A la disparition de sa mère, un homme, un japonais découvre dans une boite en laque de vieilles photographies et des cartes postales peintes, des cartes qui lui parlent de sa mère et de son grand-père, qui fut peintre jadis à Venise. Pour tâcher d’en savoir plus, il décide de rejoindre la ville lagunaire. Un voyage à Venise commence, une déambulation dans la Sérénissime, qui est aussi une quête d’identité.

Le carnet de voyage de Jirô Taniguchi est le complément idéal de quiconque aime se promener dans Venise. Sous le prétexte de cette histoire d’un homme qui cherche à Venise des traces de son grand-père, c’est-à-dire au fond dans une certaine mesure de lui-même, le grand mangaka offre ce qu’il sait le mieux faire : le récit imagé d’une déambulation, présence fluide d’un homme parmi les lieux qu’il habite de sa nostalgie. C’était une manière déjà illustrée avec brio dans le (superbe) Homme qui marche ou dans Le gourmet solitaire. D ‘une autre façon encore dans Le Sommet des dieux.

Direction, cette fois-ci : Venise. Taniguchi, sans doute, est homme de défi : le superbe traitement des parois du Sommet des dieux (cet alignement étourdissant de petits traits figurant la matière minérale de la montagne), fait place à une figuration vaporeuse, à la fois aérienne et marine, que rend efficacement l’aquarelle. C’est une des difficultés de l’art du carnet de voyage – l’ouvrage a d’abord paru chez Vuitton dans la collection des Carnets de voyage : l’union d’un regard singulier, toujours singulier et d’une technique qui doit savoir aussi se laisser habiter par les lieux, modifier sous l’effet de ce qui est vécu, perçu. Cette Venise de manga est surprenante au début. Mais résout à sa manière le problème difficile de représenter une ville déjà représentée des millions de fois en intégrant justement le point de vue singulier, situé du narrateur : un touriste japonais, à la recherche de son passé. Le style du dessin, avec ses japonismes, est une belle illustration du regard que chacun pose sur les choses : regard disposé, structuré selon un univers mental, attention à des détails souvent minimes qui suffisent à composer un décor, personnel, intime, unique.

Et puis il y a aussi dans ce livre, tout ce que j’aime de Venise, ou plutôt ces Venises qui composent la ville, caléidoscope de lieux plus ou moins connus, de l’attroupement et de l’affolement des ruelles autour de San Marco au pré bordant la station de vaporetto de S.Elena, où on se retrouve le soir, le week-end pour des parties de foot improvisées, l’entrée massive de l’Arsenal soulignée par la présence presque fragile d’un pont de bois qui franchit la voie d’eau qui y mène, certains canaux passant entre deux lignes de palais comme un torrent apaisé au fond d’une gorge, cette présence marine de l’atmosphère qui donne à tout ce que le regard touche cet air si particulier, parfois un peu sableux, presque lavé.

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