Lélie aime Célie, la belle esclave que possède le vieux Trufaldin et qu’il voudrait lui racheter pour lui offrir le mariage. Mais il est sans le sou, à cause de son père, Pandolfe, qui se montre particulièrement jaloux de sa bourse, et a prévu d’ailleurs pour son fils un autre mariage, avec Hyppolite, qui aime Léandre, le rival de Lélie. Le valet de Lélie, Mascarille, est mis sur l’affaire: à lui de trouver le moyen de se procurer l’argent qui permettra à son maître de s’attacher Célie et de damner le pion à tous ses rivaux. Mais les maladresses du jeune homme vont donner bien des difficultés à l’ingénieux Mascarille…


Un rythme endiablé

Ramené dans ses bagages de province, cette pièce dont la reprise est jouée à Paris en 1658 est la première véritable comédie de Molière. Si ce n’est pas encore le grand artiste du Misanthrope ou des Fourberies de Scapin, sûr de sa méthode et capable d’éblouissantes profondeurs, on s’étonne cependant de trouver dans le Molière de cette époque notre auteur pour ainsi dire déjà tout constitué. Le théâtre de Molière, c’est d’abord en effet un rythme, endiablé, une verve entraînante qui fait surgir et rebondir l’action. Molière en donnera sans doute le chef d’oeuvre dans son Dom Juan. Mais cette série de contre-temps (dix en tout), qui font le sous-titre de la comédie, suite aux interventions maladroites de Lélie, l’Etourdi qui est à la fois le titre et le sujet de l’action, confère à l’ensemble une force panique, une manière de comique à la fois destructeur et un peu inquiétant, vu la persévérance que met le personnage principal à défaire ce que son valet construit pour lui, laissant déjà entrevoir le profil d’un personnage qui n’existe véritablement que dans son fantasme. C’est aussi le moyen pour Molière, au cours de scènes qui sont comme des numéros, de pratiquer plusieurs genre, de la farce au roman, mais réunis, unifiés par la puissance désacralisante du comique.


La langue parlée et les usages de l’argent

Le théâtre de Molière, ce sont ensuite des mots, qui ne sont pas des mots d’écrivains, mais la langue parlée telle que la connaît un comédien qui a appris à maîtriser l’art de l’improvisation, qui est attentif à ne pas tout donner de lui-même, mais, une situation étant posée, à faire pour ainsi dire sourdre la parole des personnages, laisser parler les figures qu’on campe. Il y a enfin une véritable unité thématique. Une analyse des rôles et fonction de l’argent, par exemple, qui ferait la part belle évidemment à L’Avare, ne saurait négliger cependant cet Etourdi qui offre sur le sujet quelques saillies mémorables.

 

(PS: vous l’aurez remarqué, je me suis essayé à quelques nouveautés dans la présentation de cette page, quelque chose comme une petite remise en forme- même si cela ne fidélise pas trop le « client « de changer ainsi en permanence de « charte graphique », comme le disent les spécialistes du marketing: après le chemin courant au bord de la Weser et le pont jeté entre deux rives d’un canal à Kassel, ce sont tout simplement les fleurs de mon balcon; ce n’est peut-être pas tout à fait de saison, mais quitte à se replier sur son chez soi, autant qu’on y respire  une odeur gaie – et c’est peut-être un peu trop tôt pour  le sapin et les marrons chauds, d’autant qu’avec la douceur qui règne… Pour le côté grandes aventures, le nouvel avatar qui figure en haut à droite: tout simplement une reprise de la gravure de Doré représentant le Chat botté)

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