Söderberg (Hjalmar), Docteur GlasStockholm. 1905. Le docteur Glas conduit bourgeoisement sa vie, entre ses consultations et ses fréquentations en ville. Tous les jours, cet homme sensible, généreux rédige son carnet intime. Lorsque Helga, la femme du pasteur Gregorius, se présente dans son cabinet pour lui confier quelques secrets intimes et lui demande de la secourir, le docteur Glas va prendre fait et cause pour sa fragile patiente. D’autant qu’Helga est charmante, et que le docteur n’est pas indifférent au droit proclamé par la jeune femme d’aimer comme elle le souhaite…

 

J’ai découvert ce texte et cet auteur (considérés comme majeurs en Suède) grâce à l’adaptation de John Paval, à Avignon, qui incarne un docteur Glas romantique et sensible, capable de jouer de tous les registres : un doigt d’humour pince-sans-rire, une formidable aspiration à aimer, l’expression d’une âme tourmentée, ou du ravage d’une passion toujours rentrée, à fleur de peau – mélange très scandinave donc. Sofia Efraimson, très belle, un peu fragile sur scène, campe cependant aussi avec beaucoup de détermination la revendication d’Helga à être maîtresse de son amour. Tous les deux forment un couple fascinant, avec leur accent venu du nord, les mots suédois même que parfois ils susurrent sur scène, entre deux répliques en français, l’importance qu’ils savent donner aux non-dits dans une conversation qui se développe sur le mode de la confidence. Bref un des beaux moments de théâtre, selon moi, de ce festival off 2013.

 

Le texte lui-même de Hjalmar Söderberg est bouleversant et très moderne pour l’époque : un docteur comme il faut, qui cultive son besoin d’amour dans l’intimité d’une vie solitaire et une certaine forme d’inaction, se trouve placé devant un « cas » qui l’oblige à prendre position. Un jour, Helga, la femme du pasteur Gregorius, lui confie à quels appétits sexuels de son mari, dont l’intimité la dégoûte, elle doit répondre tous les soirs ; Helga, qui a épousé le pasteur sans amour, est tombée amoureuse d’un autre. Et elle demande au docteur de lui venir en aide, en lui inventant une maladie qui interdirait tout commerce entre elle et son mari. Cédant d’abord au besoin de protection, puis à l’amour qu’il ne tarde pas d’éprouver pour sa jeune patiente, le docteur Glas s’interpose entre Helga et le pasteur, jusqu’à commettre l’irréparable pour mettre définitivement Helga à l’abri de la bestialité de son époux. Certes, le pasteur Gregorius est un être abject, puritain, grossier envers sa femme, qui confond la défense de ce qu’il appelle « ses droits » conjugaux et le catéchisme, et menace Helga de l’enfer si elle refuse de se donner à lui. Par petites touches, Hjalmar Söderberg traite d’un sujet grave : celui du droit que les femmes ont sur leur propre corps et de la question du viol à l’intérieur du mariage. Mais la position du docteur Glas, qui pousse la défense du droit à l’amour jusqu’à se faire l’assassin du pasteur Gregorius, n’est pas non plus une position soutenable. Après son crime, il se retrouve plus seul qu’avant, condamné à garder pour lui la confession de son amour pour celle dont il a cherché à abréger le martyre.

 

 

Festival OFF d’Avignon

Espace Roseau du 8 au 31 juillet 2013 à 13h30

Compagnie des Etoiles du Nord

Avec: Sofia Maria Efraimsson, John Paval
Metteur en scène : Hélène Darche
Régisseur : Arnaud Bouvet

 

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