Mois : janvier 2009

Wilkie COLLINS: La Dame en blanc

Jeune professeur de dessin, Walter Hartwright est engagé à Limmeridge House, pour donner des cours à deux jeunes filles, Laura Fairlie et Marian Halcombe. Ce sont deux demi-soeurs, très dissemblables, mais que lie une très grande amitié. Walter ne tarde pas à tomber amoureux de Laura qui, héritière d’une grande fortune et promise à un autre, se détourne à contre-coeur du professeur. Il faudra toute la perspicacité de Marian et le courage de Walter pour parvenir à bout de l’inquiétante machination dont la jeune fille est l’objet et déjouer les plans de sir Percival Glyde, l’époux de Laura et de son complice, le comte Fosco.


On voit couramment dans La Dame en blanc l’un des précurseurs du roman policier. Je ne suis pas sûr de ce que vaut cette étiquette étant donné qu’au XIXème siècle les les noms d’auteur de romans à énigmes ou à mystères sont si nombreux que cela finit par constituer un genre à part entière, auquel il serait intéressant un jour que quelqu’un finisse par consacrer un étude, indépendamment de cette notion de précurseur, par laquelle on vide le roman d’une époque de ce qu’il a de propre, au profit des formes contemporaines dont il serait l’anticipation;. Je dirai plutôt que La Dame en blanc est un prolongement victorien du roman gothique, dont il combine quelques uns des lieux communs: une figure de méchant, à la fois sans scrupule et tyrannique, à contre-courant des vertus du véritable gentleman, mais qui se dissimule d’abord sous les dehors de manières courtoises; un autre méchant, cynique, venu d’Italie, pays, je ne sais pourquoi, qui depuis Les Mystères d’Udolphe fait frémir l’Angleterre; une demeure, qui n’est plus ici le lieu d’apparitions, sinon celles de la dame en blanc, dans son habit de fantôme, mais le lieu où se trament d’inquiétantes manoeuvres et laisse l’héroïne (les héroïnes) sans protection à la merci du maître du château; un amant protecteur, qu’un long voyage éloigne; etc. Tous les éléments sont là d’un récit fabriqué à partir du matériau des romans terrifiants de la période précédente. C’est d’ailleurs cette impression de combinaison qui domine, de quelque chose d’entièrement construit, d’artificiel. C’est, me semble-t-il, à la fois la force et la faiblesse de Wilkie Collins, si je peux en tout cas juger de toute une œuvre à partir de ce seul roman, qui est le premier que je lis de lui.


L’énigme, l’impression de mystère, naît de l’artifice et du rappel incessant de motifs venus du roman gothique, qui est la forme la plus terrifiante du roman à l’époque: nous voilà, lecteur, pris dans le récit d’une machination, en forme lui même de récit fabriqué. Où qu’on regarde: la conspiration est partout. D’autre part, l’idée de multiplier les narrateurs, si elle n’est pas encore moderne, dans la mesure où Wilkie Collins ne sait pas exploiter chacune de ces voix comme un « point de vue », c’est-à-dire une aperception individuelle, inconciliable avec les autres, d’une réalité qui donc échappe, donne un ton astucieux au roman – et garantit surtout les apparences! Ainsi il est permis librement au lecteur de ce vautrer en quelque sorte dans l’évocation du crime, de la folie, de l’adultère, des manipulations, bref de tout ce que la morale réprouve, puisque le récit en est donné sous la forme d’un procès où chacun, à tour de rôle, est convié à présenter son témoignage, à charge contre le crime. On ne fait pas plus victorien!


Pourtant, même si j’ai passé un très bon moment, je n’ai pas trouvé dans ce roman tout le plaisir que j’en attendais. Depuis un moment, j’entendais parler de Wilkie Collins comme d’un auteur à lire absolument. Franchement, je préfère Mrs Radcliffe, parce que ses héroïnes sont moins sottes que celles de Wilkie Collins: c’est quand même curieux que dans La Dame en blanc il faille être quelque peu oie blanche pour être femme selon les canons de l’époque, c’est-à-dire digne d’être mariée; l’autre héroïne de l’histoire, j’aimerais dire la vraie femme, celle qui sait penser et agir et qui pour cette raison, entre nous, est la seule véritablement désirable, est d’une laideur repoussante; comme elle est pauvre en plus, elle demeurera célibataire! Et même dans le jeu qu’il fait avec les références gothiques, Wilkie Collins qu’on tend à reprocher parfois des meilleures plumes de l’époque victorienne, reste bien éloigné du coup de génie en la matière: Jane Eyre, où les figures de la terreur sont convoquées elles aussi, mais retournées contre les attentes premières du lecteur formé aux stéréotypes du roman gothique, le méchant, taciturne et tyrannique, se révélant un homme brisé, seul digne finalement d’être aimé.

Bonne année

Meilleurs voeux
pour
cette nouvelle année
2009

(note aux participants du blogoclub de lecture: fêtes obligent, j’ai pris un peu de retard ces derniers temps. Mes remarques sur le Wilkie Collins ne seront donc disponibles que dans quelques jours)