En juillet 1873, Gustave Courbet poursuivi pour avoir fait déboulonner la colonne Vendôme sous la Commune et menacé de devoir rembourser la reconstruction du monument sur ses deniers personnels traverse la frontière suisse et part s’installer au bord du lac Leman. Ce sont les dernières années du grand peintre réaliste, années souvent dédaignées par la critique. Courbet il est vrai peint mal, de façon presque industrielle. Il se tue à force de boire. Pourtant de ce corps colossal émerge un chant, une vision du monde. Le grand spectacle de la nature. Qui pourrait croire qu’un artiste finissant, même au rebours de son talent, n’ait plus rien à nous dire?

Quel beau livre, quel récit ensorcelant, composé en une langue magnifique qui est à la fois un très bel hommage à l’homme, Courbet, à une époque de l’art, traversée aussi des figures de Baudelaire ou de Rimbaud, et à la peinture, tout simplement, à cette chose qu’on cherche à voir dans la peinture. Écrire sur l’art en général n’est pas une chose facile. La plupart des romans sur la musique sont des récits ratés. Je dois confesser que Jean-Christophe m’assomme, malgré son tropisme germanique et même Hermann Hesse qui a livré sur le sujet quelques très belles pages ne me convient pas toujours. Seul peut-être Consuelo de George Sand, pour sa reconstitution sublime de la musique à Venise au XVIIIe siècle, et pas seulement parce que c’est un des plus grands romans du 19e siècle, échappe à ma critique. C’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de peinture: combien de romans sur la peinture qui ne sont qu’un jeu de fiches scénarisées.

Le mérite de David Bosc est d’autant plus grand. C’est un livre qu’il faut humer, goûter, ressentir. En parallèle bien sûr avec la belle peinture de Courbet. Livre difficile à raconter donc. Mais qui se lit tellement vite que ce serait dommage de se priver d’un tel plaisir. J’ai publié ici un extrait hier qui donnera un petit aperçu de la manière de l’auteur. Et je n’en dirai pas plus je crois. Sinon que tout le monde aura compris que j’ai vraiment été épaté par ce livre. Courrez-y vite. Et parlons-en peut-être ensuite. Je crois que c’est la seule chose que je pourrai en dire…

5 Comments on David BOSC: La claire fontaine

  1. Je te rejoins absolument sur le plaisir de cette lecture, sur cette atmosphère, ainsi que sur le  » ratage  » de certains récits souvent plaqués ou prenant l’art comme décor, comme prétexte. Celui-ci, je l’ai offert plusieurs fois, il est si vivant, charnel même.

    • Un livre charnel, c’est exactement cela, et c’est aussi ce qui caractérise la peinture de Courbet, avec peut-être l’angoisse que cela révèle au fond des choses, du regard, sur quoi David Bosc a de très belles page, je trouve.

  2. je l’avais noté mais il est toujours en attente, tu enfonces le clou car j’aime les livres de ce type, même si je n’ai pas de passion pour Courbet la période me semble bien intéressante

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