Zola8Hélène Mouret, à l’âge de 17 ans, a épousé Grandjean, avec lequel elle a eu une fille, Jeanne, une enfant maladive, affectée régulièrement par des « crises ». Ensemble, ils sont montés s’installer à Paris, mais bientôt Grandjean meurt et laisse la mère et la fille seules dans cette ville qu’elles ignorent. Depuis la colline de Passy où elles logent, elles observent la capitale sans pouvoir rien nommer des hauts lieux de la vie citadine qu’elles ont sous les yeux…

 

Une page d’amour n’est pas le plus connu des volumes des Rougon-Macquart. Et franchement, ce n’est pas parce que ce serait une chef-d’oeuvre méconnu. Le roman est poussif, un rien rébarbatif et a été la pente sur laquelle, pendant plusieurs mois, j’ai calé dans l’avancée de mon auto-challenge Rougon-Macquart. Après l’extraordinaire Assommoir, ce retour au charme discret, presque provincial de la moyenne bourgeoisie de Passy, dont j’attendais cependant beaucoup (on ne se refait pas, j’ai toujours eu un faible pour les romans d’amour), m’a demandé plusieurs lectures pour venir à bout du récit. La troisième a été la bonne!

 

Je crois que Zola cette fois-ci est passé un peu à côté de son propos. La trame principale du roman, celle des amours d’Hélène Grandjean, et de son distingué voisin, le docteur Deberle manque de cette pointe de sensualité, de tendresse discrètes qui aurait pu donner tout son prix à cette histoire d’adultère. Mais, on le sait, Zola excelle davantage dans les gros effets. C’est comme demander à un orchestre symphonique d’aborder le répertoire d’un quatuor à cordes. Quant à la trame secondaire, celle de la « folie » de Jeanne, si elle représente une intéressante tentative de proposer une première description romanesque des troubles psychologiques graves qui peuvent affecter une enfant au moment de l’entrée dans l’adolescence, elle ne m’a pas non plus convaincu.

 

Pourtant le roman n’est pas sans intérêt. Certains effets mélodramatiques ne sont pas inintéressants: les circonstances de la mort de Jeanne pendant que des péripéties théâtrales, dignes du boulevard, conduisent Deberle et Hélène dans les bras l’un de l’autre confèrent au roman un tour un rien artificiel, mais qui sait proposer une échappée intéressante vers les fonds insondables du désir. Le bal masqué des enfants organisé chez les Deberle est un moment d’anthologie. Et surtout, perdues dans ce tissus romanesque un peu trop filandreux, j’ai trouvé quelques unes des plus belles pages cependant que j’ai lu chez Zola: celles qu’il consacre à la description de la vue de Paris, qu’Hélène contemple de sa fenêtre, sans pouvoir nommer les lieux qui s’étalent sous ses yeux. J’ai soigneusement coché ces pages que je ne risque pas d’oublier.

 

Les Rougon-Macquart: n°8

 

 

Emile Zola, Une page d’amour. Edition électronique: Feedbooks.

10 Comments on Emile ZOLA: Une page d’amour

  1. J’ai eu ma période « Rougon Macquart » il y a très longtemps, quand j’étais ado. C’est vrai que Une page d’amour ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, si ce n’est pas le personnage de Jeanne,
    dont la folie presque diabolique, m’a marquée …
    Il faudrait que je le relise, ne serait-ce que pour les descriptions de Paris dont tu parles !

  2. Après ta visite chez moi pour le challenge romantique, je découvre ton blog avec plaisir. Je vois que ton auto-challenge Zola marche bien. j’ai beaucoup lu Zola mais jamais en totalité. Ta
    comparaison avec l’orchestre symphonique et le quatuor à cordes m’a bien fait rire. Qui plus est, c’est tellement vrai. Zola dans ses grands romans est épique, dans ses ratés, il est gros sabots.
    Mais je l’adore et puis j’aime sa générosité, ses prises de position, son intérêt pour les humbles, sa critique sociale.

  3. Deuxième fois que j’entends parler de ce roman sur des blogs, jamais entendu parler avant ! Oui, on peut dire que ce n’est pas le plus connu des Zola… Je les lirai tous, moi aussi, je sais que
    c’est un auteur incontournable. Il donne souvent dans le spectaculaire, ses idées sur l’hérédité sont fumeuses (mais de son époque) mais quelle maîtrise des intrigues et des descriptions !

  4. @Urgonthe: c’est curieux, cette page d’amour qui n’est sans doute pas la meilleure de Zola, ne me laisse pas un mauvais souvenir à mesure que le temps s’éloigne.
    J’attends que tu le lises à ton tour un de ces jours pour savoir ce que tu en penses.

  5. Effectivement pas le plus remuant, ni le plus connu de la série les Rougon-macquart, « Une page d’amour » apporte un peu d’air frais juste après le violent « L’Assommoir ».
    Comme il me semble partager avec vous un intérêt certain pour Emile Zola, je vous invite à consulter le site sur lequel je lui rend hommage.
    Et merci pour votre billet, les lecteurs d’Emile Zola sont plus nombreux qu’on ne le pense.

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