Étiquette : livres et lecture

Voyage au centre de ma PAL (6): le village anglais – le retour

Ceux qui ont suivi les précédents épisodes du Voyage au centre de ma PAL savent par quelles aventures déjà m’a conduit l’investigation dans les fonds inexplorés de ma bibliothèque, quels dangers j’ai côtoyés, quelles rencontres inimaginables j’ai faites, quelles amitiés indéfectibles j’ai nouées, parfois au péril du bon sens, pendant de longues heures se prolongeant bien longtemps jusqu’au cœur de la nuit. Pour les autres, je rappellerai que ma Pal (ma Pile de Livres à Lire) n’est plus ce petit tas de livres, policé, qu’on trouve dans bien des demeures où la lecture a acquis le droit de bourgeoisie, cette étagère sympathique dans laquelle on vient chercher le compagnon des prochains jours de lecture. La plupart des lecteurs – ceux pour qui la lecture n’est pas seulement un passe-temps agréable valorisé culturellement, mais une nécessité, une ambition de tous les instants –  la plupart des lecteur donc sait bien  qu’il y a toujours quelque chose à redouter du côté de ce domaine réservé, où nous accumulons, plus que de raison, des promesses de bonheur à venir, au retour de courses insensées dans les rayonnages des Temples de perdition pour le porte-monnaie que sont les librairies. Bref chacun a tâté de cette maladie chronique qu’est l’expansion infinie de sa PAL…

Or il se trouve que ma PAL n’est plus seulement donc cette sympathique étagère menaçant de déborder de toutes parts, et qu’il suffit régulièrement de recadrer, par quelque plan de rigueur efficace, mais une sorte d’être en soi, un espace peuplé de plusieurs centaines, voire d’un millier d’ouvrages, avec ses circonscriptions, ses districts, ses régions, mais tout cela organisé selon une logique propre à lui qui m’ont fait découvrir, lors de mes précédents voyages, des territoires dont je ne soupçonnais pas l’existence jusque là. Pourtant, ma dernière incursion m’avait fait éprouver des terreurs inqualifiables, dans les landes entourant le manoir hanté du Challenge Halloween. Et j’avais donc décidé, depuis plusieurs mois, d’adopter une attitude plus réservée à l’égard de ce domaine de tentations intenses, mais dangereux, en réservant, sur une petite étagère au pied de mon lit, une nouvel espace, à une nouvelle PAL, constituée exclusivement des ouvrages achetés au cours de ces 6 derniers mois. C’est là que j’ai puisé la plupart de mes dernières lectures. Pourtant, au milieu d’un livre de Jules Verne, j’allais faire une découverte étonnante, qui remettrait définitivement en cause les résolutions courageuses de ces derniers mois.

Jules Verne, frontispice de <i>Cinq Semaines en ballon</i>

au milieu d’un livre de Jules Verne

 

J’ouvris Cinq semaines en ballon dans la dernière semaine du mois d’avril, le premier des plus de soixante volumes des Voyages extraordinaires de Jules Verne collectionné sur ma liseuse, et donc fier une fois de plus d’échapper à la tentation de ma PAL – celle qui a tout envahi – et à qui, à l’abri dans mon lit, je laissais l’avantage de prendre possession du reste de mon appartement. J’avais déjà parcouru une bonne cinquantaine de pages. Ma lecture se poursuivait avec la même aisance que celle de mes trois nouveaux compagnons dans leur ballon au centre de l’Afrique. Et puis, au détour d’une page, l’écran de ma liseuse s’est figé:

.ite ! S@mmes bl@qués. A.@ns bes@in d’ !ide. Ne p@urr@ns h@n@rer de n@tre présence l ! fête qui se prép !re. F !ites .ite ! Signé : le .ill !ge !ngl !is.

Le message n’ était pas très clair. Mais habitué aux énigmes, dont on sait qu’elle sont un des moteurs des romans de Jules Verne, je profitais de ma compétence récemment acquise pour recomposer sans effort le message : c’était un message du village anglais – l’un des lieux les plus doux de ma PAL, une oasis au milieu de déserts d’angoisse et d’aventures. Mes amis me réclamaient. Une fête qui se prépare et mes amis bloqués ! Je ne pouvais pas les laisser sans assistance. Comment étaient-ils cependant entrés dans mon livre de Jules Verne ? Je ne sais. Quelle connivence entre des régions de ma bibliothèque que je croyais totalement séparées la présence de ce message révélait-elle ? Je n’avais pas le temps d’y penser.

english-village.jpg

le village anglais

Je ne pris pas d’ailleurs vraiment de temps pour y penser. N’écoutant que la fidélité aux amitiés récemment contractées (ainsi que mon désir péniblement refoulé pendant ces six longs derniers mois), je sortis d’un bond de mon lit, et me précipitant hors de la chambre sur la première étagère qui se présentât je pénétrais témérairement dans ma PAL, par l’une des entrées dissimulées connue de moi seul. J’écartais deux rangées de poche, je résolus trois énigmes (ranger les dix premiers volumes de la Bibliothèque de la Pléiade dans l’ordre de publication ; identifier tous les volumes de ETA Hoffmann parus chez Phébus ; reconnaître dans les volumes dépareillés de Anne Perry les histoire de Monk et celles du couple Pitt). Une pile de NRF à pousser, et ce fut une brise chargée d’odeur de pages, le grand frisson caractéristique, l’environnement de musc, de bois précieux. Et, autour de moi, les histoires qui foisonnaient par centaines. J’étais revenu au cœur mystérieux de ma PAL.

Je ne vous accablerai pas du récit fastidieux des étapes, souvent périlleuses, de mon voyage. Sachez seulement qu’il me fallu plus de quatre semaines pour aborder enfin cette île heureuse, le village anglais, où je parais aujourd’hui. Quelle nouvelle m’attend en ce lieu ? Quelle menace accable mes amis ? Retrouverai-je le village heureux où je passais l’an dernier l’un des plus beaux mois de ma vie ? Les jeunes filles vêtues à la mode de Jane Austen ? Les suffragettes arborant sur leurs t-shirt des portraits de Virginia Woolf ? Les vénérables victoriens à la longue barbe ? Et des dizaines de muffins, scones, cheese-cakes pour accompagner la douceur d’un nuage de lait dans une tasse de thé et un bon roman de Graham Greene ? Je viens de franchir le petit pont tant aimé. J’entrevois les premières maisons du village. Et cette foule là ? Pour qui donc ? Et là-haut, cette banderole, est-ce pour moi :

Bienvenue au village anglais en ce mois de juin 2014
pour fêter
Le mois anglais, saison 3 de Lou, Titine et Cryssilda

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Alberto MANGUEL: Une histoire de la lecture

Manguel--Une-histoire-de-la-lecture.gifLe vieux Borgès, aveugle, priant le jeune Manguel de venir lui lire des livres qu’il connaît déjà par coeur. Ambroise, penché sur son livre, dont il rumine les mots, sans même bouger les lèvres. Une fillette, Colette, dans un village de Bourgogne, lisant et relisant les mêmes livres, parmi lesquels Les Misérables, y découvre sa passion pour la fiction… Lire, semble-t-il, chacun sait ce que c’est. Et pourtant combien cette occupation recouvre d’actes ou de faits de la vie, de l’esprit? Est-ce vraiment la même chose de lire à haute voix ou en silence? sur des rouleaux qu’on déroule ou sur des codex dont on tourne les pages? lire soi-même, pour soi-même ou bien écouter lire? Lire un roman d’aventures ou chercher dans les livres des signes, des présages, penser pouvoir y lire l’avenir? Telles sont quelques unes des multiples formes de la lecture, dont Alberto Manguel donne dans cet essai un aperçu palpitant.

Une histoire de la lecture titre Alberto Manguel. Ce livre est bien en effet Une histoire de la lecture. D’emblée, l’auteur nous prévient: la lecture n’est pas un phénomène qu’on puisse aborder selon l’ordre chronologique de l’histoire événementielle, politique ou culturelle, ou même de l’histoire littéraire. Une succession de faits, de pratiques, selon lui, n’aurait rien à nous dire, tellement ce qui importe est le rapport du lecteur et du texte, un rapport singulier, bien que travaillé par des formes sociales, culturelles. Et c’est d’abord ce qui m’a plu dans cet essai. Je crois en effet que la question assez profonde qu’Alberto Manguel parvient à poser ici, au-delà des nombreux développements érudits dont son essai fourmille, est celle de la permanence de ce rapport singulier, malgré des modes différents de lecture, qui par delà les siècles réunit les lecteurs: une position du corps, un attention à déchiffrer du sens, une mise entre parenthèses du monde, et pourtant la certitude de trouver dans les livres quelque chose de plus réel que ce qu’on trouve dans la réalité perçue, ou bien qui l’anticipe. Déclaration d’amour à la lecture, qui s’enracine dans la passion de l’auteur pour les livres, Une histoire de la lecture est donc un ouvrage savant, lettré, érudit. C’est aussi une sorte d’autobiographie de la lecture, tellement l’auteur y met de lui-même: des souvenirs, des anecdotes personnelles, qui sont aussi un des traits attachants de cet essai.

Grâce à Praline, avec qui nous avions programmé cette lecture commune, j’ai redécouvert ce livre, qui est l’un des tous meilleurs, à mon avis, qu’on ait consacré à la lecture. Cela fait bien longtemps, en effet, que je l’avais auprès de moi, posé sur le haut de ma Pile à lire: depuis 1998, sa sortie en traduction en France. J’y picorais de temps en temps quelques pages, dans ces moments d’auto-célébration connus de tout lecteur où il semble que le plaisir de la lecture ne suffise plus; alors on le double du plaisir de lire des livres qui nous racontent notre propre plaisir à lire – histoire de relancer la machine peut-être, cette mécanique du désir qui rend sans doute les lecteurs incompréhensibles à ceux qui n’ont jamais éprouvé le plaisir de se perdre (se trouver?) dans les livres (au point de croire les lecteurs dangereux? – c’est l’une des questions en tout cas qu’aborde Manguel dans son essai). La lecture de bout en bout de l’essai est encore plus passionnante. J’ai l’habitude de lire des essais (que je chronique assez peu dans ce blog – c’est l’autre côté de ma vie de lecteur), mais j’en ai rarement découvert d’aussi palpitant à lire: on y trouve un vrai fil narratif, qui s’enracine dans la biographie de Manguel, son amour pour les livres, une certaine sacralisation de la lecture aussi qui la font paraître parfois même une passion exclusive, les rencontres qu’elle lui a fait faire – trouvant des échos, des commentaires, dans l’histoire savante. Un livre essentiel pour ceux qui aiment vraiment les livres.

Une Lecture Commune avec Praline.

 

Six ans déjà

C’est aujourd’hui l’anniversaire de mon petit carnet de lecture, qui, bon an mal an, commence à s’épaissir, à prendre un peu de ventre. Le privilège de l’âge, n’est-ce pas? Six ans donc. Six ans déjà. J’ai pris le temps hier de fouiller entre les pages de mon carnet, d’en ramener quelques souvenirs des lectures qui m’ont accompagnées au cours de ces six années, comme d’anciennes cartes postales, des photos de vacances déjà un peu jaunies. J’y ai trouvé aussi ces livres que je croyais avoir lu hier. Comment? Quatre ans? Cinq ans? Les challenges persos qui sont toujours au milieu du chemin – tant de beaux livres à parcourir. Et puis vos commentaires, les échanges, au cours d’un challenge, d’une Lecture commune, d’un Marathon, les conseils piochés ici ou là, tout ce qui constitue aussi le grand plaisir de tenir son carnet de lectures numérique. Alors, encore une fois, bienvenue donc dans Ma Bibliothèque:

Six ans…

 

…comme…

six petits polars…

Un dernier verre avant la guerre

Arnaldur INDRIDASON: La cité des jarres

Dennis LEHANE: Un dernier verre avant la guerre

Agatha CHRISTIE: Christmas Pudding

Steven SAYLOR: Du sang sur Rome (Roma sub Rosa, 1)

Henning MANKELL: Meurtriers sans visage (Wallander, 1)

Ed McBain: Du balai! (87ème District, 1)

…six grands livres descendus du Froid…

Piazza Bucarest

Pär LAGERKVIST: La Terre Sainte

Cynthia OZICK: Le Messie de Stockholm

Hans Christian ANDERSEN: Contes racontés pour des enfants, 1835-1842

Jens Christian GRØNDAHL: Piazza Bucarest

Hjalmar SÖDERBERG: Docteur Glas

Henning MANKELL: Les chiens de Riga (Wallander, 2)

…six originaux, six excentriques…

Avril-enchant-.jpg

John BARTH: Le Courtier en tabac

David LODGE: L’Auteur! L’Auteur!

Elizabeth VON ARNIM: Avril enchanté

Jules VERNE: Le Pilote du Danube

MO YAN: Les treize pas

Kenneth GRAHAME: Le Vent dans les saules

…six Rougon et six Macquart…

Zola10

Challenge perso Rougon-Macquart

…six grands coups d’épée…

six ans de traversées…

…d’explorations périlleuses…

Les Mines du roi Salomon

Alexandre DUMAS: Olympe de Clèves

Alexandre DUMAS: Joseph Balsamo (Mémoires d’un médecin, I)

Alexandre DUMAS: Le Collier de la reine

Alexander KENT: Le Feu de l’action (Bolitho 2)

Henry RIDER HAGGARD: Les Mines du roi Salomon

James HILTON: Les Horizons perdus

…six belles découvertes…

un amour exclusif

Antonio Munoz Molina: Fenêtres de Manhattan

Patrice SALSA: La Signora Wilson

Johanna ADORJAN: Un amour exclusif

Yves RAVEY: Enlèvement avec rançon

Caroline BLACKWOOD: Granny Webster

Dominique BARBERIS: Beau Rivage

 

…six grands, six très grands livres contemporains, ou presque…

Les saisons de la nuit

Cynthia OZICK: Un Monde vacillant

Juli ZEH: La Fille sans qualités

Carlos FUENTES, L’instinct d’Inez

Pierre MICHON: Les Onze

Colum McCANN: Les Saisons de la nuit

Javier CERCAS: Anatomie d’un instant

…six parmi tous les classiques…

Les Européens

George SAND: Consuelo

Honoré de BALZAC: Le Curé de Tours

Charlotte BRONTË: Jane Eyre

Henry JAMES: Les Européens

GOETHE: Les Affinités électives

Thomas HARDY: Les Forestiers

…six beaux livres tout court…

Nuit et Jour

Ivo ANDRIC: La Chronique de Travnik

Walter SCOTT: Rob-Roy

Milan KUNDERA: La Plaisanterie

Graham GREENE: La saison des pluies

Virginia WOOLF: Nuit et Jour

Léon TOLSTOI: Les Cosaques

 

 

 

 

 

 

Le Marathon de lecture suédois… L’heure du bilan

Marathon lecture suédoisFin du Marathon de lecture suédois. C’est l’heure du bilan. Pour ma première participation à un Marathon de lecture, je peux dire que j’ai passé un très joli week-end, que j’aurais décidément vécu d’un bout à l’autre. Mais y a-t-il une meilleure façon de vivre un week-end? De samedi 0h00 à Dimanche minuit. 48 heures de lectures, entrecoupées bien sûr, des moments nécessaires à la détente – j’ai passé pas mal de temps aussi à repérer sur Google view les quartiers de Stockholm évoqués par Hjalmar Söderberg dans son roman, et je dois dire qu’il s’est passé un moment où il a manqué de peu que je ne prenne un billet pour Stockholm.

Côté livres donc, ce sont trois belles découvertes (ou redécouvertes), dont j’éditerai les billet d’ici quelques jours:

Mademoiselle Julie de Strindberg, d’abord, vue au théâtre il y a longtemps, et lue à l’époque, et que j’avais tellement envie de redécouvrir.

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L’occasion aussi de continuer à explorer l’œuvre de deux auteurs suédois:

Pär Lagerkvist et son Barabbas, dans un style épuré, presque métaphysique;

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et celui qui m’a le plus tenu sans doute: Le Jeu sérieux de Hjalmar Söderberg (l’autre « grand » des lettres suédoises, à côté de Strindberg), roman des désillusions sentimentales, ainsi qu’un joli portrait de Stockholm autour de 1900.

Söderberg, Le jeu sérieux

Merci à  L’or rouge, à Touloulou, à Coccinelle, à Marjorie – Chroniques littéraires , à lcath, et à claudialucia pour leur soutien efficace, aux autres participants et de façon générale à tous ceux qui, au cours de ce week-end, sont passés par ici. Et un très gros merci encore à Marjorie du blog Chroniques littéraires  pour l’organisation de ce marathon de lecture.