Sharpe (Tom), Wilt 2
Désormais père d’ « adorables » quadruplées, Henry Wilt a pris du galon et exerce comme directeur du département de culture générale dans l’établissement technique supérieur où il est embauché. Un directeur qui ne dirige pas grand chose en fait. Entre des enseignants difficiles à contenir, des injonctions politiques impossibles à accorder à la réalité du terrain et une famille débordante de vitalité, Wilt a trouvé un équilibre, fragile, qu’il fortifie ordinairement par un excès de bière et des rentrées tardives chez lui. Mais voici que sa femme, une imposante matrone dont la dernière lubie va à la recherche d’un mode de vie plus écologique, s’est mise dans la tête de louer le dernier étage de leur demeure à une jeune étudiante allemande. L’arrivée de la belle et désirable Gudrun Schautz ne va pas aller sans quelques désordres nouveaux…

Après les grands élans du coeur et les descriptions d’une nature sublime par quoi j’ai commencé ce mois anglais, il me fallait quelque chose de plus léger. J’ai choisi de me replonger dans les aventures d’Henry Wilt, découvertes il y a deux ans, et c’est avec un plaisir toujours aussi grand, que j’ai retrouvé le cours loufoque de la vie de ce personnage décapant.

Wilt est l’incarnation de l’anglais moyen. Commun, un brin conservateur, moyen en tout, soumis à sa femme, une furie déraisonnable, et à ses enfants, quatre abominables petites pestes mal élevées, toujours débordé par des situations professionnelles et familiales qu’il ne contrôle pas, il cultive les passions, mais sans excès (un brin misogyne, tranquillement xénophobe, gentiment cinglé, méprisant sans la haïr la jeunesse à laquelle il enseigne), sauf peut-être dans le domaine de la boisson, qu’il consomme sans modération. Mais c’est un catalyseur (de malheurs) et un révélateur (de la folie ambiante): autour de lui s’agitent de vrais fous, des racistes débiles, des dégénérés homophobes, des gauchistes en mal d’expériences révolutionnaires ou de dangereux terroristes. On se demande comment tout cela tient ensemble, mais c’est le talent de Tom Sharpe que de le faire tenir, grâce à un humour (quelque chose entre les Monty Python et Mr Bean) qui part dans tous les sens.

Se situant volontiers au-dessous de la ceinture, ce deuxième volume de Wilt multiplie les allusions grivoises. Les mésaventures du pénis d’Henry Wilt, écorché un soir d’ivresse dans un buisson de roses, cèdent cependant assez vite la place au récit loufoque et enlevé de l’assaut organisé par la police afin de délivrer la maison familiale tenue par de dangereux terroristes. Le personnage haut en couleur de Mrs de Frackas, une vieille anglaise ayant vécu dans les Colonies du temps de l’Empire, ajoute sa note hilarante à ce récit, peut-être un peu moins satirique que le précédent, mais dans lequel les institutions en prennent néanmoins copieusement pour leur grade: hôpital, école, armée, police. Bref, c’est toujours aussi drôle.

Un petit bijou d’humour anglais décapant.

 

 

LC - le mois anglais

 

21 Comments on Tom SHARPE: Wilt 2

  1. J’ai Wilt 1 dans ma PAL depuis un moment grâce à un cadeau mais je dois reconnaître que c’est exactement le genre de bouquin qui ne m’attire pas du tout. Trop lourd pour moi, je crois. Du coup, ça ne m’amuse pas.

    • Tu devrais essayer quand même. C’est assez difficile de faire comprendre le cocktail détonnant inventé par Tom Sharpe. C’est en fait moins lourd que complètement burlesque.

  2. Je n’ai pas tellement avancé dans la vie de Wilt et pourtant j’avais aimé le premier volet. Ton billet me rappelle que c’est vraiment le genre d’humour que j’apprécie et qu’il faudrait que je retourne rendre viste à Wilt.

    • Je ne sais pas si toute la série est du même niveau, mais pour l’instant c’est du grand burlesque. J’essaierai de ne pas trop attendre avant de commencer le troisième volume.

  3. Beaucoup aimé le premier tome, lu il y a des années. Depuis, je n’ai pas repiqué au truc, par crainte d’être un peu déçue mais ça n’a pas l’air d’avoir été ton cas (même si tu l’as trouvé un peu moins satirique que le précédent .

    • Ce deuxième volume vaut vraiment le coup, si tu veux passer un bon moment, avec en prime un bon fou rire ou deux. J’espère que la suite est du même niveau.

    • Si tu as aimé le premier, je suis sûr que tu vas aimer la suite. Je n’ai pas l’intégrale, mais cinq petits volumes posés sur leur étagère : Wilt 1, 2, 3, 4, 5 – c’est joli aussi ☺

  4. A une époque, Wilt 1 était placé haut dans ma LAL. Et puis je me suis lassée un peu de cet humour anglais assez typique. Enfin, lassée, non, mais j’avais envie d’explorer d’autres choses. Depuis, le temps a passé, alors je crois que je pourrais maintenant y revenir avec plaisir.

    • Ce que j’aime dans cet humour, c’est que ce n’est pas que gratuit. Tom Sharpe met le doigt, en s’en amusant, sur tous les petits disfonctionnements de la société anglaise des années 1970-80, et cela reste assez actuel.

        • Je note Coe également, qu’il faudra que je finisse par découvrir, mais ce sera sans doute pour l’édition 2016 du mois anglais 🙂

          • Je n’avais pas tellement apprécié Coe personnellement mais c’est un bon écrivain, en toute objectivité. Au fait, cette histoire de terroristes me fait penser à un film anglais sorti il y a quelques années qui mettait en scène de jeunes djihadistes complètement foireux et à côté de la plaque, qui rataient tous leurs attentats. Nous faire rire du terrorisme, il n’y a que les Anglais pour ça !

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