Catégorie : Recueils

Le bouquin de Noël

Déjà Noël s’éloigne. Et avant l’heure du traditionnel bilan de mes lectures de 2016 (et de défaire la table de fête qui depuis début décembre orne l’en-tête de mon blog) je voulais trouver le temps de dire quelques mots de ce Bouquin de Noël qui a enchanté mes dernières semaines.

C’est le genre de livre qu’on aimerait trouver au pied du sapin. Longtemps j’ai associé Noël à des récits enchantés qu’on raconte ou qu’on se fait raconter. Et ce bouquin est riche de tous ces récits. Une fois passée l’intéressante préface, qui donne des mystères et du merveilleux entourant Noël un commentaire judicieux, on entre de plein pied dans la littérature: les textes  les plus connus (comment échapper à Dickens ou, pour le provençal de naissance que je suis, aux truculentes Trois messes basses de Daudet?), mais aussi de véritables curiosités. Bref, ce Bouquin de Noël est un beau recueil thématique.

Il me faudra d’ailleurs encore bien deux ou trois années pour parvenir à bout de cette matière si riche. Cette année, je me suis surtout concentré sur les récits qui précédent la période de Noël et sur ceux de l’époque du Nouvel An. La légende d’Halewyn nous fait plonger dans la légende qui donna son nom à la future fête d’Halloween. Un enterrement civil (François Coppée) est un récit édifiant sur le thème de l’enfant mort. Sainte-Catherine au moulin (Camille Lemonnier) est un beau conte réaliste dans la veine régionaliste du XIX siècle  (extrait d’un recueil de Noëls flamands) sur le thème des fiançailles et du rapprochement de deux familles de meuniers.

J’ai découvert aussi toute une littérature centrée sur la Saint-Sylvestre et le Jour de l’an, dont je connaissais à vrai dire certains des titres, mais que je n’avais pas associé à ce moment de basculement d’une année dans l’autre: Dame Holle des frères Grimm, La Petite fille aux allumettes d’Andersen… Les Aventures de la nuit de la Saint-Sylvestre est une fantaisie d’Hoffmann qui m’a donné furieusement envie de me plonger dans les Fantaisies à la manière de Callot, d’où le récit est extrait. Je n’ai pas la place de nommer tous les titres.

Bref, voilà un recueil qui va m’accompagner encore quelques années je crois et que je m’empresserai de ranger non loin des décorations de Noël.

 

Le goût du café

Par le moyen de recueils de textes d’écrivains, la collection « Le goût de… » se plait d’ordinaire à aborder le vocabulaire sensuel d’ une ville ou d’un pays, en commençant justement par le goût, les odeurs, l’exploration d’un imaginaire collectif. Il en est sur presque toutes les destinations, de l’Abyssinie à Vienne, de Bali à Genève, de la Loire à Shangai. Ce sont des petites livres très bien faits, une sorte d’introduction au voyage, que j’aime à collectionner au gré de mes déplacements réels ou rêvés. Depuis quelques temps, la collection s’ouvre à d’autres titres, qui sont ceux d’une géographie symbolique: Le goût de l’amour, Le goût de la marche, Le goût du jazz, et bien sûr le thé, le chocolat, le café ont leur petit volume.

Ce goût du café nous confie à un bien sensuel voyage, relevé d’une pointe d’acidité ou d’amertume, imitant le breuvage à la saveur brûlante, dont on a vanté depuis l’apparition, en Arabie, au XVème siècle, les vertus excitantes. C’est grâce à lui que Balzac ou Proust ont pu venir à bout de leur oeuvre, que Voltaire trouve l’énergie de pourfendre les imbéciles, que des formes de sociabilité nouvelles se développent de l’Orient jusqu’à l’Europe, populaires, artistiques, littéraires, politiques, au point, si l’on en croit Michelet, de voir dans le café l’une des causes de la Révolution française! On parcourt ainsi les étapes d’un voyage mythique: avec Nerval, la volupté des cafés du Caire où de jeunes hommes travestis ont remplacé au grand dam du poète romantique les danseuses orientales; avec Loti, à Istanbul; à Venise, au Florian, avec Henry James, qui m’a rappelé le plaisir que j’avais pris à lire ses souvenirs de voyages. Stefan Zweig nous donne le prétexte d’une étape à Vienne. Et Dezsö Kostolányi, contemporain de Zweig que je découvre à l’occasion, m’a donné envie d’aller profiter des cafés de Budapest.

Alors, café turc ou espresso? Grand crème? Petit noir? Café viennois et viennoiseries? Jus? Mazagran? Et de quelle origine: Pérou? Nicaragua? Porto-Rico? A moins que vous ne préfériez les plus subtils Moka ou Jamaïque? A siroter, comme sur la couverture, accompagné d’un bon livre!