Mois : novembre 2009

Elizabeth VON ARNIM: Vera

Lucy a rencontré Everard Wemys le jour de la mort de son père. Veuf de Vera, qui s’est tuée à la suite d’un accident idiot, l’homme est de vingt ans l’aîné de la jeune femme. Dans les bras l’un de l’autre, ils vont oublier leur peine. Pourtant, l’empressement d’Everard donne à songer. Lucy s’entête à ne pas vouloir voir certains défauts de son fiancé. Et comment considérer les bruits qui ont couru: que la mort de Vera ne serait pas accidentelle?

 

Mystères et suspense.

Ce sont curieusement les mêmes procédés, qui faisaient tant rire dans d’autres livres tels quAvril enchanté, qu’Elizabeth von Arnim emploie ici, mais au service d’un récit à suspense. Qui est vraiment Everard Wemys? Et que penser des véritables causes de la mort de sa précédente femme? A cette deuxième question, il ne sera jamais répondu, sinon au moyen de quelques indices – l’inspection par Lucy, une fois mariée, de la bibliothèque de Vera, montre un goût prononcé pour les histoires de mort et les récits de voyage; le renvoi d’une domestique en service au moment du drame, la même peut-être qui a répandue la version d’un suicide, donne à songer. Au lecteur de choisir sa version des faits, celle qui lui convient le mieux, en fonction du portrait d’Everard Wemys à quoi est véritablement consacré le roman.

 

Trouvant par cette fin ouverte le moyen d’atteindre encore plus le lecteur dans ses certitudes, Elizabeth von Arnim signe donc ici un étonnant récit en particulier par le fait que nous ne savons jamais comment nommer le genre auquel appartient ce roman: du roman psychologique et d’aventures sentimentales au thriller, toutes les lectures sont possibles. Elles vont se présenter une à une à mesure que, découvrant la véritable nature d’Everard Wemys, le lecteur apprend à mettre à distance la version officielle des événements.

 

Un humour inquiétant

L’illusion dans laquelle sont les êtres humains de la nature et des motivations des autres, leur capacité à s’illusionner eux-mêmes est décidément le trait dominant des romans d’Elisabeth von Arnim. Il trouve ici ou là encore à nous faire rire. Mais c’est un rire à double face, teinté d’inquiétude, comme le respect qu’éprouve Everard pour la photographie de son père, qui trône en face de celle de Vera dans sa maison de campagne, laissant apparaître un homme dur, égoïste, le portrait en plus vieux d’Everard: cette fascination pour le portrait du père est-elle seulement ridicule ou bien doit-on trouver dans ce qu’il indique une sorte de miroir, une anticipation de ce que sera la figure d’un Everard vieillissant, transformé en un patriarche, rendu à sa nature tyrannique? L’essentiel de ce que raconte Elizabeth von Arnim est là: dans ces motivations inconscientes, cette réduction à quelques motifs des personnages. Lucy est une jeune femme, presque encore une jeune fille qui cherche à la fois son émancipation et un substitut à son père dans le visage d’un Everard paternel, bedonnant, plus vieux qu’elle. Everard semble ne pas voir en Lucy autre chose qu’une enfant, c’est-à-dire dans son esprit un être qu’on domine, qui ne peut pas refuser votre attention. Et même la belle figure de Mrs Entwhistle, la tante pleine de santé et de bon sens de Lucy, qui devrait servir de contrepoids à la fascination qu’Everard exerce sur sa nièce, ne réussit pas à s’imposer entre les deux amoureux, parce qu’elle est vieille fille, qu’elle ignore au fond ce dont il s’agit entre deux personnes qui s’aiment, et doute de son bon sens en la matière. Au dessus de tous ces personnages trône la figure de Vera, que personne ne parvient à oublier, sinon son mari, source permanente du malaise qu’entretient le roman.

> Bibliographie d’Elizabeth von Arnim

Tag: sept choses que j’aime faire

Romanza m’a tagué. Je dois citer sept choses que j’aime faire. Alors voilà:


Lire.


Voyager, explorer ciel et terre, visiter des musées.



Boire du thé.



Ecouter de la musique, en particulier de la musique de chambre, des quatuors, mieux: les quatuors de Beethoven ou de Haydn, ou du Chopin.



Lire des polars italiens en écoutant Paolo Conte.



Cuisiner.



Faire du velo le long des rivières françaises ou sur les routes allemandes, en rêvant un jour de traverser l’Europe.



… et un peu de chacun des sept péchés capitaux!















Je tague à mon tour Allie, Canthilde et Lilly

 

Hans Christian ANDERSEN: Contes racontés pour des enfants, 1835-1842

Trois chiens aux yeux gros comme des soucoupes, des roues de moulins, une tour fortifiée. Une princesse délicate qui ne dort pas de toute la nuit à cause d’un méchant pois qu’on placé sous ses matelas. La Petite Sirène. Un empereur vêtu de rien. Le vaillant petit soldat. Un elfe qui habite dans une rose et est témoin d’une abominable décapitation. Ce sont quelques unes des 19 histoires qui constituent les premiers cahiers des contes d’Andersen, publiés par l’auteur entre 1835 et 1842 sous le titre des Contes racontés pour des enfants.


Après Grimm cet été, je ne pouvais pas faire moins que me replonger dans les Contes d’Andersen, en cette saison où l’annonce des rigueurs hivernales portent ordinairement mes envies de lecteurs vers l’Europe du nord. J’ai dans ma bibliothèque l’édition intégrale des Contes et Histoires que La Pochothèque a publié il y a quelques années et que j’avais acheté alors, preuve sans doute que ce désir de conte est une histoire plus longue qu’il ne parait.


Des contes du Danemark
   

Le cadre réaliste de chacune de ces histoires est le premier caractère qui retient l’attention. Ce sont d’abord des contes danois, même si Andersen invente la plupart, qui se déroulent donc dans le cadre de la nature et de la ville danoises, renvoient à des perceptions danoises. A la différence des frères Grimm chez lesquels il n’y a d’allemand que l’imaginaire populaire qui a produit les contes, ou est censé les avoir produits, chez Andersen, c’est comme une connivence qui s’établit entre l’auteur et les lecteurs autour de références communes, des sensations et gestes de la vie quotidienne, des lieux et monuments de Copenhague, une façon particulière de vivre la nature, et jusqu’aux petits objets d’une maison, couverts, brocs, soupières, poupées, soldats de plomb, fleurs qui trouvent à s’animer sous la plume du conteur. Même les expéditions dépaysantes, la découverte des lointains sont produit à partir d’un cadre danois: les récits de voyage des grands explorateurs qui ramenèrent de leur découverte du monde des livres qui sont restés importants dans la littérature du Danemark.


Les contes d’un écrivain
   

Le génie d’Andersen naît d’abord de la formule qu’il élabore dans ces années 1835-1842: inventer une langue écrite qui mime l’oralité – non pas l’oralité d’un pseudo-narrateur populaire, disant le fond commun d’une culture primitive élaborée collectivement, mais d’un conteur qui se pose d’abord comme un individu, comme un écrivain. On oublie souvent qu’à côté de ses Contes, dont la publication accompagna sa carrière, du début à la fin, Andersen est l’auteur d’une oeuvre littéraire importante, bien que d’inégale valeur: six romans, une trentaine de pièces de théâtre, trois textes autobiographiques, des récits de voyage. Ce n’est pas un historien de la culture et de la langue, un bibliothécaire, un juriste ou un grammairien comme le sont les frères Grimm, mais d’abord un écrivain. Il en ressort à la fois la volonté de trouver dans le conte une forme universelle du récit, qui le conduira peu à peu à ne pas limiter son audience à celle du public habituel de la littérature enfantine. Surtout, cela conduit à une pratique d’écrivain qui n’est pas sans rapport avec l’écriture de certains des grands romantiques allemands auteurs de contes (Tieck, Eichendorff, Hoffmann, etc…): le conte merveilleux embrasse d’autres genres vers lesquels il fait signe, le roman, la satire, le récit d’exploration. Souvent le conte d’ailleurs n’est qu’un prétexte à une exploration encyclopédique: fleurs (Les Fleurs de la petite Ida), objets de la maison (La malle volante), géographie (le récit des vents dans Le Jardin du Paradis), etc. L’humour, l’ironie, présents partout, même dans la description d’un bouquet de fleurs qui manque d’eau, l’habileté à croquer les formes quotidiennes, presque innocentes de la brutalité humaine (l’oiseau que des enfants laisse mourir de soif dans La Pâquerette), le retour obsédant d’un imaginaire macabre (la mort qui tire la leçon de l’histoire à la fin du Jardin du Paradis, le petit enfant mort à la fin des Cigognes, l’abominable vision de la tête de l’amant assassiné que sa fiancé conserve dans un pot et qui sert d’engrais à la fleur dans L’Elfe de la rose) en font aussi un moraliste, conscient des limites de la forme qu’il pratique, comme dans ces histoires (La Princesse sur le pois) qui sont une relecture ironique et critique d’un conte populaire, ou même ces contes dans le conte, comme celui de La Malle volante où l’auteur s’amuse à parodier ses procédés: « Au bord de la Baltique, près des hêtres danois… – Voilà qui commence bien! Dirent toutes les assiettes, cette histoire va certainement me plaire. »

 

Elizabeth VON ARNIM: Christopher et Colombus

Elles se sont surnommées Christopher et Colombus sur le bateau qui les amène en Amérique. Nous sommes au beau milieu de la Première Guerre Mondiale. Les deux Anna, Anna-Rose et Anna-Felicitas, sont deux orphelines. Jumelles, mêmes si elles ne se ressemblent pas, filles d’une mère anglaise et d’un père allemand, et pour cela rejetées partout, elles partent de l’autre côté de l’Atlantique pour tâcher d’y faire leur vie. De New-York à la Californie, leur épopée comique est le prétexte d’une charge divertissante contre les préjugés des bien pensants…

 

Moins solaire qu’Avril enchanté, même si le soleil de la Californie brille sur près de la moitié du livre, Christopher et Colombus reste cependant un roman amusant, qui n’est par dépourvu de quelques longueurs, mais qui sait trouver dans le duo des deux jumelles von Twinkler et la franchise de leurs réparties un vrai ressort comique digne de la comédie hollywoodienne. Peut-être est-ce le décor de la Californie, mais on ne peut pas s’empêcher à la lecture de ce livre de se constituer pour ainsi dire son propre casting où les Cary Grant et autres de la grande époque viendraient prendre les rôles des personnages du roman. Mr Twist, leur chaperon rencontré sur le bateau, qui a fait fortune grâce à l’invention révolutionnaire d’une théière qui ne goûte pas, joue un nigaud désopilant qui ne parvient qu’à la fin du roman à comprendre la véritable nature de ses sentiments à l’égard des deux soeurs. Et certaines scènes sont des moments d’anthologie: l’ignorance dans laquelle sont les jumelles des usages du monde dans le bateau qui les conduit en Amérique, l’arrivée chez un ami de leur oncle qui doit les héberger, mais se révèle un coureur invétéré que sa femme vient juste de quitter, la visite à Mrs Twist dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre puritaine, la description non moins très comme il faut des clients des hôtels chic d’Acapulco. Mais je n’y ai pas retrouvé le rythme, la maîtrise technique, l’effet d’ambiance d’Avril enchanté. Le comique lui même est différent, à la fois plus caustique, critique, se concentrant dans des mots d’auteurs, des réparties cinglantes ou d’une franchise désopilante.

> Bibliographie d’Elizabeth von Arnim

MOLIERE: L’Etourdi, ou les contre-temps

Lélie aime Célie, la belle esclave que possède le vieux Trufaldin et qu’il voudrait lui racheter pour lui offrir le mariage. Mais il est sans le sou, à cause de son père, Pandolfe, qui se montre particulièrement jaloux de sa bourse, et a prévu d’ailleurs pour son fils un autre mariage, avec Hyppolite, qui aime Léandre, le rival de Lélie. Le valet de Lélie, Mascarille, est mis sur l’affaire: à lui de trouver le moyen de se procurer l’argent qui permettra à son maître de s’attacher Célie et de damner le pion à tous ses rivaux. Mais les maladresses du jeune homme vont donner bien des difficultés à l’ingénieux Mascarille…


Un rythme endiablé

Ramené dans ses bagages de province, cette pièce dont la reprise est jouée à Paris en 1658 est la première véritable comédie de Molière. Si ce n’est pas encore le grand artiste du Misanthrope ou des Fourberies de Scapin, sûr de sa méthode et capable d’éblouissantes profondeurs, on s’étonne cependant de trouver dans le Molière de cette époque notre auteur pour ainsi dire déjà tout constitué. Le théâtre de Molière, c’est d’abord en effet un rythme, endiablé, une verve entraînante qui fait surgir et rebondir l’action. Molière en donnera sans doute le chef d’oeuvre dans son Dom Juan. Mais cette série de contre-temps (dix en tout), qui font le sous-titre de la comédie, suite aux interventions maladroites de Lélie, l’Etourdi qui est à la fois le titre et le sujet de l’action, confère à l’ensemble une force panique, une manière de comique à la fois destructeur et un peu inquiétant, vu la persévérance que met le personnage principal à défaire ce que son valet construit pour lui, laissant déjà entrevoir le profil d’un personnage qui n’existe véritablement que dans son fantasme. C’est aussi le moyen pour Molière, au cours de scènes qui sont comme des numéros, de pratiquer plusieurs genre, de la farce au roman, mais réunis, unifiés par la puissance désacralisante du comique.


La langue parlée et les usages de l’argent

Le théâtre de Molière, ce sont ensuite des mots, qui ne sont pas des mots d’écrivains, mais la langue parlée telle que la connaît un comédien qui a appris à maîtriser l’art de l’improvisation, qui est attentif à ne pas tout donner de lui-même, mais, une situation étant posée, à faire pour ainsi dire sourdre la parole des personnages, laisser parler les figures qu’on campe. Il y a enfin une véritable unité thématique. Une analyse des rôles et fonction de l’argent, par exemple, qui ferait la part belle évidemment à L’Avare, ne saurait négliger cependant cet Etourdi qui offre sur le sujet quelques saillies mémorables.

 

(PS: vous l’aurez remarqué, je me suis essayé à quelques nouveautés dans la présentation de cette page, quelque chose comme une petite remise en forme- même si cela ne fidélise pas trop le « client « de changer ainsi en permanence de « charte graphique », comme le disent les spécialistes du marketing: après le chemin courant au bord de la Weser et le pont jeté entre deux rives d’un canal à Kassel, ce sont tout simplement les fleurs de mon balcon; ce n’est peut-être pas tout à fait de saison, mais quitte à se replier sur son chez soi, autant qu’on y respire  une odeur gaie – et c’est peut-être un peu trop tôt pour  le sapin et les marrons chauds, d’autant qu’avec la douceur qui règne… Pour le côté grandes aventures, le nouvel avatar qui figure en haut à droite: tout simplement une reprise de la gravure de Doré représentant le Chat botté)

J’aime les classiques

Après mon pitoyable challenge ABC 2008, 2009 aura été une année sans défis, à part la lecture commune du blogoclub, dont j’ai été absent cependant des deux dernières éditions, pour des raisons qui tiennent à la fois à moi et à d’autres que moi: impossible de mettre la main cet été sur le livre de Jacques Poulin; quant à Boris Vian, que j’ai adoré lire entre 15 et 17 ans, je préfère après plusieurs mauvaises expériences tentées en la matière, ne pas le rappeler  des souvenirs heureux où se trouvent les auteurs qui ont enchanté mon adolescence en risquant de découvrir que j’avais bien peu de raisons de l’estimer autant.

Voici 2010 qui s’annonce, et c’est déjà le troisième défi auquel je m’inscris – histoire de me forcer un peu la main, ce blog souffrant pour ainsi dire structurellement de mon incapacité à tenir à jour mes billets.  « J’aime les classiques », ce troisième défi, lancé par Marie L, j’y participais déjà au fond sans le savoir. Je copie les règles de son blog:

Le Défi: J’aime les Classiques!

L’objectif: lire un Classique par mois
Sont acceptés: les recueils de nouvelles, le théâtre, les romans, la poésie.
« Couverture temporelle »: de l’Antiquité à 1960.
« Couverture spatiale »: l’Europe (Russie inclue!) et la littérature francophone (Québec, Maghreb).

Le principe:
1/ Vous choisissez un « Classique » (et vous le lisez!).
2/ Vous me signalez votre choix en commentaire (sur ce billet) ou par mail au cours du mois.
NB: si vous souhaitez participer de façon ponctuelle, ce n’est pas un souci!
3/ Vous écrivez un billet sur votre lecture et le publiez la dernière semaine du mois. (Pas de date fixe imposée)
4/ Au cours de cette même semaine, je publie la liste de vos Classiques et les liens vers vos billets.

Le défi commencera en décembre! Et se poursuivre jusqu’à Décembre 2010…

MOLIERE: Le Médecin volant

Deuxième rescapé de la longue tournée en province, avant que Molière ne soit vraiment Molière, Le Médecin volant brode sur un argument traditionnel de la comédie italienne: Lucile aime Valère, mais son père, Gorgibus, cherche à la marier à un autre. Pour repousser le mariage, Lucile feint donc d’être malade. Sganarelle, le valet de Valère, s’introduit auprès de la jeune femme, vêtu en faux médecin. Mais le bourgeois le rencontre bientôt, sans son habit de médecin. Pour continuer à duper le bourgeois, il s’invente un frère jumeau et doit passer rapidement d’un rôle à l’autre.


L’art véritable de Molière dans cette comédie réside sans doute ailleurs que dans le texte, qui n’est en l’occurrence qu’un canevas, comme c’est le cas ordinairement pour la farce, et on enrage, à le lire, en se disant qu’on a perdu à jamais le souvenir de ce qu’était le jeu de Molière, qu’on suppose avoir été un extraordinaire Sganarelle. Il n’empêche que la satire des médecins est plutôt drôle et dans le goût des développements futurs, par exemple du Malade imaginaire. Mais ce n’est qu’un canevas, dont la lecture se révèle finalement aussi frustrante que serait par exemple devoir s’en tenir à la lecture des scénarii des courts métrages de Chaplin pour approcher l’oeuvre future.

 

Elizabeth VON ARNIM: Avril enchanté

Dans le Londres pluvieux du mois de mars, une annonce vient éveiller la curiosité de deux jeunes femmes, Mrs Wilkins et Mrs Arbuthnot, qui fréquentent le même club, mais ne se connaissent pas: un château à louer sur la côte ligure, en Italie. Sur une impulsion, elles décident de prendre sur leurs économies et de s’offrir des vacances. Bientôt, pour rentabiliser l’entreprise, elles s’adjoignent lady Caroline et Mrs Fischer, choisies par le biais d’une annonce. Avec le premier avril, les vacances commencent, un mois de séjour en Italie. C’est cette équipe hétéroclite qui débarque dans le lieu enchanteur de San Salvatore.

 

C’est un des livres les plus drôles que j’ai lu, quelque chose dans le goût de la comédie hollywoodienne des années 30, avec un petit air de Forster et une pincée de Jane Austen en plus. On y lit au passage une très belle évocation de l’Italie et des sentiments qu’elle crée chez le visiteur, cette impression de familiarité immédiate, d’évidence donnée, de retour à soi-même… qui frappe évidemment moins le personnel « autochtone » que nos touristes anglaises.

 

Chacune a ses raisons de quitter la vie londonienne. L’impulsive Lotty Wilkins se lasse de sa vie réglée auprès d’un mari qui ne l’estime plus. Rose Arbuthnot, à force de vivre dans une conception étriquée de la religion, s’est éloignée du sien, qui publie des romans « légers » sous un pseudonyme. Lady Caroline qui aspire à fuir la malédiction de son extraordinaire beauté et ses admirateurs, voudrait pendant un moment qu’on l’oublie. Mrs Fischer cherche un lieu où cultiver le souvenir de ses chers Grands Victoriens disparus. C’est compter sans la magie de San Salvatore. Ce qui n’était au départ que des vacances, un coup de canif pratiqué dans le cours de la vie, va bientôt transformer en profondeur chacun des personnages.

 

Le beau contrepoint des descriptions des jardins ainsi que l’amour à quoi chacune, d’une manière ou d’une autre, est ramenée, définissent le décor enchanteur, mais jamais mièvre, du roman. Car si le texte est limpide, l’ambiance à la comédie légère, un art consommé de la narration confère une véritable profondeur à ce texte: l’exploration psychologique des personnages, l’ironie, les malentendus procèdent d’une technique du point de vue, qui sait faire oublier qu’il est savant, au profit de l’efficacité (et du comique) du récit.

 

La course à la meilleure chambre du château, les malheurs de Lady Caroline, qui ne trouve pas le moyen de rester seule, l’extase de ses admirateurs, la confrontation de l’impulsive Lotty et de Mrs Fischer, toute en raideur victorienne, la scène de la chaudière qui explose et le magnifique malentendu de la fin sur l’identité du mari de Rose sont parmi les grands moments d’un comique qui culmine dans la franche bonne humeur des dernières pages à la manière des meilleurs Boulevards.

 

> Bibliographie d’Elizabeth von Arnim