Zola--Emile---Nouvelles-roses.jpg« Il y a près de deux ans, je filais à bicyclette par un chemin désert, du côté d’Orgeval, au-dessus de Poissy, lorsque la brusque apparition d’une propriété, au bord de la route, me surprit tellement, que je sautai de la machine pour la mieux voir. C’était, sous le ciel gris de novembre, dans le vent froid qui balayait les feuilles mortes, une maison de briques, sans grand caractère, au milieu d’un vaste jardin, planté de vieux arbres. Mais ce qui la rendait extraordinaire, d’une étrangeté farouche qui serrait le coeur, c’était l’affreux abandon dans lequel elle se trouvait. Et, comme un vantail de la grille était arraché, comme un immense écriteau, déteint par les pluies, annonçait que la propriété était à vendre, j’entrai dans le jardin, cédant à une curiosité mêlée d’angoisse et de malaise. »…

D’Emile Zola, on connaît bien entendu Les Rougon-Macquart, l’oeuvre colossale en vingt volumes, peut-être un ou deux romans de jeunesse, parfois la série des Trois villes ou la série, inachevée, des Quatre Evangiles, et, dans la forme courte, les Contes à Ninon. Mais on oublie que Zola a aussi été l’auteur d’un certain nombre de nouvelles, parfois fantastiques, dont cette Maison hantée, curiosité que j’ai débusqué au fond de ma bibliothèque pour ce rendez-vous Maisons hantées du challenge Halloween. Au centre du récit, une maison, La Sauvagière, dont le narrateur fait la découverte au hasard d’une promenade en bicyclette. Une maison abandonnée, décrite dans des termes qui donnent le frisson. L’art de la description conduit ici par l’un des maîtres du genre a cet étrange pouvoir de suggestion que donne aux meilleurs récits fantastiques – en tout cas ceux qui retiennent mon attention – une langue précise, détaillée, réaliste. Le meilleur fantastique se nourrit du goût du détail vrai. Et en l’occurrence, avec Zola, ici on est servi.

L’histoire elle-même est assez simple. Il est question d’une petite fille, morte peut-être de mauvais traitements, mais plusieurs versions de sa mort coexistent – autre dispositif narratif pertinent. De ces versions concurrentes d’une disparition qu’on devine douloureuse, peut-être criminelle naît cette part d’inconnu nécessaire à faire prospérer le sentiment diffus d’angoisse nécessaire au récit. La chute décevra peut-être. Mais le retour à la normalité, trop brutal (je ne vous révèle pas tout), n’est pas inintéressant non plus. Il interroge en tout cas le statut des fantômes: cessent-on de les entendre quand ils ont cessé d’hanter un lieu ou bien leur présence n’est-elle que la manifestation de notre capacité à ressentir leur présence?

Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

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11 Comments on Emile ZOLA: Angeline ou La maison hantée

  1. Intéressant, ce passage de Zola dans le fantastique. Ayant fini de lire les Rougon-Macquart cet été, je compte dans un futur proche (?) lire les trois villes puis ses nouvelles et ça me rassure de
    savoir qu’il a pu changer de style.

  2. @Urgonthe: je suis en train de finir L’Oeuvre. Je ne suis donc pas aussi avancé que toi. Mais j’ai aussi ses autres livres à mon programme de lecture. Seulement, pas
    trop vite: un à deux Zola par an est un rythme qui me convient bien.

  3. De Zola je ne connais en effet que les Rougon-Macquart… Et encore, je n’en ai lu qu’un seul (pour le bac). Cependant Zola est un auteur à découvrir 🙂

  4. @Mrs Figg: c’est ce que j’aime le plus dans les blogs de lecture, la possibilité de faire des découvertes. J’espère que ce Zola te plaira.

  5. Je suis au courant 😉 Je fais la même chose, mais je suis très loin derrière (et tant mieux, j’ai plein de belles découvertes devant moi comme ça !).

  6. @Lilly: je suis un peu en panne dans mes lectures de Zola en ce moment, et tu ne vas pas tarder à me dépasser sans doute :-)… C’est un plaisir en tout cas de lire tes billets.

  7. @Maggie: le recueil est vraiment intéressant.  Il ne s’agit pas de nouvelles de jeunesse, les plus connues (les Contes à Ninon), mais de textes contemporains, voire
    postérieurs à la composition des Rougon-Macquart, et cela donne un joli témoignage sur la palette des talents de Zola.

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