Le blogoclub de lecture est une belle aventure, initié par Sylire il y a une dizaine d’années à peu près,  repris il y a quelques temps par Florence et Amandine: 4 lectures communes par an, sur un thème ou un auteur choisis ensemble. Je n’ai pas participé à tous les rendez-vous,  mais depuis toutes ces années, je suis tous les billets, pour y faire très souvent de belles découvertes.

Pour le rendez-vous du 1er décembre, nous étions laissés libres: présenter un livre ou un auteur qui nous tient à coeur, que nous venons de lire ou que nous avons lu il y a longtemps. Bref raconter ce qu’on veut, sur le livre qu’on veut. Un livre auquel on tient et qu’on voudrait faire partager.

Pour l’occasion, j’ai décidé de ressortir un billet, l’un des premiers publiés sur ce blog, il y a plus de dix ans déjà. Ce sont en fait deux billets, consacrés au diptyque de George Sand: Consuelo, suivi de La Comtesse de Rudolstadt, par lequel j’ai redécouvert cette auteure majeure du XIXème siècle… Mon souvenir de ces deux romans a un peu évolué depuis. Je gagnerais d’ailleurs sans doute à les relire. Mais il y a tant de livres à lire… Et à relire. Ma façon de rédiger mes billets a sans doute évoluée aussi. Mais c’est cela aussi qui est amusant. J’ai donc décidé de les garder tel quels. C’est eux que je publie à la suite…

ConsueloConsuelo est une pauvre orpheline espagnole dotée d’une voix magnifique. Elle est l’élève, à Venise, du Porpora, l’un des maîtres de la musique concertante. C’est là qu’elle fait ses débuts, aux côtés d’Anzoleto, son fiancé. Mais le succès n’est pas toujours heureux. Avec lui s’en va l’insouciance de la jeunesse. Consuelo est courtisée, mais résiste aux avances de son séducteur. Blessée par les infidélités de son fiancé, la jeune femme s’enfuit. Un étonnant voyage commence alors  qui conduira Consuelo au bout de l’art, de l’amour et d’elle-même en Bohème, dans le sinistre manoir des Rudolstadt, où le comte Albert, nature exaltée et fragile, abrite sa folie, puis à travers le Böhmerwald, en compagnie du jeune Joseph Haydn, à Vienne même et finalement à Prague, sur la route de Berlin.

La Comtesse de Rudelstadt – On retrouve Consuelo à Berlin, courtisée par Frédéric II et mêlée à ses intrigues politiques. Mais de curieux phénomènes se produisent… Consuelo croit apercevoir le spectre du comte Albert. A Spandau, où le roi qui la soupçonne de comploter contre lui a ordonné qu’on l’enferme, la jeune femme se sent étrangement surveillée. Et quels sont ces mystérieux amis, dirigés par un chevalier masqué, Livérani? Où prétendent-ils conduire Consuelo? Qu’est-ce que cette prison qu’ils lui proposent comme asile en échange de sa libération?

On ne dira jamais assez qu’il faut ranger George Sand parmi les meilleurs écrivains du XIXème siècle français. Une auteure à effets, dans le goût du roman-feuilleton où elle excelle. George Sand ne s’économise pas, c’est parfois ce qu’on lui reproche – d’en faire trop. Mais c’est vraiment un plaisir, quand on est un lecteur, d’être mené ainsi par le bout du nez sur près de 1500 pages. Les « effets » de George Sand sont l’instrument de ce plaisir: apostrophes au lecteur, multiplication des péripéties, trahisons, évanouissements, coups de théâtres. George Sand joue avec bonheur de toutes les séductions du genre romanesque. Ainsi Consuelo et La Comtesse de Rudolstadt, ces deux gros romans (1500 pages, je le répète), sont à la fois plusieurs romans, où le théâtre et le voyage, sous l’éclairage de la musique, occupent la principale place: il y a un roman d’amour (qui Consuelo choisira-t-elle du sensuel Anzoleto, de l’étrange Albert ou du mystérieux Livérani?), un roman noir, gothique, du  fantastique à la Radcliffe(« l’affreux château des géants », le « chêne de la pierre d’épouvante », le spectre d’Albert le voyant, les divagations de Zdenko le fou), un voyage bien documenté à travers l’Europe musicale et politique du XVIIIème siècle (Venise, la Bohème, Vienne, Prague, Berlin et cette mystérieuse étape finale du roman, quelque part sans doute en Allemagne), des aventures à la Dumas (évasions, travestissement), du mystère enfin (celui qui entoure les sociétés secrètes et leurs cérémonies initiatiques). Bref, un roman de formation au féminin, qui brille de mille feux et sur qui résonne, à travers les échos de l’opéra baroque et du classicisme viennois en gestation, le rêve d’une humanité future, réconciliée avec elle-même, c’est-à-dire réconciliée d’abord hommes et femmes. Un grand roman.

10 Comments on Blogoclub de lecture: Consuelo, suivi de La Comtesse de Rudolstadt (George Sand)

  1. J’ai failli parler de « Mauprat » aujourd’hui, un roman de George Sand que j’aime beaucoup ! « Consuelo » et « La comtesse de Rudolstadt » se trouvent dans ma Pal depuis des années, je regrette de ne pas avoir lu ces romans plus tôt. Ils sont réunis dans un seul volume (Bouquins)dont l’épaisseur m’a sans doute un peu rebutée mais je vais maintenant les mettre en évidence, car ce que tu en dis m’a donné très envie.
    C’est intéressant aussi de constater l’évolution dans l’écriture des billets.
    Merci pour ta participation, bon week-end !

    • J’avoue que j’ai moins accroché à Mauprat, mais je ne l’ai peut-être pas lu au bon moment. Ne te laisse pas intimider par le nombre de pages de Consuelo. L’aventure vaut vraiment l’experience.

  2. J’ai lu Consuelo (ça m’a demandé un certain temps) et j’avais beaucoup aimé. Grande place de la musique, du romantisme avec ce château en Bohème… la suite m’attend encore.

    • La Comtesse de Rudolstadt est d’une tonalité différente – c’est normal pour un roman musical comme Consuelo, mais tout aussi passionnant que le premier volume.

  3. je n’ai quasiment rien lu de George Sand en dehors de sa correspondance
    j’ai un énorme retard à rattraper
    je lis en ce moment un essai très intéressant de Michèle Perrot sur Nohant, tout à fait intéressant
    je crois que la femme libre m’intéresse plus que l’auteure

    • L’auteure est passionnante aussi. Surtout qu’elle a écrit beaucoup de choses très différentes finalement. Consuelo est peut-être un peu long pour un début, mais on trouve aussi plein de petits textes charmants et pleins d’ironie.

  4. J’ai lu tout ce gros roman il y a des décennies, mais le souvenir est vif, alors, le relire? Je comprends qu’il fasse partie des lectures aimées et marquantes

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