Mois : mai 2008

Honoré de Balzac: Pierrette

Sylvie et Jérôme-Denis Rogron sont deux merciers retraités qui après s’être enrichis à Paris rentrent à Provins, dans leur province afin d’y mener la belle vie. La mercerie est leur domaine. Et c’est en petits boutiquiers racornis qu’ils recueillent la fraîche et spontanée Pierrette Lorrain, une enfant de douze ans, leur cousine éloignée. Pierrette ne tarde pas à souffrir des mesquineries de Sylvie Rogron, incapable de comprendre la gratuité, la générosité d’âme qui fait le caractère de sa cousine. Bientôt la jalousie s’en mêle. La célibataire de quarante ans qu’est Sylvie croit que Pierrette rêve de lui voler son prétendant. Les rivalités politiques aggravent encore sa condition: car l’enfant devient bientôt le jouet, l’instrument et l’enjeu des luttes locales entre légitimistes et libéraux, à la veille de la Révolution de juillet…

Ce premier volet des trois romans réunis par Balzac sous le titre des Célibataires n’est pas le plus connu des romans de la Comédie humaine. C’est dommage. Car après un début en fanfare du meilleur romanesque, on entre dans une fable sombre, peut-être l’une des plus sombres de tout l’œuvre de l’écrivain tourangeau qui, si il abandonne ici la Touraine pour une autre région n’en est pas moins impitoyable dans la démonstration qu’il dispense des mesquineries de la vie de province et d’une société qui ne peut s’ériger que sur le sacrifice de tout ce qu’il y a de beau, de touchant, de délicat.

Jean GIONO: Le Déserteur

Au départ, c’est un nom, un surnom, et une collection d’images religieuses réalisées à la gouache dans la lignée des images d’Epinal. Charles-Frédéric Brun, dit le Déserteur (1804-1871) qui, pendant 20 ans, a peint à Nendaz, dans le Valais, les portraits des saints patrons des villageois qui l’hébergeaient. Invité par un éditeur suisse à publier un texte en regard de la reproduction des oeuvres de ce peintre mystérieux, qui a réellement existé, mais dont on ne sait rien, Giono se saisit de l’occasion et compose une magnifique biographie imaginaire. On sait que Charles-Frédéric Brun est un français. Mais d’où vient-il? D’Alsace, comme le laisse penser son accent? Mais qu’est-ce que des paysans valaisans de 1850 savent de l’accent alsacien? Ne pourrait-il pas venir d’une autre région de France? Et puis, qui était-il? Un soldat qui a tué son capitaine? Un notaire, comme le croient les villageois à cause de ses mains blanches? Un évêque? Et qu’est-ce que ce surnom de déserteur? de quoi au juste est-il déserteur?


Abandonnant momentanément la Provence ou le Trièves qui servent habituellement de cadre à ses romans, Giono compose un texte fait de points d’interrogations, de vides, de blancs. Le Déserteur, cet homme qui cependant a réellement existé, devient, sous la plume de Giono, un extraordinaire personnage de roman, dont la complexité, sous une fausse naïveté d’apparence, le parcours, la fuite rappellent d’autres personnages célèbres de l’écrivain: comme Langlois (Un roi sans divertissement) ou Angelo (Le Hussard sur le toit) le déserteur est d’abord en fuite de la société, déserteur de la vie ordinaire, peut-être de lui-même.


Il est difficile de savoir tout ce que Giono a investi dans ce personnage. Mais un chose est certaine: sous la plume de cet extraordinaire raconteur d’histoires, la biographie, ou qui se prétend telle, est toujours chez lui un récit piégé. Avant Le Déserteur, il y avait eu Pour saluer Melville, autre biographie imaginaire, puisque sous couvert de raconter Melville, Giono invente le récit d’une aventure amoureuse de l’écrivain américain avec un personnage imaginaire. Dans Noé, où il prétend nous raconter comment il a composé Un roi sans divertissement, les pages qui se disent autobiographiques sont elles aussi inventées. A chaque fois cependant une figure émerge: celle du créateur, écrivain ou peintre, et de son étonnante similitude avec les personnages dont j’ai parlé plus haut, Langlois ou Angelo, comme si c’était dans la fiction finalement qu’il fallait aller chercher la vérité de l’écrivain.


Il y a une dernière question qui personnellement m’intéresse dans ce roman, mais elle est peut-être un  peu spécialisée: c’est celle du rapport de Giono avec la Suisse, en particulier avec Ramuz, dont ce livre prouve, une fois de plus, la connaissance intime que Giono en avait. Je n’ai jamais lu chez les critiques d’analyses satisfaisantes à mon goût concernant cette question. Je ne doute pas cependant qu’ils existent. Cette note est donc aussi une sorte de bouée lancée à la mer…

Le joli mois de mai

19 mai! Bientôt deux mois! Je n’avais pas l’impression d’avoir délaissé ce blog si longtemps. Pendant ce temps, les lectures s’accumulent, quelques voyages aussi, et des lectures en rapport avec ces voyages. Bref, il va falloir au plus tôt rattraper le retard. C’est le but pour moi de ce blog: ne laisser aucun livre que je lis sans une note. Donc, si tout va bien, dans la semaine qui suit, une série de fiches, en cascade: la mémoire des livres lus pendant ces presque deux mois passés sans rien écrire ici.