Mois : octobre 2013

Emile ZOLA: Angeline ou La maison hantée

 

 

Zola--Emile---Nouvelles-roses.jpg« Il y a près de deux ans, je filais à bicyclette par un chemin désert, du côté d’Orgeval, au-dessus de Poissy, lorsque la brusque apparition d’une propriété, au bord de la route, me surprit tellement, que je sautai de la machine pour la mieux voir. C’était, sous le ciel gris de novembre, dans le vent froid qui balayait les feuilles mortes, une maison de briques, sans grand caractère, au milieu d’un vaste jardin, planté de vieux arbres. Mais ce qui la rendait extraordinaire, d’une étrangeté farouche qui serrait le coeur, c’était l’affreux abandon dans lequel elle se trouvait. Et, comme un vantail de la grille était arraché, comme un immense écriteau, déteint par les pluies, annonçait que la propriété était à vendre, j’entrai dans le jardin, cédant à une curiosité mêlée d’angoisse et de malaise. »…

D’Emile Zola, on connaît bien entendu Les Rougon-Macquart, l’oeuvre colossale en vingt volumes, peut-être un ou deux romans de jeunesse, parfois la série des Trois villes ou la série, inachevée, des Quatre Evangiles, et, dans la forme courte, les Contes à Ninon. Mais on oublie que Zola a aussi été l’auteur d’un certain nombre de nouvelles, parfois fantastiques, dont cette Maison hantée, curiosité que j’ai débusqué au fond de ma bibliothèque pour ce rendez-vous Maisons hantées du challenge Halloween. Au centre du récit, une maison, La Sauvagière, dont le narrateur fait la découverte au hasard d’une promenade en bicyclette. Une maison abandonnée, décrite dans des termes qui donnent le frisson. L’art de la description conduit ici par l’un des maîtres du genre a cet étrange pouvoir de suggestion que donne aux meilleurs récits fantastiques – en tout cas ceux qui retiennent mon attention – une langue précise, détaillée, réaliste. Le meilleur fantastique se nourrit du goût du détail vrai. Et en l’occurrence, avec Zola, ici on est servi.

L’histoire elle-même est assez simple. Il est question d’une petite fille, morte peut-être de mauvais traitements, mais plusieurs versions de sa mort coexistent – autre dispositif narratif pertinent. De ces versions concurrentes d’une disparition qu’on devine douloureuse, peut-être criminelle naît cette part d’inconnu nécessaire à faire prospérer le sentiment diffus d’angoisse nécessaire au récit. La chute décevra peut-être. Mais le retour à la normalité, trop brutal (je ne vous révèle pas tout), n’est pas inintéressant non plus. Il interroge en tout cas le statut des fantômes: cessent-on de les entendre quand ils ont cessé d’hanter un lieu ou bien leur présence n’est-elle que la manifestation de notre capacité à ressentir leur présence?

Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

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Gary Spencer MILLIDGE: Strangehaven (vol.3) – Complots (BD)

Millidge--Strangehaven3.jpgStrangehaven, dans le Devonshire, est un village anglais typique, comme on en trouve tant d’autres dans ce coin du sud de l’Angleterre. Arrivé une nuit, dans des conditions un peu troublantes, Alex a trouvé dans le village un accueil incomparable. Vite intégré à la population un brin loufoque, il songe à s’installer durablement et refaire sa vie. Mais rien n’est simple à Strangehaven. Il faut d’abord compter avec une société secrète qui entend régler la marche du village, et dont le gourou n’est autre que le directeur d’école qui emploie Alex. Et puis voilà qu’un groupe alternatif non moins délirant se propose de résister aux visées du gourou. Pendant ce temps, les cadavres et les disparitions s’accumulent au village. Se pourrait-il que Strangehaven ne soit point le havre de paix qu’Alex avait cru y trouver ?

Pour cette nouvelle semaine du mercredi fantastique du challenge halloween, je poursuis mon exploration de Strangehaven, le village d’où on ne repart pas. Plus policier, moins fantastique, ce troisième volume continue cependant d’explorer la voie ouverte par les deux premiers : une série d’histoires parallèles, mais qui parfois aussi se croisent, relevant de genres différents, toutes réunies, pour une raison que l’on ignore, dans ce lieu délicieusement inquiétant de Strangehaven. Comme dans les mauvais rêves, on a l’impression ici d’avancer en même temps que de reculer : chaque progrès de l’histoire nous éloigne un peu plus de la solution.

Dans l’univers singulier de Strangehaven, chaque volume cependant trouve sa coloration. Plus policier, ce troisième tome enquête sur plusieurs morts et disparitions survenus à la fin du deuxième volume. L’enquête est le moyen d’y voir un peu plus clair sans doute sur les individus et les jeux de pouvoirs à l’intérieur du village. Mais de nouveaux mystères se préparent. Et la détermination de John et de la société secrète qu’il dirige d’une main de fer à faire entrer Alex parmi eux ouvre le champ à de nouvelles craintes.

Publié dans le cadre du  Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

et du Mercredi BD fantastique

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Gary Spencer MILLIDGE: Strangehaven (vol.2) – Confrérie (BD)

Millidge--Strangehaven2.jpgPerdu, un soir, sur une petite route de campagne, Alex atterrit à Strangehaven, un paisible village du Devonshire, qui a la particularité de ne figurer sur aucune carte. Il y est particulièrement bien reçu par des habitants tous un brin excentriques et décide de se joindre pour quelques temps à la communauté villageoise. Embauché comme maître d’école, Alex cherche à profiter des derniers jours de vacances, en faisant du camping dans les environs de Strangehaven, mais fait, au retour d’une de ses promenades, une curieuse expérience…

Vraiment, cette BD est un objet à part. Strangehaven, le village inconnu qui refuse de laisser partir ses habitants, aurait-il le même pouvoir sur ses lecteurs? Je crois, en effet, que, pour ma part, la fascination est telle, que je vais passer finalement tout ce mois de challenge Halloween dans le petit univers fantastique de Strangehaven. Vraiment, ce deuxième volume m’a plus convaincu encore que le premier. Plus je reste à Strangehaven, plus je sens s’exercer cette fascination lente mêlée d’une angoisse diffuse qui fait de la lecture de cette série une expérience à part.

« On se balade tous avec notre petit univers de poche » dit Steve le surfeur à Alex au détour d’une bulle. En effet, chacun à Strangehaven semble possédé par ses obsessions: Adam qui prétend être un extraterrestre de la planète Nimoi; Megaron, un chaman entre deux âges; Elsie, qui parle aux animaux; John, un homme paisible et doux en apparence, mais qui dirige d’une main de fer une confrérie secrète, dont on peine encore un peu à comprendre le rôle réel dans le village: de tendres illuminés ou des fanatiques dangereux? etc. Bref, plus on apprend à les connaître, plus on comprend ce qui se passe ici, plus le mystère s’épaissit aussi.

Bref, à mesure que je progresse dans ma lecture, j’ai, curieusement, l’impression de lire de moins en moins une bd et de plus en plus un roman. Curieusement, parce que le graphisme – un noir et blanc très réussi, proche du réalisme photographique – n’est pas pour rien dans l’impression qui s’en dégage. Mais Millidge a su surtout créer ici un univers singulier, qui se nourrit des attentes ou des appréhensions du lecteur.

Je ne dit rien de précis sur l’histoire proprement dite, mais pour ceux qui s’y risqueront, ce deuxième volume est aussi celui où brusquement tout bascule. Strangehaven n’est peut-être pas la communauté bien paisible que l’on croyait d’abord. Mais qui tire les ficelles de la violence qui brusquement s’abat sur ce qui apparaît de plus en plus comme un lieu hanté par les morts?

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Publié dans le cadre du  Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

et du Mercredi BD fantastique

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Alexandre Dumas: Le Château d’Eppstein

Dumas, Château d'EppsteinC’était en Allemagne, dans les dernières années de 1830. Invité à participer à une journée de chasse, dans les forêts du Taunus, non loin de Francfort, le comte Elim s’égare. A la nuit tombée, il parvient jusqu’à une forteresse médiévale, où un couple de vieux serviteurs accepte avec inquiétude de lui donner l’hospitalité. Installé dans le seule chambre vraiment habitable du château, le voilà qui doit faire à minuit avec la présence du fantôme d’une femme, sorti d’un passage secret dans le mur. Revenu le lendemain à Francfort, le comte Elim se presse de raconter l’étrange aventure qu’il vient de vivre. Mais ses connaissances ne semblent pas vraiment étonnées. Ne sait-il pas qu’au château d’Eppstein, une légende sortie des ans raconte que les femmes de la famille décédées le jour de Noël ne meurent qu’à moitié?

Derrière toute apparition il y a une histoire mouvementée. Les fantômes naissent des violences des hommes, des plaies morales mal refermées. Un château hanté est toujours le lieu d’un crime oublié. Fort de ce qu’on pourrait considérer comme le b.a.ba de l’histoire de fantômes, Alexandre Dumas a écrit ce court roman gothique, qui doit cependant plus à d’autres sources qu’à celle du fantastique. Une fois entendue en effet la prémisse de ce genre d’histoires – les fantômes existent – Dumas conduit un récit qui puise tout autant dans la description réaliste des goûts et des moeurs de la vie rurale ou dans le roman pastoral que dans la veine fantastique.

Bien sûr, les ingrédients sont là d’une histoire de ce type: un château en partie en ruine, entouré d’une grande forêt, dans une région reculée de moyenne montagne; un châtelain ambitieux (Maximilien), qui se comporte chez lui en maître absolu, en tyran, un jaloux, capable de donner une forme criminelle à ses passions; une épouse vertueuse (Albine), injustement accusée d’adultère et assassinée; un frère parti au loin, pour devenir l’un des bras de Napoléon, et qui réapparaît au moment opportun (Conrad); un jeune ingénu (Everard), une sorte d’innocent vertueux et fort, qui s’entretient avec les fantômes et trouve la force de s’opposer aux vices de son père et maître.

Je ne crois pas cependant que, dans cette histoire, Dumas prenne ces ingrédients pour autre chose que pour des passages obligés pour qui veut rendre la couleur propre au genre. Moins inspiré par exemple que Mrs Radclife, dans ses superbes évocations des paysages qui entrent en contrepoint avec les sombres noirceurs des âmes et de leurs demeures crénelées, Dumas travaille un peu ici comme s’il n’avait plus lui-même à inventer de tels lieux, à les faire surgir d’une imagination en désordre, mais comme s’il lui suffisait de les nommer pour satisfaire l’esprit du lecteur déjà habitué à ce type de récits: le vieux château en partie ruiné avec sa tour médiévale, le bois « vaste, sombre, noir, profond, solitaire, sublime et comme sacré, cette sorte de lupus antique dont le vent semblait l’âme attristée » sont bien là. Mais ils ne marquent pas vraiment d’abord le récit de leur présence. Bref, il ne m’ont pas vraiment convaincu. Et j’ai trouvé Dumas lui-même beaucoup plus inspiré dans un autre de ses romans gothiques, Pauline, qui selon moi est une totale réussite.

Le Château d’Eppstein n’est pas une oeuvre inintéressante cependant, et devient même complètement passionnante, à mesure que le récit se concentre sur les relations d’Everard, le fils désavoué du comte d’Eppstein, abandonné pour ainsi dire à lui-même, à un mode de vie naturel, et de Rosamonde, la fille du garde forestier, élevée dans un couvent prestigieux à Vienne. Le génie de Dumas tient en effet à ce que pour lui le roman tire sa force des personnages et de leur rencontre. Brillant dialoguiste, il fait surgir la vie des échanges de paroles. Dans ses moments les plus inspirées, tout devient personnage sous sa plume. C’est le cas de la forêt d’Eppstein qui vers le milieu du livre devient brusquement autre chose que le lieu convenu de l’atmosphère nécessaire à un roman gothique. Lieu des grandes chasses où s’exprime le goût tyrannique pour la domination brutale du comte, elle se révèle ermitage (Everard s’y réfugie et s’y élève pour ainsi dire tout seul), monument funéraire (elle abrite la grotte où il retrouve le fantôme de sa mère), avant de devenir le lieu de partage délicieux et innocent des amours impossibles d’Everard et de Rosamonde. Ici, les radins, les sources, les pans de murailles écroulées recouverts de végétation dessinent comme les traits d’un visage. Paysage fantastique s’il en est. Avec ses tours écroulées, le bois signe une sorte de retour à la nature des débris de l’histoire.

L’autre grand moment du roman réside dans la confrontation titanesque, sublime, d’Everard et de Maximilien, le fils et le père, étrangers l’un à l’autre: « C’était un singulier spectacle que l’entrevue, après trois ans d’absence, de ce père et de ce fils, se soupçonnant l’un l’autre en s’embrassant, jouant l’un vis-à-vis de l’autre au plus fin avec mille protestations, et comme si, joueurs ou duellistes, ils avaient à la main des cartes ou des épées, scrutant leurs regards et leurs mouvements au milieu de leurs paroles paternelles et filiales. » Un grand, un pur moment dumasien, qui finit de faire de la lecture ce livre, malgré mes quelques réserves, une belle expérience.

Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

 

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Gary Spencer MILLIDGE: Strangehaven (BD)

Millidge--Strangehaven1.jpg« Un soir d’orage, Alex Hunter s’égare sur la côte anglaise. Alors qu’il conduit sur une route sinueuse, il est obligé de faire un écart afin d’éviter une apparition qui se dresse sur la route menant à Strangehaven. Il percute un arbre et se réveille dans un lit, chez le médecin de Strangehaven. Les habitants (dont une partie sont pour le moins excentriques), le traitent très bien, notamment la jeune Janey Jones, et lui, de son côté, apprécie la ville. Le jour où il essaie de repartir, il se perd à nouveau et se retrouve une fois encore à Strangehaven… »

Le résumé du 4ème de couverture est destiné bien sûr à mettre l’eau à la bouche des âmes de lecteur errantes qui, comme la mienne, s’efforçaient vainement la semaine dernière de trouver quelque BD pour honorer ce rendez-vous des mercredis BD du challenge Halloween. Je me suis plongé depuis dans l’univers de Strangehaven. Et je n’ai pas été déçu! Ce petit village du sud de l’Angleterre, qui mystérieusement ne figure sur aucune carte, comme le personnage principal en prend très vite conscience, avec son pub, ses cottages, son bed and breakfast, son bureau de poste, son école, a tout d’un endroit charmant. Les gens eux-mêmes y poursuivent une vie paisible. On y prend le thé, on se retrouve le soir pour partager quelques pintes. Sans doute, très vite, le village donne un peu l’impression d’être une réserve de fous, une sorte de musée à ciel ouvert des excentricités humaines: une sorte de biker , qui prétend être un extraterrestre, passe ses loisirs à construire chez lui une station radio gigantesque pour entrer en contact avec son peuple de par delà les étoiles, pendant qu’un de ses voisins, tout ce qu’il y a de plus gentleman anglais, se croit un chaman, originaire d’Amazonie. Pourtant la vie normale du petit village prend toujours le dessus. Sous le regard des uns et des autres (ici une liaison ne peut pas rester bien longtemps cachée), des histoires s’esquissent.

Il règne cependant dans tout cela un vrai climat d’étrangeté. Sont-ce les clins d’œil du dessinateur, au détour d’une case, à l’adresse des univers du Prisonnier ou de Twin Peaks? Ces étranges figurations de poissons, d’un univers liquide, et de ce que l’on découvre être peut-être le cadavre d’une femme, qui s’intercalent entre les différents moments de l’histoire? Sans doute aussi le dessin lui-même de Gary Spencer Millidge, qui est une sorte de composition en noir et blanc à cheval entre le dessin et la photographie (ne pas se fier à la couverture, que je ne trouve pas très réussie)? Ou bien cette mystérieuse confrérie qui officie secrètement et semble tirer tous les fils de l’histoire? Dès lors toutes les histoires, même les plus réalistes, qui s’esquissent au travers des personnages et des rencontres qu’on fait dans le village, prennent un ton d’étrangeté caractéristique qui fait tout l’intérêt de cette BD, comme si tout n’était qu’apparitions dans ce village, comme si Strangehaven lui-même était une apparition.

Je ne connais pas la fin, je ne sais pas comment se dénoue le mystère, ni même s’il se dénoue, n’ayant pu trouver à la médiathèque que les deux premiers volumes de la série. Je ne sais même pas encore si la série a été achevée. Mais j’ai hâte si c’est le cas de profiter de ce mois de challenge Halloween pour me replonger au plus tôt dans l’univers de Strangehaven.

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Publié dans le cadre du  Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

et du Mercredi BD fantastique

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Henning MANKELL: La lionne blanche (Wallander, 3)

Mankell, Wallander 3En Scanie, le corps de Louise Åkerblom, jeune agent immobilier et mère de famille, est retrouvé dans une puits, après plusieurs jours de recherche. Les traces sur son corps orientent les enquêteurs vers une possible exécution sommaire. Aucun autre signe d’agression. Qui donc a pu tuer Louise Akerblom? La jeune femme se serait-elle simplement retrouvée au mauvais moment, au mauvais endroit? Pourtant qui peut avoir suffisamment de sang froid et de brutalité, pour abattre une femme seule, sans motif réel, dans la paisible campagne du sud de la Suède, groggy de cette nouvelle découverte macabre?

Je poursuis avec délectation ma découverte (tardive) des romans de Mankell. Et plus j’avance, plus je suis convaincu par cette série. Ce troisième volet des enquêtes du commissaire Wallander est un volume épatant, sans doute un moment important dans la série, pour la trame narrative d’abord, mais aussi pour l’épaisseur psychologique qu’y acquiert le personnage de Wallander, définitivement chassé ici du paradis provincial scandinave. Il faut dire que, dans la tradition des héros de romans policiers maltraités par l’existence, tout lui tombe dessus: d »abord (cela n’a rien à voir avec l’enquête), son appartement est cambriolé, vidé méticuleusement de toute sa collection de cds (on trouve des voleurs bien mélomanes en Suède!); il souffre de plus en plus de la solitude, rumine en secret le rêve de retrouver la belle lettone dont il est tombé amoureux dans le volume précédent, mais commet l’impair de l’appeler ivre en pleine nuit pour lui déclarer sa flamme; il renoue avec sa fille, avec laquelle ses relations restaient difficiles depuis le divorce d’avec sa femme, mais voilà que sa fille est enlevée; et un insupportable tueur, ex-agent du KGB, en reconversion auprès des services d’Afrique du sud hostiles à la fin de l’Apartheid, veut à tout prix mettre un terme à sa vie. On serait déboussolé pour moins que cela, surtout lorsque, comme Wallander, on aspire à l’existence confortable d’un suédois moyen, vivant dans un endroit tranquille.

La trame de ce roman de Mankell reste évidemment ici la même que dans ses précédents romans: la rencontre entre les bouleversements rapides du monde, la montée d’une forme nouvelle de violence, des organisations criminelles dont l’action s’internationalise, la « mise sur le marché » des anciens agents des renseignement et de la police politique des ex-pays de l’Est sonne-t-elle la fin du modèle suédois? Y a-t-il encore une place dans ce monde pour la naïveté et l’aspiration à un mode de vie sans complication? Et surtout: dans un monde qui se globalise, quelle place reste-t-il à la province, c’est-à-dire à ce rêve d’un mode de vie simple, à l’écart de l’agitation du monde?

Une jeune suédoise qui s’égare et est exécutée froidement devant la maison où elle demande son chemin; un tueur à gage africain venu se préparer en Suède; un ancien cadre du KGB; une conjuration d’afrikaners, dans le Transvaal, jaloux des droits qu’ils ont acquis contre la majorité noire de leur pays; une enquête à plusieurs niveaux, en Scanie, à Stockholm, en Afrique du Sud; des policiers et des espions. C’est un véritable puzzle que construit Henning Mankell dans cette lionne blanche. Un puzzle, dont l’enjeu est moins de produire des énigmes, dans la veine traditionnelle du roman policier à énigme, que de susciter les réactions de Wallander. Fatigué, débordé, le policier peine longtemps à comprendre les tenants et les aboutissants d’une affaire dont il ressent confusément que l’essentiel lui échappe. Très vite, en effet, le lecteur, informé du volet africain de l’affaire (la préparation d’un attentat contre Nelson Mandela, pour faire échouer la politique de réforme du président De Klerk), en sait plus que l’enquêteur. Cette façon de nouer l’intrigue est nécessaire bien sûr au propos de Mankell qui se présente dans ce roman, plus que dans le précédent encore, comme une sorte de reporter des changements du monde dans la dernière décennie du vingtième siècle. Elle est nécessaire aussi à l’évolution du personnage de son commissaire qui littéralement « pète les plombs ».

Bref, j’ai hâte de lire la suite, et si ce mois-ci sur les blogs n’était pas américain et halloweenesque, je crois que j’y serais déjà. Mais place d’abord à quelques fantômes …

Le livre de cuisine du mois – Kürbis (Martin Kintrup / GU)

Kuerbis.jpgImaginez! Des courges, des mini-pâtissons, des citrouilles géantes. Courge muscade, Butternut, courge d’Halloween ou courge spaghetti. Grillées, cuites au four, en gratin ou en soupe. Salées ou sucrées. En confitures, en chutney. Si j’aime octobre, c’est sans doute pour ce légume qui envahit ma table au moment où les feuilles jaunissent, où le raisin se fait plus doux, plus sucré, où l’on commence à oublier les fruits et légumes d’été et que quelque chose d’un parfum d’ailleurs commence à nous titiller les narines – c’est l’annonce d’une saison plus fraîche, mais aussi des paysages que j’associe immanquablement à toutes ces courges et citrouilles – paysages de Nouvelle-Angleterre ou bien du sud de l’Allemagne. C’est justement là qu’il y a deux week-end je suis allé chercher ce petit livre; dans l’extrême sud du pays, dans un petit coin de paradis entre Alsace et Forêt-Noire, juste de l’autre côté du Rhin, l’un de ces petits secrets dont on s’efforce de ne pas trop ébruiter le nom – le Kaiserstuhl -, une grosse colline semée de vignes, de forêts et d’auberges délectables, qui fait le gros dos, à la frontière, ne monte pas à plus de 600 mètres et se traverse à pied en quelques heures.

Car enfin, des romans, des récits, oui! mais place aussi un peu à la cuisine! Un blog, en effet, me dis-je parfois, un blog de livres est habituellement un carnet de lectures. J’y range dans le mien mes lectures – pas toutes, celles que j’ai chroniquées, selon une disposition et un choix qui obéissent le plus souvent à l’ordre hasardeux de mes envies du moment et de mon temps pour écrire. Ce n’est donc qu’un reflet, une image limitée, imparfaite – j’aime cette imperfection -, un point de vue sur le temps et l’état de mes lectures. Ayant la chance d’exercer une profession qui me demande aussi de passer beaucoup de temps parmi les livres, il m’a fallu faire un choix parmi toute cette masse d’écrits. Habituellement, le plaisir est mon seul guide, nécessairement subjectif, résolument subjectif. Pourtant, au bout de quelques années, il est facile de noter que les récits, la fiction ont fini par dominer largement ce carnet. Des romans donc, des nouvelles, un peu de théâtre. Des autres genres que je lis quasi quotidiennement, pas de trace ou presque, notamment des livres de philosophie qui occupent quand même plusieurs pans de ma bibliothèque et au milieu desquels je rédige habituellement ces chroniques. Bref, je me dis depuis quelques temps que j’aimerais donner plus de place à certaines autres catégories de livres. Des essais donc? Non, des livres de cuisine!

Voilà pourquoi j’ai décidé de créer un rendez-vous mensuel, le premier vendredi ou samedi du mois, pour sortir de ma bibliothèque l’un de ces titres qu’on dévore la fourchette à la main. Je convie bien sûr avec plaisir tous ceux qui voudront se joindre à moi. J’imagine les tablées de blogueurs, de blogueuses, le couteau entre les dents (qu’on se rassure, point de révolution à l’horizon!), échangeant entre eux autour de titres de cuisine 🙂 J’ai mis un logo en haut à droite de cette page que vous pourrez cliquer pour consulter le récap. Vous pouvez cliquer aussi dessous pour poster un lien. Ou bien rendez-vous sur le groupe dédié sur Facebook.

Pour ce premier rendez-vous, comme nous sommes en plein mois d’Halloween, je ne pouvais faire autrement, je crois, que de trouver un livre en rapport. Et j’ai donc choisi celui-ci, dans une petite collection allemande que j’aime beaucoup, et qui occupe presque toute une étagère dans ma cuisine. La liste des recettes suffira, j’en suis sûr, à vous mettre l’eau à la bouche. Voici en guise de menu pantagruelique d’Halloween:

 

Les mini-pâtissons farcis au saumon;

 

Les tranches de potimarron au four et fromage de chèvre

(j’ai essayé, c’est délicieux: des tranches de potimarron marinées à l’ail, au miel et au thym, passées au four et servies avec de la mâche, du fromage de chèvre, du jambon cru, des amandes, le tout parfumé au vinaigre balsamique);

 

Les beignets de courge au gingembre et aux graines de sésame;

 

La soupe à la citrouille;

 

Le pilaf d’agneau et de courge aux aubergines;

 

Les filets de sandre au potimarron et au pesto d’aneth;

 

La quiche potimarron-fenouil-raisin

(Vraiment délicieux! Mon autre coup de cœur dans ce livre);

 

Le crumble à la citrouille;

 

Les sablés aux graines de courge

(j’essaye la recette ce week-end!);

 

et plein d’autres délices.

 

De quoi mettre l’eau à la bouche, non?… Ou de faire regretter à certains de ne pas avoir assez pratiqué la langue de nos voisins d’outre-Rhin? Mais rien n’est trop tard, non? Pour apprendre une langue, il ne faut qu’être motivé, et quelle meilleure motivation qu’un brin de gourmandise?

Publié dans le cadre du Livre de cuisine du mois

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octobre 2013

et du Challenge Halloween 2013 de Lou et de Hilde

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Le livre de cuisine du mois

livre cuisineEt si nous parlions de livres de cuisine? Pour ceux qui n’imaginent pas leur vie sans ces précieux compagnons, je propose que nous nous retrouvions tous les premiers vendredi ou samedi du mois, afin de sortir de nos armoires nos plus beaux grimoires. Livres de grand-mères, albums rapportés d’un voyage de l’autre côté du monde, collection collectionnée fébrilement dans le secret de sa cuisine, tout à sa place ici. C’est le moment de parler du bel album tâché dans lequel vous avez trouvé vos plus belles recettes de gâteaux aux chocolat. Ou du bréviaire composé dans une langue que vous ne savez pas déchiffrer, mais dont les illustrations vous mettent toujours l’eau à la bouche.

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