Catégorie : Voyage au centre de ma PAL

Voyage au centre de ma PAL (7): le mois anglais, saison 4

Il y a bien des chemins dans la blogosphère. Le mien m’a conduit ce premier juin, au commencement de ce billet, où ce n’est pas sans une certaine appréhension que je reprends la plume pour vous conter un nouvel épisode du Voyage au centre de ma PAL. Ceux qui ont suivi les premiers developpements de mes aventures extraordinaires savent quels territoires fabuleux se cachent au coeur mystérieux de ma Pile de livres A Lire. Vous en avez suivi l’exploration patiente. Vous avez découvert quels paysages se dissimulent, un fois tourné au coin d’une pile de poches, deux grandes colonnades de pléiades passées et que suivant le cours tumultueux d’un torrent d’Omnibus jusque dans les profondeurs d’un fond d’étagère s’ouvre devant le regard émerveillé de l’explorateur le pays fabuleux dans lequel j’accumule les livres à lire sans discernement depuis des années à chaque retour de mes virées en librairie. Oui, cela fait déjà bien longtemps que ma PAL n’est plus la sage étagère au coin de mon lit de mes jeunes années. La voilà devenue un être à part, une accumulation de paysages, un empire expansionniste qui jour après jour prend possession de mon appartement et s’y construit le plus beau territoire de terres de fantaisie que l’imagination n’ait jamais rêvé. N’écoutant que mon courage, j’ai entrepris il y a quelques temps l’exploration de ce pays fabuleux. Il faudra un jour que je fasse la carte de ces royaumes. Je réserverai alors une place toute particulière à l’un des endroits sans doute les plus charmants de ces contrées, le Village anglais, où se tient grande fête chaque année, sous le haut patronnage des Dames Lou, Titine et Cryssilda

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Le village anglais

Il faut cependant que je vous fasse le récit de cette année passée. Une année riche en péripéties surprenantes. Convaincu que mon histoire contiendra tant de faits étonnants que ce n’est pas sans peine qu’elle passera pour autre chose qu’un produit de mon imagination pour tous ceux qui la ouiront. En ce premier jour du mois anglais 2015, je devais toutefois rappeler l’enchaînement de hauts faits menaçants, l’accumulation d’adversités qui faillirent bien avoir raison de ma présence parmi vous.  En effet, vous aurez peut-être remarqué mon absence de presque un an sur mon blog et sur les vôtres, une absence brutale, non préparée, dont je tremble aujourd’hui encore de rappeler les épisodes.

J’avais passé pourtant le mois de juin de l’an passé, comme il se doit, au coeur de ce Village anglais. En juillet, je me deplaçai jusqu’en ces Terres d’Avignon dont depuis plusieurs années j’avais minutieusement exploré le chemin en reconnaissance. En août, suivant là encore comme chaque année le rituel de mes étés je me rendis dans ces contrées de Germanie où je passe trois à quatre semaines de vacances studieuses, à préparer les lectures, les études, les commentaires auxquels je consacre l’essentiel de ma vie civile. C’est à mon retour que tout a mal tourné. D’abord, j’eus la surprise de constater que mon blog avait été brutalement déménagé sans préavis sur la plateforme nouvelle de l’hébergeur où j’abritais alors le recit de mes petits voyages dans les livres. Puis je vis les bas côtés de mes explorations envahis d’une foultitude de messages vulgaires. Comprenant ce que le monde était en train de devenir sous la pression d’intérêts prosaïques, je refusais de jouer le jeu plus avant et m’armant  une fois de plus des instruments qui m’avaient offert tant de fois le secours de leur existence ( j’entends un bon fauteuil, une théière et un coin écarté au coin de la fenêtre) je pénétrai une fois de plus, mais sans être certain cette fois-ci d’en revenir, jusqu’au coeur le plus mystérieux de ma PAL.

Pal - terres d'avignon

Les Terres d’Avignon

Oh, j’y ai vu bien des choses. J’ai connu d’étranges territoires. En octobre, j’abordais en compagnie d’un vieil auteur américain, qui se faisait appeler Ed McBain ( j’ai toujours pensé que c’était un pseudonyme), une cité de crimes et de misère où je suivis pendant plusieurs semaines la vie d’un commissariat. J’avais déjà raconté quelques unes de ces journées auparavant. Il faudra que je vous fasse le récit prochainement de ces quelques semaines. Puis j’accompagnais mon vieil ami Henry James qui me fit découvrir bien des histoires encore: j’ai commencé à rapporter ce qu’il me rapporta alors. Je retournai un vieux royaume de Philosophie, l’un des territoires les plus anciens de ma PAL, où Montaigne et Bergson m’abritèrent quelques temps. Je suivis le cours sinueux du fleuve des Désirs où naviguait un certain Casanova, un vénitien fantasque en qui j’appris à reconnaître un esprit épris de liberté et qui me raconta la souffrance qu’il éprouvait à être confondu avec Dom Juan, dont il méprisait le nihilisme. Je visitais toute une série de microroyaumes peuplés de livres précieux fabriqués patiemment par des éditeurs courageux chez qui le goût de la bonne littérature est brandie comme un étendard. Je vous parlerai un jour aussi des belles rencontres que j’y ai faite, et comment un auteur polonais de grand talent, Adolf Rudnicki, m’y servit de guide.

James (Henry)

Mon vieil ami Henry James

J’aurais pu ne jamais en revenir ! Ce sont mes fidèles amis du mois anglais qui m’ont ramené à une position moins intransigeante, me rappelèrent le plaisir des conversations d’autrefois avec Titine, avec ClaudiaLucia, avec Denis, avec Lou, avec Ellettres, avec Romanza, avec Fondantochocolat, avec Karine:), avec Mior, avec missycornish (que tous ceux que j’oublie m’excusent. Ils ont leur place aussi dans la longue liste de ceux qui me ramenèrent à la vie bloguesque).

Bon mois anglais à tous!

LC - le mois anglais

Voyage au centre de ma PAL (6): le village anglais – le retour

Ceux qui ont suivi les précédents épisodes du Voyage au centre de ma PAL savent par quelles aventures déjà m’a conduit l’investigation dans les fonds inexplorés de ma bibliothèque, quels dangers j’ai côtoyés, quelles rencontres inimaginables j’ai faites, quelles amitiés indéfectibles j’ai nouées, parfois au péril du bon sens, pendant de longues heures se prolongeant bien longtemps jusqu’au cœur de la nuit. Pour les autres, je rappellerai que ma Pal (ma Pile de Livres à Lire) n’est plus ce petit tas de livres, policé, qu’on trouve dans bien des demeures où la lecture a acquis le droit de bourgeoisie, cette étagère sympathique dans laquelle on vient chercher le compagnon des prochains jours de lecture. La plupart des lecteurs – ceux pour qui la lecture n’est pas seulement un passe-temps agréable valorisé culturellement, mais une nécessité, une ambition de tous les instants –  la plupart des lecteur donc sait bien  qu’il y a toujours quelque chose à redouter du côté de ce domaine réservé, où nous accumulons, plus que de raison, des promesses de bonheur à venir, au retour de courses insensées dans les rayonnages des Temples de perdition pour le porte-monnaie que sont les librairies. Bref chacun a tâté de cette maladie chronique qu’est l’expansion infinie de sa PAL…

Or il se trouve que ma PAL n’est plus seulement donc cette sympathique étagère menaçant de déborder de toutes parts, et qu’il suffit régulièrement de recadrer, par quelque plan de rigueur efficace, mais une sorte d’être en soi, un espace peuplé de plusieurs centaines, voire d’un millier d’ouvrages, avec ses circonscriptions, ses districts, ses régions, mais tout cela organisé selon une logique propre à lui qui m’ont fait découvrir, lors de mes précédents voyages, des territoires dont je ne soupçonnais pas l’existence jusque là. Pourtant, ma dernière incursion m’avait fait éprouver des terreurs inqualifiables, dans les landes entourant le manoir hanté du Challenge Halloween. Et j’avais donc décidé, depuis plusieurs mois, d’adopter une attitude plus réservée à l’égard de ce domaine de tentations intenses, mais dangereux, en réservant, sur une petite étagère au pied de mon lit, une nouvel espace, à une nouvelle PAL, constituée exclusivement des ouvrages achetés au cours de ces 6 derniers mois. C’est là que j’ai puisé la plupart de mes dernières lectures. Pourtant, au milieu d’un livre de Jules Verne, j’allais faire une découverte étonnante, qui remettrait définitivement en cause les résolutions courageuses de ces derniers mois.

Jules Verne, frontispice de <i>Cinq Semaines en ballon</i>

au milieu d’un livre de Jules Verne

 

J’ouvris Cinq semaines en ballon dans la dernière semaine du mois d’avril, le premier des plus de soixante volumes des Voyages extraordinaires de Jules Verne collectionné sur ma liseuse, et donc fier une fois de plus d’échapper à la tentation de ma PAL – celle qui a tout envahi – et à qui, à l’abri dans mon lit, je laissais l’avantage de prendre possession du reste de mon appartement. J’avais déjà parcouru une bonne cinquantaine de pages. Ma lecture se poursuivait avec la même aisance que celle de mes trois nouveaux compagnons dans leur ballon au centre de l’Afrique. Et puis, au détour d’une page, l’écran de ma liseuse s’est figé:

.ite ! S@mmes bl@qués. A.@ns bes@in d’ !ide. Ne p@urr@ns h@n@rer de n@tre présence l ! fête qui se prép !re. F !ites .ite ! Signé : le .ill !ge !ngl !is.

Le message n’ était pas très clair. Mais habitué aux énigmes, dont on sait qu’elle sont un des moteurs des romans de Jules Verne, je profitais de ma compétence récemment acquise pour recomposer sans effort le message : c’était un message du village anglais – l’un des lieux les plus doux de ma PAL, une oasis au milieu de déserts d’angoisse et d’aventures. Mes amis me réclamaient. Une fête qui se prépare et mes amis bloqués ! Je ne pouvais pas les laisser sans assistance. Comment étaient-ils cependant entrés dans mon livre de Jules Verne ? Je ne sais. Quelle connivence entre des régions de ma bibliothèque que je croyais totalement séparées la présence de ce message révélait-elle ? Je n’avais pas le temps d’y penser.

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le village anglais

Je ne pris pas d’ailleurs vraiment de temps pour y penser. N’écoutant que la fidélité aux amitiés récemment contractées (ainsi que mon désir péniblement refoulé pendant ces six longs derniers mois), je sortis d’un bond de mon lit, et me précipitant hors de la chambre sur la première étagère qui se présentât je pénétrais témérairement dans ma PAL, par l’une des entrées dissimulées connue de moi seul. J’écartais deux rangées de poche, je résolus trois énigmes (ranger les dix premiers volumes de la Bibliothèque de la Pléiade dans l’ordre de publication ; identifier tous les volumes de ETA Hoffmann parus chez Phébus ; reconnaître dans les volumes dépareillés de Anne Perry les histoire de Monk et celles du couple Pitt). Une pile de NRF à pousser, et ce fut une brise chargée d’odeur de pages, le grand frisson caractéristique, l’environnement de musc, de bois précieux. Et, autour de moi, les histoires qui foisonnaient par centaines. J’étais revenu au cœur mystérieux de ma PAL.

Je ne vous accablerai pas du récit fastidieux des étapes, souvent périlleuses, de mon voyage. Sachez seulement qu’il me fallu plus de quatre semaines pour aborder enfin cette île heureuse, le village anglais, où je parais aujourd’hui. Quelle nouvelle m’attend en ce lieu ? Quelle menace accable mes amis ? Retrouverai-je le village heureux où je passais l’an dernier l’un des plus beaux mois de ma vie ? Les jeunes filles vêtues à la mode de Jane Austen ? Les suffragettes arborant sur leurs t-shirt des portraits de Virginia Woolf ? Les vénérables victoriens à la longue barbe ? Et des dizaines de muffins, scones, cheese-cakes pour accompagner la douceur d’un nuage de lait dans une tasse de thé et un bon roman de Graham Greene ? Je viens de franchir le petit pont tant aimé. J’entrevois les premières maisons du village. Et cette foule là ? Pour qui donc ? Et là-haut, cette banderole, est-ce pour moi :

Bienvenue au village anglais en ce mois de juin 2014
pour fêter
Le mois anglais, saison 3 de Lou, Titine et Cryssilda

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Voyage au centre de ma PAL (5): le passage des livres terrifiants

Ceux qui suivent cette chronique (presque) mensuelle, savent déjà quel courage, quelle audace, et quel brin de folie ont présidé à la plus extraordinaire des découvertes sans doute, à un voyage comme on en fait peu, à travers des multitudes de royaumes, au pays enchanté de ma PAL. Le sage avait raison: c’est à côté de soi parfois qu’on trouve les choses sortant le plus de l’ordinaire. N’écoutant que mon coeur, je m’armais, il y a déjà quelque temps, des instruments nécessaires à mon travail d’explorateur (une paire de lunettes, une lampe, un bon fauteuil), plus quelques ustensiles utiles à compléter ma panoplie d’aventurier un brin loufoque (mais tous les explorateurs ont leurs petites manies): théières, tasses à thé et thé en quantité; et je me dirigeais, sans un regard derrière moi, vers le coeur mystérieux de ma PAL…

J’avais reçu le carton d’invitation dès le mois de juillet, par une matinée ensoleillée, le coeur léger et enjoué à l’idée de me rendre prochainement au beau pays d’Avignon. J’étais loin des frayeurs et des lugubres apparitions d’Halloween. Pourtant, quelque chose attira aussitôt mon attention dans le billet de mes deux amies numériques. Le remord peut-être d’avoir raté les précédentes rendez-vous. Ou le sentiment que quelque chose ne se tramait pas là dedans comme il devrait:

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Halloween 2013 stop avons loué une grande maison hantée stop viens nous rejoindre pour Halloween stop Fantômes au grenier stop Proprio restée très mystérieuse quand nous lui avons parlé de la cave stop rdv là-bas le 1er octobre

Ah, le 1er octobre – dire que je devrais déjà être là-bas… et nous voilà le 2! Il est temps sans doute que je vous dise par quels périples inouïs il m’a fallu passer jusqu’ici. Oh, si vous saviez… Oui! Des rencontres à glacer le sang!… Mais tâchons de mettre de l’ordre dans mon esprit agité encore par les rencontres que je viens de faire. Esquissons brièvement les traits d’une chronologie…Au cours de mon séjour dans le village anglais, j’avais discuté avec quelques amis rencontrés là bas, tous amateurs de demeures anciennes et de Loch écossais (nous nous étions blottis ce jour de pluie dans un salon d’aspect londonien, les pieds devant un bon feu et un verre de sherry à la main – c’est le meilleur endroit pour parler de fantômes!). Et quelqu’un évoqua (pourquoi est-ce que je ne parviens toujours pas à me rappeler qui c’était?) un antique passage, conduisant, selon lui, à travers la région la plus mystérieuse de ma PAL, jusqu’au lieu désolé où j’appris, quelques semaines plus tard, que Lou et Hilde s’apprêtait à louer la demeure qui devrait servir de cadre à nos rencontres horrifiques du mois d’octobre. Ce ne pouvait être une coïncidence! Il me fallait trouver ce passage!

J’eus bien besoin de tout l’été pour découvrir ce qui restera sans doute dans ma mémoire comme le lieu le plus noir, le plus angoissant, le plus terrifiant de ma PAL. Je ne soupçonnais pas de tels recoins. Mais dans ce monstre architectural et géographique qu’est devenu chez moi l’accumulation de livres, il fallait que je m’attende à tout. En septembre, des amis, dont je reparlerai sans doute dans de prochains billets, qui portaient les doux noms de Forster et de Virginia Woolf, moquèrent mon goût indéracinable pour les histoires de fantômes et s’amusèrent de mes manières gothiques et victoriennes. Il faut dire qu’ils faisaient profession d’adopter dans leurs oeuvres des tours résolument modernes et se réunissaient, dans un coin nommé Bloomsbury, pour fustiger toutes les idées anciennes. Des gens originaux, certes, mais attachants. C’est Virginia qui, involontairement, me mit sur la voie: « On dirait le vieux Jack! Tu sais, ce vieux fou qui crèche non loin du pays d’épouvante ». Un pays d’épouvante? Ici? Au coeur de ma PAL? Je tenais sans doute le passage où je retrouverais la route me conduisant jusqu’à l’imposante demeure de mes amies.

Donc, le 1er octobre – était-ce hier à peine? – je me dirigeais d’un pas confiant jusqu’au garage de Jack Be Little, qui curieusement se trouvait non loin de Bloomsbury (je parle évidemment du coin d’étagère qu’en raison de ses habitants j’ai prénommé ainsi), sur la grand route, juste avant la barrière que fait une pile de vieux romans d’épouvantes achetés il y a longtemps dans une brocante. Oh, tout se passa bien, d’abord. Jack me reçus le plus gentiment du monde, bien que j’eus besoin de quelques temps pour me faire à sa tête de citrouille. Puis, grimpant dans ce que je reconnus comme l’un des premiers modèles de Ford T, nous commençâmes à escalader la pente qui s’élevait derrière son garage. Jack m’avait prévenu: les romans d’épouvante sont des compagnons pacifiques tant qu’on passe à côté d’eux en faisant mine de ne pas les voir. Mais attention à ne pas s’y plonger, quand le jour pâli. Mais on ne se refait pas. Oh! n’anticipons pas!…Alors que nous arrivions en vue du lieu de notre rendez-vous, mystérieusement, la voiture cala. Une mystérieuse force, pesant sur nos épaules, nous retenait attachés aux fauteuils. Déjà le jour tombait. Nous voyions des ombres qui passaient sur la lune. Et puis ce cri, oh, ce cri strident. Je perdis connaissance… Quand je me réveillais, j’étais tout seul dans la voiture. Jack avait laissé un mot collé sur le pare-brise: « je suis rentré au garage. Désolé pour la mise en scène, mais je vous laisse seul avec nos spectres. Je ne voudrais pas gâcher votre plaisir. Passez un bon mois de lectures terrifiantes… P.S: on se déplace ici en entrant dans les livres. Vous trouverez le chemin de la maison de vos amies en trouvant le bon livre! »

Il m’a donc fallu me pencher, et prendre l’un de ces compagnons d’épouvante que j’avais négligé jusqu’alors. J’hésite encore à vous raconter ce que j’y découvris alors. Ce fut une nuit de terreurs. Je ne fermais pas l »oeil de toute la nuit. Mais que de livres passionnants. J’ai engrangé la matière de nombreux billets qui égaieront nos soirées, j’en suis sûr, à condition néanmoins que je trouve enfin la maison de mes amies… Mais je sens depuis une bonne dizaine de minutes une odeur caractéristique de soupe à la courge. Je crois deviner l’aile hantée d’une antique manoir au-dedans de la brume. Serait-ce la fin de mon voyage? Oui. Et cette voix? Quoi? Ces deux voix?N »est-ce pas là Lou et Hilde que j’entends au milieu des bruits de chaîne et des cris de revenants?

Je vous glisse rapidement le visage de quelques uns des ces compagnons d’épouvante.

Et puis, pour soutenir nos folles soirées de lectures, quelques compagnons ramenés d’un récent week-end en Allemagne:

Mais nous en reparlerons…

Voyage au centre de ma PAL (4): Le mois anglais – le Bilan

Ceux qui ont suivi les épisodes précédents de mon voyage périlleux au cœur de ma PAL savent déjà quelle architecture fantastique a remplacé ma bibliothèque depuis qu’accumulant les livres, sans trouver le temps de tout lire, j’ai bâti, au gré d’envies fugaces ou permanentes, cette sorte de caverne d’Ali Baba de la lecture, dans laquelle je puise livre après livre les plaisirs qui viennent nourrir ce blog. Mais, un jour, il a fallu que je me fasse une raison: ma PAL, n’est plus une pile de Livres à Lire, c’est un un palais, une cité fantastique, un pays, de vastes territoires peuplés de tentations multiples. Lorsqu’en janvier dernier je me glissais, insouciant, entre deux falaises de poches, décidant de porter mes pas jusqu’au cœur mystérieux de ma PAL, j’ignorais encore à quelles expériences nouvelles, à quelles révélations il allait m’être donné d’assister…

Je connaissais l’histoire bien sûr. J’avais lu, comme d’autres, les romans d’aventures où le héros s’avance, dans un pays étranger, et y fait, au prix d’expériences périlleuses, poussé par le désir et par la peur, la découverte d’autrui et de lui-même. J’avais appris à reconnaître dans cette nuit de jungle, qui fait le cœur obscur de mes lectures, au moment où elles ne sont que les poussées velléitaires de mes sorties en librairies, un miroir de moi-même. Tout héros de roman d’aventure sait cela. Il n’y a de véritable aventure que l’aventure intérieure, même s’il faut parfois pour que la magie se fasse le détour d’un voyage par les Pôles, ou par l’île au Trésor, par les Highlands sauvages et inhospitaliers, ou par le sous-marin du capitaine Némo. A mon tour, j‘avais connu des épreuves: ainsi ce marais des livres oubliés où je faillis rester enlisé tout le restant de mon existence. Au milieu de ce pays de désolation, pourtant, j’avais su trouver de bien agréables refuges où faire halte: le peuple des Libretto chez qui je posai mes bagages une première fois ou cette communauté, à la fois exubérante et très stylée, où je passais, avec quelques autres, tout le mois de juin.

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Seulement, voilà, le mois anglais de Lou et Titine se terminait. Ce fut un mois riche en découvertes. Je nouais de nouvelles amitiés. J’emportais avec moi, arrachés à la multitude des livres à lire, des compagnons qui allèrent rejoindre la troupe des livres chroniqués. Mais il fallait quitter ce charmant village anglais.

Je pris la direction du sud. J’avais pour objectif une nouvelle contrée, une véritable capitale du spectacle qui, dans ma PAL, portait le nom de cité d’Avignon, et dont on m’avait vanté les grandes fêtes théâtrales qui devaient commencer vers le 5 ou 6 juillet. Mais le chemin était long encore. Et, le premier soir de mon nouveau voyage, au creux d’une forêt profonde, adossé à plusieurs volumes des Comédie de Shakespeare et des Romans de Virginia Woolf, qui devaient m’accompagner une partie de cet été, je me chantai, sur l’air d’une vieille ballade anglaise, le nom des fiers compagnons de ce mois passé, les amours perdues et nos virées dans les tavernes.

Ce sont les compagnons de ce mois anglais, dont je chante le nom:

 

Thomas HARDY: Les Forestiers

beau roman victorien sur les splendeurs de la nature et la défaite des sentiments;

Les forestiers

 

E.M.FORSTER: Avec vue sur l’Arno

qui vivifia de ses pointes ironiques mes retrouvailles avec cet auteur tant apprécié;

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Jane AUSTEN: Lady Susan

belles retrouvailles aussi, et un superbe personnage de méchante;

Austen--Lady-Susan.gif

 

Joseph CONRAD: Au coeur des ténèbres

LE chef d’oeuvre lu et relu;

Conrad, Au coeur des ténèbres

Jamie OLIVER: So British

car il n’y a pas que les nourritures spirituelles dans la vie;

Oliver (Jamie), So british

 

Sybille BEDFORD: Un Héritage

qui me parla, avec son léger accent anglais, de l’histoire de sa famille en Allemagne;

Bedford, Heritage

CECIL et BRUNSCHWIG: Holmes

BD suggestive, artistique – et bel exercice de style scénaristique sur le mythe littéraire de Sherlock Holmes;

Cecil et Brunschwig, Holmes 1

 

Anthony TROLLOPE: Miss Mackenzie

le dernier coup de cœur de ce très beau mois anglais.

Trollope, Miss Mackenzie

 

Puis, comme le jour paraissait, je m’aperçus que j’avais chanté toute la nuit, et, avec une dernière pensée pour Lou et Titine, qui rendirent cette belle rencontre de lecture possible, je repris sous le bras mon sac de livre et glissant, entre deux volumes d’éditions théâtrales, j’abordais le beau pays d’Avignon…

Voyage au centre de ma PAL (3): le village anglais

english-village.jpgRésumé des épisodes précédents: las de ne pouvoir lire tous les livres que j’ai accumulé, et non content de devoir m’en tenir dans ces billets à ceux que j’ai effectivement lus, j’ai décidé, en janvier dernier, de me lancer dans un voyage périlleux à l’assaut de ma Pile de livres à lire. Ma PAL n’est plus une pile, c’est une tour, un palais fortifié, une chaîne de montagnes escarpées, où, dès le premier pas, se découvre un pays, des contrées, de vastes paysages. Ayant commencé à m’enfoncer au cœur sauvage de cette PAL, j’ai découvert d’abord un village charmant, peuplé de créatures originales répondant au nom délicieux de Libretto. Puis mon aventure m’a conduit jusqu’au marais des livres oubliés, pays de vents et des brumes, où j’attends impatiemment depuis quatre mois que quelqu’un veuille bien me tirer…

Franchement, j’aurais du me méfier, au moment d’aborder cette contrée désolée. De toutes les régions de ma PAL, ce marais est sans doute l’endroit le plus sinistre, le plus triste, celui où le Seigneur de ces lieux, voué au culte de son seul plaisir, accumule des livres dont il n’a parfois lu que quelques pages. Certains, auxquels il ne manque plus qu’un chapitre à lire se croient plus heureux que les autres. Mais il va des décisions tyranniques de celui dont le plaisir de lire est la seule loi en ces contrées qu’elles sont imprévisibles. Les sursauts désordonnés de son plaisir ont produit ce marais où raisonne, lancinante, la plainte monotone des livres échoués… Depuis près de quatre mois déjà, j’avais atterri ici, sans parvenir à m’extraire de cette terre lourde et humide qui retenait mes pieds au sol.

Cependant, un soir, un compagnon d’infortune – il s’appelait De grandes espérances et avait été écrit par un certain Dickens – me parla d’un village heureux, au creux d’une forêt enchantée, dans les parages de ce marais où des livres semblables à lui, du moins de semblable origine, auraient élu domicile lorsqu’ils avaient été précipités des rives de l’île heureuse, bien qu’elle aussi humide, qui leur avait donné le jour, jusqu’aux rayonnages labyrinthiques de ma bibliothèque. Là-bas, disait-il, une communauté s’était formée.

Je décidai de me lancer à la recherche de ce riant village. Et, après des aventures périlleuses que je vous conterai peut-être un jour, je découvris, dans une clairière, cette société de livres heureux, tous œuvres de fiers narrateurs et d’auteurs habiles à raconter des histoires, un véritable village d’Utopie du récit. Les premières demeures que je rencontrai m’inquiétèrent un peu cependant; elles portaient toutes des enseignes figurant des apparitions sinistres hululant sur la lande ou des crimes mystérieux. Puis, j’abordai une rue pacifique qui était un véritable marché en plein air de la pâtisserie: des scones, des cupcakes, des bonbons multicolores, toute une collection de théières et de thés odorants. Des jeunes filles vêtues à la mode de Jane Austen déambulaient en lisant Ann Radclife, les soeurs Brontë, George Eliot. Puis, une rue plus loin, ce fut l’agitation d’une foule agitée. Un roman de Forster côtoyait deux Virginia Woolf et, dans un bus qui passait, je vis un prêtre – ou un espion? – il portait des lunettes noires – cacher une carte de visite sur laquelle j’aperçus seulement le nom de son auteur: Graham Greene. Ce fut encore, plus loin, une bande de jeunes portant la crête et des pantalons à carreaux taguant sur les murs « No future« , des pubs au croisement de chaque rue.

Ce village, qui se révéla être une ville, car le Seigneur de ces contrées accumulait depuis quelques temps les livres de même origine, était à la veille d’un mois de festivités, qu’on m’annonça être un événement annuel en cette région, car elle était l’occasion pour le Maître, de s’abandonner avec volupté à son goût pour la littérature britannique. Je demandai le nom de ces fêtes uniques. On m’annonça avec humour: comment, vous ne connaissez pas le Mois anglais?

Je vous donne une petite vue des habitants de cette ville qui attendent en trépignant d’être découverts au cours de ce mois anglais:

  Butler--Ainsi-va-toute-chair.jpgEliot, Le Moulin sur la Floss Hardy--Tess.jpgTrollope--Miss-Mackenzie.jpg 

Les forestiers

Le mois anglais, du 1er au 30 juin, est organisé par Lou et Titine

(à suivre)

Voyage au centre de ma PAL (2): le marais des livres oubliés

Rackham1Ma Pile de livres A Lire est un palais, une cité fantastique, un pays, un vaste territoire peuplé de tentations multiples. Las de ne pouvoir lire tous ces livres que j’ai accumulé, j’ai décidé, le mois dernier, armé de mon bâton de pèlerin et d’une bonne dose de courage, de commencer à m’enfoncer au cœur sauvage de cette PAL et d’y ramener, au péril peut-être de ma raison, mais au prix de fantastiques aventures, quelques intéressants échantillons qui nourrissent mes veillées futures. La première étape de mon voyage m’a conduit auprès de la cité des Libretto, un village charmant, peuplé de créatures distinguées…

Après avoir fréquenté quelque temps ces charmants amis, tous doux et pacifiques, il a fallu reprendre mon itinéraire. J’ai décidé de m’enfoncer plus loin encore dans ce pays… Imaginez ce qu’on entend dans ce pays de livres ! Au fond de ma PAL on se murmure des légendes, des récits fabuleux de livres disparus, oubliés – c’est le soir que les livres aiment à se répéter ces histoires, serrés autour de la lampe, quand le Maître de ce pays, calé dans un bon fauteuil, après s’être saisi de l’un d’entre eux, se plonge avec délice dans ces plaisirs qu’eux seuls savent offrir :

– gardez-vous disent les plus vieux aux plus jeunes des caprices de notre maître généreux ! Il est plus d’un marais d’eau saumâtre, où viennent parfois se perdre certains livres présomptueux…

J’ai pris pour cible de ce deuxième voyage au centre de ma PAL cette contrée mystérieuse où certains livres échouent au cours de la lecture, abandonnés, parfois pendant de longs mois, parce que d’autres livres se présentent, d’autres envies, d’autres occasions. Des livres aimés souvent, mais que je ne prends pas la peine de finir, et qui s’accumulent. J’ai contracté depuis longtemps la (mauvaise?) habitude de lire plusieurs livres de front. C’est parfois 20 ou 30 livres qui sont donc en attente. La plupart échoue dans ce domaine réservé – toute une étagère à la tête de mon lit – des livres que je meurs d’envie d’achever.

Un aperçu de ce domaine de vents et de brumes qui fait tirer une grimace même aux plus courageux :

 

Hesse--Description-d-un-paysage.jpgDalrymple--Dans-lombre-de-Byzance.jpgLamartine--Raphael.jpgCorbin--LHarmonie-des-plaisirs.jpgFollett--Les-piliers-de-la-terre.jpgJames, Voyage en FranceBeauvoir, Les Mysteres de lile saint louisStendhal, Chroniques italiennes

Voyage au centre de ma PAL (1): la collection Libretto

Printing4_Walk_of_Ideas_Berlin.jpgLe combat contre sa Pile de livres A Lire est l’une des figures obligées de tout blog de lecture : moment sublime où le lecteur, la lectrice passionnés font mine de livrer contre leur PAL un combat qu’ils savent (qu’ils veulent?) perdu d’avance, confrontation délicieuse avec les livres qui nous restent à lire. Pour la réduire, chacun invente des stratagèmes. Le statisticien : objectif -10% ! Le radical : pas de visite en librairie tant que je n’aurai pas retiré au moins 6 livres. Le gourmand : et si j’ajoutais encore un petit Simenon ? Le comptable : sachant que je dois lire un classique par mois d’ici décembre, que les amis invités à mon anniversaire devraient si je rapporte les chiffres enregistrés au cours des trois dernières années m’offrir une moyenne de 0,67 livre chacun, que j’ai prévu une visite par semaine en librairie, que je pourrai piocher dans les Balzac et les George Sand pour honorer plusieurs challenge… combien de livres dois-je lire cette semaine pour maintenir le taux fixe autorisé d’une croissance de maximum 1 livre par trimestre dans ma PAL ? L’architecte : ne pas attaquer les Folio avant les Pléiades qui font rempart pour soutenir l’édifice entre les Libretto et les Livres de Poche. Le sentimental : et si j’offrais ces quatre Goethe à Jeanne ?

 

J’ai dans ma PAL plusieurs livres que sans doute je ne lirai jamais. Les livres accumulés sont les traces sensibles de notre désir de lire. Pourtant, dans une vie de lecteur, il y a toujours un moment où les livres finissent par l’emporter sur le désir. Il faudrait alors un archéologue pour retrouver cette longue histoire chaotique du désir. Il y a aussi des titres oubliés, achetés sur un moment d’impulsion, que je retrouve avec plaisir en plongeant dans les zones les plus reculées de ma Pile à Lire. Des livres que je veux lire depuis longtemps, mais que je n’ai pas encore trouvé le temps de lire. Toute une population d’ouvrages et d’auteurs…

 

Ayant accumulé les livres sans discernement depuis bien des années, ma PAL n’a plus aujourd’hui l’aspect sage de la simple étagère ou de la petite pile au bord du lit de mes jeunes années. C’est aujourd’hui, je dirais, de vastes tours, des montagnes, un territoire de livres à lire qu’aucun stratagème ne réduira jamais. Pour moi, pas de plan de campagne, pour faire passer les livres – c’est l’ambition de tout blogueur littéraire – du statut de Livre à lire à celui si prestigieux de Livre chroniqué, partagé. Mais des explorations possibles : entrer comme en un pays mystérieux, entre deux falaises de poches, se laisser glisser dans une nuit de jungle le long d’une coulée de romans d’héroic-fantasy, aborder des Terres victoriennes parsemées de noms prestigieux : Trollope, Wilkie Collins, Hardy, sur lesquelles règnent deux magnifiques in-octavo dédiés au commentaire des romans de Dickens, s’envoler jusqu’aux royaumes inexplorés d’éditions peu connues, puis de retour gagner des profondeurs souterraines où de vastes cités troglodytiques ayant nom Chandler, Indridason, Christie contrôlent les routes des littératures noires et policières.

 

J’ai eu l’idée de cette petite note mensuelle pour donner une vie numérique à ces explorations fantaisistes. Une fois par mois je donnerai place ici au livres que je n’ai pas encore lu, issus de ma Pile de livres A Lire, autour d’un thème, d’un auteur, d’une collection. J’attends bien sûr vos commentaires, pour me renvoyer vers vos billets, proposer des Lectures Communes, rappeler l’existence d’un Challenge.

 

Pour ce premier numéro du Voyage au centre de ma PAL, j’ai choisi


la collection Phébus Libretto


qui est de toutes les collections de poche, l’une de celle qui m’a le plus donné envie de lire, pour ses couvertures suggestives, son édition soignée, la qualité du catalogue. Ci-dessous quelques uns de ces titres qui me restent à lire:

 

Une famille et une fortune Contes-de-l-Alhambra.jpgGrahame--Le-vent-dans-les-aules.jpg Hoffmann--Contes-nocturnes.jpgPierre de lune Feval--Les-mysteres-de-Londres.jpgLes forestiersLe-chevalier-de-la-barre.jpg