Lucy a rencontré Everard Wemys le jour de la mort de son père. Veuf de Vera, qui s’est tuée à la suite d’un accident idiot, l’homme est de vingt ans l’aîné de la jeune femme. Dans les bras l’un de l’autre, ils vont oublier leur peine. Pourtant, l’empressement d’Everard donne à songer. Lucy s’entête à ne pas vouloir voir certains défauts de son fiancé. Et comment considérer les bruits qui ont couru: que la mort de Vera ne serait pas accidentelle?

 

Mystères et suspense.

Ce sont curieusement les mêmes procédés, qui faisaient tant rire dans d’autres livres tels quAvril enchanté, qu’Elizabeth von Arnim emploie ici, mais au service d’un récit à suspense. Qui est vraiment Everard Wemys? Et que penser des véritables causes de la mort de sa précédente femme? A cette deuxième question, il ne sera jamais répondu, sinon au moyen de quelques indices – l’inspection par Lucy, une fois mariée, de la bibliothèque de Vera, montre un goût prononcé pour les histoires de mort et les récits de voyage; le renvoi d’une domestique en service au moment du drame, la même peut-être qui a répandue la version d’un suicide, donne à songer. Au lecteur de choisir sa version des faits, celle qui lui convient le mieux, en fonction du portrait d’Everard Wemys à quoi est véritablement consacré le roman.

 

Trouvant par cette fin ouverte le moyen d’atteindre encore plus le lecteur dans ses certitudes, Elizabeth von Arnim signe donc ici un étonnant récit en particulier par le fait que nous ne savons jamais comment nommer le genre auquel appartient ce roman: du roman psychologique et d’aventures sentimentales au thriller, toutes les lectures sont possibles. Elles vont se présenter une à une à mesure que, découvrant la véritable nature d’Everard Wemys, le lecteur apprend à mettre à distance la version officielle des événements.

 

Un humour inquiétant

L’illusion dans laquelle sont les êtres humains de la nature et des motivations des autres, leur capacité à s’illusionner eux-mêmes est décidément le trait dominant des romans d’Elisabeth von Arnim. Il trouve ici ou là encore à nous faire rire. Mais c’est un rire à double face, teinté d’inquiétude, comme le respect qu’éprouve Everard pour la photographie de son père, qui trône en face de celle de Vera dans sa maison de campagne, laissant apparaître un homme dur, égoïste, le portrait en plus vieux d’Everard: cette fascination pour le portrait du père est-elle seulement ridicule ou bien doit-on trouver dans ce qu’il indique une sorte de miroir, une anticipation de ce que sera la figure d’un Everard vieillissant, transformé en un patriarche, rendu à sa nature tyrannique? L’essentiel de ce que raconte Elizabeth von Arnim est là: dans ces motivations inconscientes, cette réduction à quelques motifs des personnages. Lucy est une jeune femme, presque encore une jeune fille qui cherche à la fois son émancipation et un substitut à son père dans le visage d’un Everard paternel, bedonnant, plus vieux qu’elle. Everard semble ne pas voir en Lucy autre chose qu’une enfant, c’est-à-dire dans son esprit un être qu’on domine, qui ne peut pas refuser votre attention. Et même la belle figure de Mrs Entwhistle, la tante pleine de santé et de bon sens de Lucy, qui devrait servir de contrepoids à la fascination qu’Everard exerce sur sa nièce, ne réussit pas à s’imposer entre les deux amoureux, parce qu’elle est vieille fille, qu’elle ignore au fond ce dont il s’agit entre deux personnes qui s’aiment, et doute de son bon sens en la matière. Au dessus de tous ces personnages trône la figure de Vera, que personne ne parvient à oublier, sinon son mari, source permanente du malaise qu’entretient le roman.

> Bibliographie d’Elizabeth von Arnim

5 comments on “Elizabeth VON ARNIM: Vera”

  1. @Marie: je te conseille en effet la lecture de ce livre, qui est un des mieux réussis d’Elizabeth von Arnim, me semble-t-il… mais il me reste encore à lire En caravane, qui est
    assez prometteur.

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