Feydeau, Le DindonSéducteur maladif, Pontagnac poursuit Lucienne jusqu’à son domicile, lorsqu’il tombe sur son mari et découvre qu’il s’agit de son vieil ami Vatelin, qui lui pardonne. Lucienne repousse ses avances, comme elle repousse aussi celles de Redillon, qui la courtise. La jeune femme restera-t-elle cependant longtemps fidèle à son mari ? Il faudrait que la fidélité de celui-ci aussi soit sûre. Ainsi, lorsque Maggy, une anglaise avec qui Vatelin a eu naguère une aventure, débarque à Paris, un chassé-croisé furieux s’engage dont l’issue est de savoir qui tombera dans le lit de qui et qui sera le dindon de la farce.

 

Le Dindon est dans l’oeuvre de Feydeau, tout en quiproquo et en claquements de porte, un moment d’hystérie pure, quelque chose comme la quintessence du travail de l’auteur. Dans une sorte de pendant comique à Nana de Zola, Georges Feydeau met en scène des personnages guidés par la seule puissance de leurs désirs, leur volonté de posséder l’autre, la passion exclusive de jouir. Dans une telle société pourtant les places sont limités, les assortiments difficiles. Scénographiquement cela donne un jeu de chaises musicales parfaitement désopilant. Pontagnac poursuit de ses assiduités Lucienne qu’il suit jusque dans la rue, parce qu’il n’a pas l’habitude qu’on le repousse. Redillon, amoureux fou de la jeune femme, trouve à assouvir son désir de Lucienne, qui se refuse à lui dans les bras de relations de passages. Maggy, une anglaise que Vatelin a connu à Londres, vient chercher jusqu’à Paris à satisfaire son envie de l’homme qu’elle a aimé là-bas. Ceux qui ne sont pas d’abord poussés par les folies de l’amour finissent par entrer dans la danse : ainsi Lucienne Vatelin, Mme Pontagnac, ou le mari de Maggy. Tout cela produit une cavalcade qui éclate en loufoquerie et en situations désopilantes.

 

Pourtant, la pièce de Feydeau a aussi sa face sombre, une dimension cruelle, presque tragique. Muré dans la quête exclusive de nouvelles conquêtes, Pontagnac est ridicule parce qu’il est une sorte de porc, qui cultive l’amour de façon bestiale, au point d’en être grossier et sans doute brutal. S’il est le dindon de l’histoire, il en dit peut-être aussi cependant la vérité, lorsque la sensualité devient un piège, tissant et retissant des situations inextricables. Sans doute, la force du théâtre de Feydeau réside dans son refus systématique de toute psychologie des personnages. Ceux-ci sont de simples ressorts. L’énergie du théâtre de boulevard vient de ce refus de la psychologie. Pourtant si l’homme n’est qu’une mécanique, où est l’humanité de l’homme ? Il y a dans ce Dindon une force panique, un mouvement jusqu’au boutiste qui nourrit quelques clins d’oeil noirs à l’adresse de cette dimension tragique de la condition humaine.

 

 

La pièce est visible dans le cadre du Festival OFF d’Avignon

au Théâtre de l’Oulle du 6 au 28 juillet 2013 à 14h30

Théâtre du Kronope

Avec Martine Baudry, Loïc Beauche, Anaïs Richetta, Guy Simon, Jérôme Simon

Mise en scène : G.Simon

 

Une mise en scène toute en énergie qui joue des masques et des déplacements des personnages avec beaucoup de pertinence. Se rappelant que le théâtre de boulevard est une chorégraphie et qu’on y entend souvent les portes battre, la troupe construit ici une scénographie originale à partir d’éléments de décors, figurant une sorte de labyrinthe mobile, qui se déplacent tout au long de la pièce et par lesquels les comédiens entrent et sortent en permanence. Un spectacle d’une belle vitalité, qui sait aussi donner sa place à l’envers sombre de la comédie de Feydeau, notamment grâce à un contrepoint musical, peut-être un peu surprenant au début, mais qui donne sa tonalité particulière à la représentation, en accord avec la place donnée ici à la mécanique des corps et à un jeu sur les stéréotypes.

 

2 Comments on Georges FEYDEAU: Le Dindon

  1. Depuis que j’ai découvert le vaudeville, j’en lis beaucoup. Je n’ai aps encore lu cette pièce mais je vais me pencher actuellement sur Labiche

  2. Avatar Cléanthe dit :

    @Maggie: je te conseille vivement cette pièce, mais je crois que le mieux, c’est de la voir jouée.

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