Van Gulik, Le Jour de GrâceA Amsterdam, un soir, alors qu’il déambule au sortir d’une tournée bien arrosée et broie du noir, Johann Hendriks, un ancien fonctionnaire colonial, rentré d’Indonésie après la seconde guerre mondiale, met en fuite deux hommes, visiblement d’origine orientale, qui cherchent à s’en prendre à une jeune infirmière au moment où celle-ci s’apprête à rentrer à la pension qui l’héberge. Prisonnier de souvenirs qui l’obsèdent, Hendriks n’a pas vraiment fait attention à la personnalité des agresseurs. Mais une chose l’intrigue: la troublante ressemblance de la jeune femme et de sa seconde épouse. Et puis comment expliquer que celle-ci n’ait pas donné sa véritable identité aux policiers arrivés sur les lieux? Une enquête commence, qui va être le moyen pour Hendriks de se confronter à ses démons intérieurs.

J’attendais beaucoup de ce roman. C’est en tout cas ce que permettait d’espérer les premières pages du livre. Johann Hendriks campe un personnage poursuivi par d’anciens fantômes, comme on en trouve souvent dans les romans policiers. Le poids de la culpabilité, la bruine hollandaise, de fréquents retours sur une vie bouleversée par l’Histoire, par le deuil, par l’expérience de la torture en fait comme un Janus à double visage – une figure qui revient au cours du roman – confondant, dans les brumes de la boisson, le passé traumatisant et la petite vie rangée, mais solitaire qu’il a retrouvé dans la quiétude d’Amsterdam. Malheureusement, après les deux premiers chapitres, l’histoire prend un tour plus traditionnel: la visite au « fiancé » de la jeune femme sauvée de l’agression, la découverte des liens qui l’unissent à ses agresseurs, l’irruption d’un ancien dignitaire nazi, responsable en son temps de la « Solution finale » et ses relations avec un riche égyptien engagé dans le combat contre Israël, sur fond de prostitution, d’esclavage et de trafic de drogue. Cette « curiosité » de Robert van Gulik, que les lecteurs de romans policiers historiques connaissent mieux pour les célèbrissimes enquêtes du Juge Ti dans la Chine du VIIème siècle, se lit en une soirée, sans déplaisir. L’écriture un peu plate nous transporte dans une Amsterdam sentant l’alcool et le tabac, où la police n’est pas débordée, où elle a encore le temps de suivre un homme qui titube légèrement dans la rue, mais ne pense pas à s’assurer de l’identité des victimes d’une agression, une ville humide et froide, où même le crime avance à pas feutrés. Bref, un roman d’atmosphère, égaillé de références culturelles nombreuses – mais qu’on est loin, quoi qu’en dise le 4ème de couverture, de l’élégance tout en grisaille et en pesanteur des romans de Simenon.