Froster - MonterianoLilia est une jeune veuve un peu vulgaire, du moins au yeux de sa belle-famille, qui n’apprécie pas sa franchise. L’occasion d’un voyage en Italie, en compagnie de miss Abbott, est la solution rêvée pour éloigner la jeune femme plusieurs mois. Mais à quoi peuvent bien songer deux femmes éprises de pittoresque en Italie? Deux anglaises sentimentales promptes à s’enthousiasmer pour tout ce qui donnerait un tour romanesque à leur aventure? Les Herrington, guindés et jaloux de leur mode de vie britannique, ont sans doute oublié, là où ils sont, le parfum romantique que peut diffuser autour de soi quelque jeune homme un peu fruste croisé un soir au clair de lune au pied d’une vieille muraille…

Le charme d’un voyage en Italie! Rome, Florence, Venise.

« Vous ne connaîtrez le pays qu’en quittant les pistes battues, ne l’oubliez jamais. Visitez les petites villes – Gubbio, Pienza, Cortona, San Giminiano; Monteriano. »

Quand il conseille ainsi sa belle sœur, jeune veuve de son frère, Philippe ne se doute pas que Lilia va se piquer tellement au charme que tout le destin de la famille risque d’en dépendre. Sous la figure du beau Gino, c’est la Méditerranée qui fait une entrée fracassante dans le monde corseté d’une famille britannique très comme il faut. Mariée au jeune italien, Lilia cependant ne trouve pas auprès de lui le charme qu’elle imaginait et en fait de pittoresque, elle doit se contenter d’un homme qui, en paroles au moins, la maltraite, se montre jaloux de sa liberté et compte bien vivre aux crochets de sa fortune. Appliquant à l’Italie le regard qu’il reprendra vingt ans plus tard dans le plus réussi Route des Indes, Forster a écrit avec Monteriano le roman de la rencontre de deux mondes, qui se fantasment mutuellement, mais ne se comprennent pas. Le motif n’est traité qu’imparfaitement cependant dans un texte qui reste celui d’un auteur débutant. J’ai préféré, et de loin, pour la description toujours distancée de touristes anglaises émerveillées en Italie le plus piquant Avec vue sur l’Arno.

Monteriano est un récit plaisant cependant. Forster, même débutant, est déjà Forster. La charge contre la famille anglaise des Herrington vaut les quelques heures de lecture du roman, ainsi que le récit des va-et-vient de Philippe et de Miss Abbott entre les environs de Londres et la petite ville de Monteriano, double fictif de San Geminiano, en Toscane, pour tâcher de remettre de l’ordre dans un destin qui leur échappe. Quelque chose va se jouer d’ailleurs entre ces deux là, ainsi qu’avec le beau Gino, dont je ne dirai pas plus de peur d’éventer le charme de la lecture. Mais il y a dans ces passages là, dans l’attirance que le geste d’un homme qui prend soin de son enfant brusquement révèle, dans le détachement esthétique d’un regard porté sur une place d’Italie et dans le romanesque qui s’en suit, tout le talent à venir du grand Forster. Or, qui connaît Forster sait à quel point il faut chez lui se méfier du romanesque. Je laisse ceux qui tenteront l’aventure de ce roman découvrir à quel final doux-amer cette méfiance nous conduit ici.

Bref, si je n’ai pas adoré, c’est un roman de Forster, pas le meilleur, mais qu’il faut lire, si on aime cet auteur. Mais peut-être le roman fonctionne-t-il mieux encore quand on n’a pas encore lu les chefs-d’œuvre à venir.

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15 Comments on E.M.FORSTER: Monteriano

  1. Je voudrais d’abord relire « Avec vue sur l’Arno » et j’ai également « Maurice » dans ma PAL, mais à te lire je pense que ce titre pourrait aussi me plaire dans un deuxième temps… ne serait-ce que pour voyager de nouveau en Italie.

    • « Maurice » m’attend aussi dans ma pal (en fait, j’ai tout Forster dans ma pal…). Mais j’avais envie de relire « Route des Indes » avant, lu il y a longtemps et dont j’ai presque tout oublié.

    • C’est bien moins bon qu' »Avec vue sur l’Arno », c’est sûr. Mais si tu aimes Forster, ce livre vaut quand même le coup d’oeil.

  2. J’ai lu « Avec vue sur l’Arno » et « Maurice »… j’ai aimé. Ce titre me plairait bien je pense… même si moins exaltant.

  3. Même si tu n’as pas adoré, tu en parles bien et tu me donnes envie de le lire. De Forster, je n’ai lu que « Maurice » que j’ai adoré ! Une incursion en Italie me tente complètement …

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