture de Anne Perry: dans un manoir du Yorkshire coincé par la neige à Noël, des comédiens se sont réunis pour jouer une adaptation de Dracula de Bram Stocker… L’Oratorio de Noël de J.S. Bach m’accompagne dans ma lecture. A la baguette, René Jacobs.

21H30 J’ai fini le Anne Perry dans l’après-midi. Un bon cru, je trouve, avec bien sûr les limites du genre. Mais on passe un bon moment, ce qui est le but de ce type de récit. Après un tour des blogs, je replonge dans Je voyage seule que j’ai dû abandonner hier soir (parce qu’il faut bien se coucher parfois! même si je continue de rêver, comme je le faisais parfois adolescent de ces livres dévorés tout au long de la nuit et achevés au petit matin. Il faudra que j’essaye pour un prochain marathon peut-être, mais ce sera un week-end sans travail!)

Lundi 4 – bilan

Le marathon s’est achevé pour moi hier soir, un peu après minuit et demi. J’ai poussé un peu plus tard que je ne l’avais prévu, mais j’ai fini mon thriller norvégien – non, on n’abandonne pas un thriller dans les 50 dernières pages!

Au bilan de ce week-end, donc, deux livres:

Je voyage seule de Samuel BJØRK. Un thriller très efficace, que j’avais mis au programme des lectures de ce mois de Décembre Nordique. Pour mon billet, rendez-vous le 22/12, jour de la LC Norvège.

Le spectacle de Noël d’Anne PERRY. Qu’en dire, sinon que c’est un Anne Perry? Un de ces « petits crimes de Noël  » auxquels je reviens chaque année, non parce que ce seraient les meilleurs polars du monde, mais comme on revient à la dinde ou aux papillotes. Ça fait partie du moment et on y passe agréablement quelques bonnes heures de lecture.

Je ne pensais pas avoir le temps de lire beaucoup ce week-end, mais en raccourcissant un peu les nuits, je suis quand même arrivé à tourner près de 800 pages. Un bon bilan finalement!

 

 

En route vers Noël

Comme chaque année, mon blog en ce début décembre a pris son costume de fêtes.  Bougies allumées sur la table, ambiance feutrée, j’entre tranquillement dans ce temps où les sollicitations de lecture se font toujours plus nombreuses. L’année dernière, j’avais placé décembre sous le thème du blanc et de la neige. Je me suis inscrit cette année au décembre nordique de Cryssilda. Au programme, lectures scandinaves, finlandaises, islandaises. J’irai sans doute faire aussi un petit tour du côté du Grand Nord canadien ou de l’Alaska en compagnie de James Oliver Curwood et de Jack London. Et puis quelques lectures de Noël, un petit Anne Perry de décembre, d’autres livres encore, relancé sans doute par tous les beaux billets que je picorerai ici ou là – décembre est un mois heureux pour le blogueur!

Ci-dessous un aperçu de ma PAL:

James Oliver CURWOOD: Le Grizzly

Jim et Bruce sont deux hommes, qui, depuis plusieurs mois, pistent le gros gibier dans les montagnes Rocheuses canadiennes encore sauvages en ce début de XXème siècle. Leur rencontre avec Thor, un Grizzly, le plus grand qu’ils n’aient jamais vu, va réveiller chez les deux compagnons le plaisir de la chasse et confronter l’ours géant, pour la première fois, à la crainte d’une créature dont il découvre le pouvoir de nuisance. Entre montagne et forêts et jusqu’au fond de la vallée où coule la rivière la traque s’organise. Jusqu’où le grizzly pourra-t-il fuir devant la progression des hommes?

Je retrouve avec ce roman de James Oliver Curwood l’univers du grand nord côtoyé l’an passé avec les romans de Jack London. Si je continue comme cela, je crois que cette fin novembre et ce début de décembre  vont finir par devenir un rendez-vous obligé! J’ai en tout cas bien envie de replonger cette année dans d’autres romans de Curwood, dont je gardais le souvenir, de l’enfance, ou de l’adolescence, de beaux récits animaliers, que j’aimais même plus à l’époque que ceux de London. On compare souvent les deux auteurs, sans doute parce qu’ils ont écrit l’un et l’autre des romans mettant en scène des animaux et se passant au Nord, quoique le rapprochement, me semble-t-il aujourd’hui, ne soit pas si pertinent. A un London réaliste, cru dans sa vision d’une nature qui n’est pas un doux refuge, mais un désert de sauvagerie, révélant aussi celle des hommes, quand ce n’est pas leur bêtise, leur mesquinerie, une nature qui ploie d’abord les corps, gèle les membres, tord les plus endurants des caractères, Curwood oppose la vision poétique, souvent lyrique d’espaces dominés par une vie animale où l’homme doit apprendre à trouver sa place. Pour ce qu’il fait subir au roman d’aventures, pour ce précieux travail de dynamitage des codes et des valeurs charriés par une certaine façon de se représenter l’aventure (celle dont on rêvait sans doute dans les salons de New-York, de Baltimore ou de Boston), je préfère aujourd’hui London. Mais j’ai passé un très agréable moment avec ce roman de Curwood, qui donne en tout cas une furieuse envie de se plonger dans les paysages qui servent de cadre à son histoire.

La narration, elle-même originale, déroule le récit selon un double point de vue, des hommes et des animaux. Jim est un aventurier, qui consacre ses hivers à écrire sur les grandes courses dans la nature qu’il accomplit l’été. Il a beaucoup chassé naguère, même si le goût s’en estompe un peu aujourd’hui. Bruce, son guide et ami, est un chasseur émérite. Secondés par Metoosin, un indien, et un troupe de chiens, ils font la traque à l’ours, qui va se révéler le plus coriace des adversaires. Car Thor, l’ours géant, qui règne sur deux vallées et un domaine de plusieurs dizaines de kilomètres carrés est un seigneur dans son genre. Chasseur redoutable, c’est un animal, à sa manière, paisible et magnanime. Sa rencontre avec Muskwa, un ourson orphelin de quelques mois, en contrepoint du récit principal, donne à l’histoire ce ton de camaraderie animale qui explique que Curwood soit un de ces auteurs qu’on aime lire dans l’enfance. Édifiant à sa manière, le roman est aussi le récit d’une conversion, mieux: d’une double conversion. Celle de Jim qui, après sa rencontre avec l’ours, qui se détourne de lui plutôt que de l’attaquer, apprend à sublimer ses pulsions de chasseurs, découvre un autre rapport possible avec la nature; celle de Thor à l’amitié naissante avec Muskwa, l’ourson orphelin qu’il recueille.

Décembre nordique

Envie d’horizons baltiques? De rennes et de traîneaux? D’arbres s’élevant comme des traits de plume au dessus des lacs glacés? De vitrines givrées ouvrant sur toute une féerie de pâtisseries délicieuses? De silences qui sont des discours éloquents? Ou bien encore de petits crimes particuliers que des écrivains venus du Nord nous préparent depuis des années dans des récits policiers d’un style inimitable? Grâce à Cryssilda, décembre sera nordique de nouveau cette année. Le groupe Facebook a  été créé et de nombreuses lectures communes sont déjà  proposées.

Le 03/12 : JOURNEE de la FINLANDE: LC Polar finlandais ou tout autre sujet !

Le 05/12 : LC Ragnar Jonasson

Le 07/12 : LC Arto Paasilinna

Le 09/12 : JOURNEE du DANEMARK : LC Polar danois ou tout autre sujet !

Le 11/12 : LC Pasi Illmari Jääskeläinen

Le 15/12 : JOURNEE de l’ISLANDE : LC Polar islandais ou tout autre sujet !

Le 17/12 : LC Ibsen

Le 19/12 : LC Audur Ava Olafsdottir

Le 22/12 : JOURNEE de la NORVEGE : LC Polar norvégien ou tout autre sujet !

Le 25/12 : Noël nordique (histoire ou conte de Noël)

Le 29/12 : JOURNEE de la SUEDE :  LC Polar suédois ou tout autre sujet !

 

Robert HARRIS: Fatherland

Berlin, 1964. Un vieil homme est retrouvé, gisant, dans l’eau de la Havel, dans un quartier résidentiel qui habituellement n’héberge que les grosses huiles du régime. Appelé sur place au petit matin le Sturmbannführer-SS Xavier March, inspecteur de la Kripo, est dépêché pour enquêter sur ce qui a tout l’air d’une mort suspecte. Une mort qui ne tarde pas à intéresser la Gestapo, qui se saisit de l’affaire et dont les ordres semblent remonter jusqu’à Heydrich lui-même. Pourquoi veut-on empêcher March d’enquêter ? Quels secrets cherchent-on si résolument à protéger ? Il faut dire que dans cette réalité alternative, où l’Allemagne nazie a remporté la guerre en Europe, le souvenir des premiers temps du régime fait l’objet d’un contrôle minutieux, surtout depuis qu’un rapprochement entre les deux ennemis, Allemagne et Etats-Unis, s’annonce. Y aurait-il quelque part des preuves des décisions prises lors d’une certaine conférence tenue à Wannsee, en janvier 1942 ? Pour March, une lutte contre la montre et contre la mort commence…

J’avais envie depuis longtemps de lire le roman de Robert Harris, pour les raisons justement qui font la réussite de ce livre : l’uchronie, genre que l’auteur explore avec un quasi sans faute, et le nazisme vu sous l’angle du roman policier, dont je trouve depuis la Trilogie berlinoise de Philip Kerr que c’est un des meilleurs points de vue romanesque sur la période et le régime. Dans un Berlin de 1964, transformé en partie par les travaux de Speer, le vieux Führer règne sur un immense empire où les choses ne se passent pas exactement comme il l’avait rêvé au début de sa domination, mais où l’ordre de la terreur règne. On songe évidemment au monde soviétique, tel que nous l’avons connu dans notre réalité, à la façon dont les totalitarismes survivent en s’appuyant sur toute une organisation administrative et le contrôle de l’information. Traversé de mouvements de contestation diffus, le grand Reich allemand doit soutenir à l’est une guerre de guérilla contre ce qu’il reste de la Russie d’antan, tandis qu’une véritable guerre froide, à l’ombre de la menace nucléaire, a gelé les forces à l’ouest face aux États-Unis. Administré par l’ordre nazi, l’Europe occidentale, réunie en une union européenne, n’est qu’une organisation d’États vassaux qui a son siège à Berlin, pendant qu’à l’est les terres gagnées en Pologne, en Ukraine, en Russie, peinent à attirer les populations de colons allemands, malgré toute la propagande sur la théorie de l’espace vital.

Tout ce portrait historique est réussi, mais n’est pas l’essentiel de ce roman, dont le propos porte au-delà du simple récit de divertissement qu’on aurait pu attendre d’un roman de science-fiction policier. En réalité, en suivant la forme et le rythme de l’aventure policière, Fatherland pose une question : et que serait-il arrivé de la mémoire de la Shoah, si les nazis avaient réussi leur pari et gagné la guerre ? Dans le cheminement labyrinthique de l’enquête policière, une réalité peu à peu s’impose : celle d’un génocide qui avait été préparé pour rester secret. Une des grandes réussites de ce livre réside dans l’effroi qu’on ne peut manquer d’éprouver au moment où on se rend compte qu’une société ignorante (ou ne se posant pas trop la question) des millions de mort sur laquelle elle s’est bâtie est une chose tout à fait plausible. Du futur imaginaire, uchronique depuis lequel il se tient, c’est notre passé à nous que l’inspecteur SS Xavier March fait peu à peu surgir, et ce qu’il était préparé à devenir : la conférence de Wannsee où furent coordonnées les actions des différents ministères en vue de la Solution finale, l’absence d’ordre écrit de Hitler. Alors, de vrais textes surgissent, des actes juridiques. L’émotion qui gagne le lecteur est à la hauteur de la gravité que mérite la question. Comment Robert Harris arrive-t-il à coordonner tout cela avec un véritable récit romanesque et une galerie de personnages secondaires convaincants (la journaliste américaine Charlie Maguire, l’infâme général SS Globocnik, le chef de la Kripo Arthur Nebe, le partenaire de March Max Jaeger) reste le secret du talent de cet auteur. La relation de March et de son fils, Pili, est aussi une des réussites du roman ; mais comme elle constitue un des moments clés de l’histoire, j’aurais peur d’en dire trop. Pour la même raison je ne commente pas les toutes dernières pages du livre, d’une beauté déchirante, dans lesquelles on trouvera peut-être la véritable leçon de ce livre.

NISHIZAKI Taisei: Charisma (manga – 4 tomes)

Enfant, Okazaki, a plongé brusquement, en une journée, en plein cauchemar. Devant ses yeux, sa mère, récemment encore aimante et attentionnée, s’est transformée en un monstre sanguinaire, par amour pour un gourou qui se faisait passer pour Dieu. Okazaki a vu l’horreur à quoi pouvait conduire la manipulation d’une secte. Et Okazaki s’est juré  que nul dorénavant ne se ferait plus passer pour dieu auprès de lui, des siens. Ce jour-là, Okazaki s’est juré que plus personne ne lui ferait de mal désormais. Il a juré ce jour-là qu’il serait lui-même dieu…

Cet été, pendant le temps d’inactivité de ce blog, j’ai commencé à me passionner pour la bande-dessinée japonaise, que je connaissais bien sûr déjà au travers de quelques séries ou de quelques auteurs emblématiques. Mais j’ai commencé au cours de ces mois d’été à me plonger de façon plus systématique dans l’univers des Manga, comme je l’avais fait il y a déjà un certain temps pour la science-fiction ou le roman policier. Charisma est une des découvertes que j’ai faite au cours de cet été japonais.

C’est une bd assez violente, qui, limite du genre sans doute, n’évite pas une forme de complaisance dans la représentation de la violence. C’est ce qui m’a gêné au début. Une scène de massacre, de viol peut être explicite (on en trouve dans ce récit). Cela peut être parfois nécessaire à l’histoire. Mais que penser de ces vignettes où le dessinateur consacre une minutie évidente à peindre une jeune femmee manipulée et innocente, toute en seins et en courbes assaillie par derrière par un gourou manipulateur qui ne rêve que de se répendre? Où situer la limite entre la juste représentation de la violence nécessaire au fil d’un recit naturaliste en prise avec les horreurs du monde contemporain et une forme de perversité à jouir en passant, ne serait-ce que sous la forme d’une contemplation esthétique, des monstruosités que l’on dénonce? À la fin du premier tome, j’étais prêt à laisser tomber la bd.

Mais il y a la suite: une patiente, minutieuse description du processus de l’enrôlement sectaire, et une histoire qui finit par s’enrichir de ses différents personnages. À part une fin trop artificielle, que je n’ai pas goûté, c’est une série, assez courte (4 volumes en tout), qui mérite absolument qu’on prenne le temps de la découvrir.

Il ressort de cette histoire (c’est ce qui m’a le plus intéressé ) l’image d’un Japon qui va mal, qui ne se porte pas très bien. La réussite des enfants, la culpabilité ressentie face à la maladie d’une proche, habilement exploitées dans le recit par des gourous opportunistes, sont les symptômes d’une société dans laquelle le lien marital, familial, maternel ou paternel subit en permanence les assauts d’une culpabilisation de masse. L’angoisse de la réussite, les contraintes d’une société hiérarchisée produisent à leur tour des violences que Nishizaki Taisei rend d’une plume démonstrative dans  ce manga qui, sous couvert de complaisance (c’est la loi du genre), offre un portait au vitriol de la société japonaise. Un puissant document donc, qui convaincra ceux pour qui la bd japonaise n’est qu’un divertissement pour adolescents attardés, des potentialités corrosives du genre. Une plongée dans la contre-culture japonaise.

Daniel MENDELSOHN: Une Odyssée

Il y a plusieurs façons pour un père et un fils de se retrouver. Mais la moins attachante n’est sans doute pas celle choisie par Jay Mendelsohn. A quatre-vingts ans passés, le vieillard décide d’assister au séminaire sur l’Odyssée que son fils anime à l’Université. Pourtant l’affaire n’est pas gagnée entre ce père et ce fils qui s’estiment et s’ignorent à la fois. Voici les deux hommes embarqués pour une aventure qui va les conduire, au fil d’une année, sur les traces d’Ulysse. Commence un bel exercice de reconnaissance, comme l’Odyssée en présente tant à son tour, dont le texte d’Homère est à la fois l’objet et l’occasion…

Je le dit tout de suite: j’ai aimé, beaucoup aimé ce dernier livre de Daniel Medelsohn, auteur il y a une décennie déjà du remarqué Les Disparus (prix Médicis 2007), que je n’avais pas lu alors; c’est un de mes coups de cœur de la rentrée… et mon premier Mendelsohn.

Cette histoire d’Odyssée pourrait surprendre d’abord. Elle m’aurait moi même un peu surpris si je n’étais pas plongé par ailleurs ces temps-ci dans le texte d’Homère. C’est pour cette raison d’abord que je me suis laissé tenter de le lire. La découverte est allée au-delà de mes attentes -c’est ce qui signe d’après moi les bons livres-, et cela pour diverses raisons, qui sont ses différents sujets. On trouve en effet dans le livre de Mendelsohn, trois histoires, tissées subtilement l’une à l’autre: une belle lecture de l’Odyssée, le portrait d’une relation entre un père et son fils, l’histoire d’un enseignant dans sa classe. Par de subtils jeux de renvois, chacun de ces récits ouvre sur l’autre et explore différents registres: l’essai, la comédie, la confession, etc. Chacun à sa manière est un voyage, explorant la dimension aventureuse de l’existence.

La lecture du texte d’Homère, d’une grande justesse, suffirait à me faire conseiller la lecture du livre. C’est peut-être la meilleure introduction à l’Odyssée. Mendelsohn sait la rendre vivante grâce à l’élément de dramatisation qu’introduisent dans le récit les séances régulières de séminaire. L’auteur en restitue les tâtonnements guidés par la lecture du texte et les soucis de la transmission, les doutes du professeur, les interventions des étudiants. Bref, un vrai périple.

Mais c’est surtout la présence de Jay Mendelsohn, qui venant introduire un élément inattendu, détournant le cours de sa routine, finit de transformer le périple en aventure. Car Jay n’aime pas Ulysse, cette mauviette, ce chef qui ne sait pas tenir ses hommes, ce guerrier pleurnichard, qui n’arriverait à rien sans le coup de pouce d’Athéna! Au-delà du motif de comédie (qui n’a jamais eu parfois, dans certaines situations, un peu honte de son père?), les réflexions de Jay, présentées avec beaucoup d’humour par l’auteur, renouent avec les intentions premières de l’épopée. Car si Jay n’aime pas Ulysse, c’est à cause de sa vie, de sa propre vie: lui qui a su se hisser hors de son milieu à force de détermination, devenir mathématicien, chargé de recherches confidentielles, plus tard professeur d’Université. Entre Jay et Ulysse, c’est pour ainsi dire un bataille d’héroïsme, deux conceptions de la vie héroïque.

Porté à défendre Ulysse, parce qu’il est un professeur reconnu donnant un cours sur l’Odyssée, Daniel Mendelsohn n’aurait-il pas oublié lui-même qu’il est aussi une sorte de Télémaque, enquêtant sur son propre père, dont comme tous les Télémaque il ignore l’essentiel? C’est la partie la plus émouvante du texte. Entre les événements racontés et la rédaction du livre, Jay est mort. Ne reste de lui que les récits que Daniel Mendelsohn en fait, que d’autres lui en font. C’est à saisir cet homme, que s’attache ici l’auteur, cet homme différent, plus complexe sans doute que l’image que le fils a gardée et dont les reconnaissances multiples d’Ulysse continuent d’offrir le modèle, reconnaissances en trompe l’oeil qui à la fois préparent et retardent la reconnaissance finale, du fils par le père. A travers le regard des étudiants, ce que Daniel devine de leurs relations sur un quai de gare, dans une wagon de train, les participants à une croisière en Méditerranée qu’il finit par faire avec son père sur les traces d’Ulysse, les témoignages d’un frère, d’un oncle, d’une mère, c’est une autre figure, kaléidoscopique, qui s’élabore patiemment, enrichissant les souvenirs de l’auteur de nouvelles perspectives, dans ce mélange d’identité et d’ignorance qui est l’un des motifs principaux de l’épopée d’Homère:

quelle est la différence entre ce que nous sommes et ce que les autres savent de nous? Cette tension entre anonymat et identité sera un élément clé de l’intrigue de l’Odyssée.

Livre très touchant d’un fils sur son père, subtil exercice de deuil, Une odyssée est aussi un vibrant hommage à toutes les autres hérédités, celles qu’on s’est choisies: hérédité de professeurs qui ont enrichi votre vision du monde, généalogies universitaires, grands textes littéraires. Elle montre que la lecture assidue, précise de 12000 vers d’Homère n’est pas seulement l’exercice scolaire qu’on pourrait imaginer, ou l’une de ces activités « inutiles » qu’un monde grisé de technique et d’exactitude mathématique imagine, mais la condition d’un travail d’exploration de soi, un véritable miroir ouvert sur la conscience, qui nous parle d’identité, de relation entre les générations, d’amour entre un homme et une femme vieillissants. Un vibrant hommage à ce qu’on appelait encore il y a peu les Humanités!

Juin au jardin – le jeu des charades

Suite de mon mois de juin au jardin. Après Nemesis d’Agatha Christie, place à des bouquets de roses, des parterres colorés, la douce odeur du chèvrefeuille.  J’ai installé des chaises longues. Disposé des rafraîchissements. Et pris le prochain livre au-dessus de la pile. Qui saura découvrir l’auteur, et le titre?

Mon premier est un prénom féminin chanté par Serge Gainsbourg.

Mon deuxième est l’autre nom d’animal

Mon troisième est une forme de de prussien

Mon quatrième est une interjection allemande

Mon cinquième est une ville du sud de la France

Mon tout est le nom d’une écrivain anglaise plusieurs fois accueillie dans ce blog.

Le titre est trop facile… quand vous aurez trouvé l’auteure.

Reponse ce week-end