Lorsque Hortense apprend que son mari s’apprête à rentrer d’Amérique, son monde vacille. C’est que depuis tout ce temps la jeune normande a trouvé dans les bras d’un autre de quoi vivre sa vie. Que ferait-on à sa place? Commence alors un joli récit où la faute semble avoir moins d’importance que la révélation de la faute et où l’on envisage des moyens radicaux d’aménager l’adultère.

J’ai trouvé ce petit récit dans le premier volume des Nouvelles complètes de James en Pléiade, dont je remets depuis trop longtemps la lecture. C’est l’occasion de me lancer dans un nouvel auto-challenge, ces petits défis de lecteur que, comme tout lecteur, je m’amuse à me lancer à moi-même, selon mes désirs. Je sais, je suis loin encore d’avoir achevé celui que j’ai consacré à Zola. Mais Confiance, plus un texte de James trouvé dans Le goût du café m’ont trop donné envie de renouer avec cet auteur. Bref, me voici le nez dans ses nouvelles, et donc, pour commencer, la première d’entre elles.

On considère, sans doute avec justesse, qu’il s’agit d’un texte mineur. Ce n’est pas faux. Et je conseillerai donc à ceux qui n’ont jamais lu James de commencer peut-être par un texte postérieur. Mais ce premier récit, imité de plusieurs exemples français (la notice cite Flaubert ou George Sand) est cependant suffisamment allusif pour que j’y ai trouvé déjà la manière du grand écrivain américain. La chute, mal préparée, à moins qu’elle n’intéresse pas l’auteur, est le produit de coïncidences invraisemblables signalant un écrivain débutant, mais qui a le goût du tragique. J’ai bien apprécié, en revanche, le lent travail d’approche, dans le passage central, où, sous le prétexte d’une petite promenade marine et d’une visite au cimetière qui se trouve sur l’autre rive du port, Hortense mène la conversation, l’air de rien, jusqu’à proposer au marin qui la conduit ce que dans les romans policiers on appelle un « contrat ». Cette rencontre improbable, au milieu de l’eau, d’un marinier brutal et d’une jeune femme de la bonne société liés par l’intérêt d’un marché est du plus bel effet. Il donne l’occasion aussi à Henry James de l’une de ses premières phrases « jamesienne », pourquoi j’aime tellement cet auteur: « Il est des pensées et des sentiments, des esquisses et des préfigurations de pensées, qui nivellent tous les inégalités sociales. ». Délicieuse ironie, digne déjà, par exemple, d’une Jane Austen (clin d’oeil à cet auteur dont on parle beaucoup en ce moment dans les blogs).

6 Comments on Henry JAMES: Une tragédie de l’erreur

  1. j’adore ces challenge
    j’ai aussi commencé les rougon macquart il y a quelques années mais j’ai arrêté ce cycle pour les Nobel de littérature, dont je fais des chroniques (la 3e sur Mistral va paraitre ce soir ou demain);
    James, ce doit être passionnant, surtout en Pléiade, le top de l’édition littéraire.
    Denis

  2. Eh bien moi j’aime Austen ET James, n’en déplaise à certains 🙂 D’ailleurs je ne vois pas en quoi cela serait impossible… ce serait comme le fait de supposer que les admirateurs de Flaubert méprisent toujours Zola ou inverse… bref, je râle, mais il faut dire que Jane Austen et Henry James sont intouchables pour moi, alors en toute objectivité…

    Sinon je n’ai pas vraiment vu de rapport avec Jane Austen (mais en ai-je vraiment vu chez un autre écrivain ? Je ne sais plus, quoi que quand je pense à certains Wharton, je trouve quelques similitudes…). Cette nouvelle est un peu tirée par les cheveux mais j’avoue que la chute m’a amusée malgré tout. Je pense que je vais finalement faire comme toi et présenter les nouvelles une par une, car mon projet de présenter chaque tome est en train de tomber à l’eau !

  3. @Lou: j’ai hâte de lire tes commentaires sur les nouvelles de James. Ma référence à Jane Austen n’était bien sûr qu’un clin d’œil. Mais il y a quand même quelque chose de comparable entre ces deux
    auteurs (qu’on retrouve aussi chez Wharton): cette façon de qualifier de temps en temps – histoire de montrer qu’on n’est pas dupe-, au moyen d’une petite phrase sans concession, le petit jeu des
    apparences sociales auquel, par ailleurs, assez perversement peut-être, ils nous donnent en même temps, par le moyen de leur art, le plaisir de participer. C’est encore le même dispositif que je
    retrouve par exemple chez Proust, ou dans certains films de Visconti.

  4. @Lilly: Je suis d’accord avec toi. Cette manie des éditeurs m’agace aussi. Surtout qu’à ce jeu on est toujours déçu. C’est pourquoi je préfère la lecture des blogs. Je me dis qu’un blogueur (en l’occurrence il s’agit plus souvent d’une blogueuse) avec qui je partage le même goût pour certaines lectures a des chances de me faire découvrir d’autres ivres qu’il (elle) aime et défend.

  5. Je ne sais pas si Austen est intouchable. Personnellement, elle n’est pas mon auteur préféré, mais disons que je suis ennervée de voir son nom placardé partout pour attirer les lecteurs vers d’autres auteurs qui possèdent de très grandes qualités et se suffisent à eux mêmes (il va de soit que je parle des éditeurs et publicitaires, absolument pas de toi, mon premier com était une boutade ;o)).

  6. @Lilly: j’ai l’impression en effet que Jane Austen fait figure d’intouchable. La comparaison aurait sans doute déplu à James lui-même qui n’était pas convaincu par les oeuvres de Jane Austen… ce qui, je m’en rends compte risque encore d’éloigner quelques « austenmaniaques » :o) de la lecture du grand (de l’immense!) écrivain américain.

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