Mois : septembre 2009

Reinhardt HESS: Deutschland

Que penser de la gastronomie allemande? La question, en réalité, n’est pas simple à trancher. Il existe en effet en Allemagne différents styles de cuisine. Une nouvelle cuisine qu’on trouvera essentiellement servie dans les cafés (de préférence des villes universitaires), d’inspiration italienne, mais accommodée d’une façon proprement allemande, une sorte de rêve allemand de la Méditerranée: je garde un souvenir ému d’un plat de gnocchi sautés au speck délicatement saupoudrés d’un hachis d’ail des ours qu’on servait à Freiburg accompagné d’un verre de blanc du pays de Bade. C’est une cuisine qu’on trouvera peu à Kassel où le plaisir de s’alimenter copieusement de quelques bons produits est la seule possibilité qui s’offre au gastronome: la Ahle Wurst est une charcuterie délicieuse et les bières du coin valent ma foi le détour. Il m’a fallu cet été faire le voyage de Marburg, ville par ailleurs magnifique et regorgeant de librairies, pour renouer avec les plaisirs plus légers d »une gastronomie moins traditionnelle. Ailleurs, dans quelques restaurants réputés, une grande cuisine d’inspiration française revisite les classiques et les produits de la cuisine régionale allemande, en n’ayant qu’un défaut: celui de s’accorder moins facilement avec mon portefeuille.

 

Mon dernier voyage dans la Hesse a été cependant l’occasion de m’apercevoir que si j’aime bien charger mes bagages d’un ou deux livres de cuisine ramenés d’outre-Rhin, je n’avais jamais rien acheté concernant la cuisine traditionnelle allemande. C’est chose faite avec ce volume: Deutschland. Kochen und verwöhnen mit Originalrezepten, qui n’oublie aucun des classiques de la cuisine régionale allemande: Soupe aux crêpes de Souabe, Soljanka du Brandenburg, Soles rôties aux crevettes de Hamburg, Carpe au raifort du Palatinat, Ragoût de sandre de Franconie, Saucisses à la bière de Berlin, Foie au pommes et oignons de Thüringe, Cailles farcies du Meckenburg, Lapin au Riesling et aux abricots du Schleswig-Holstein, et ces desserts qui ont pour nom: Crème au vin, Rote Grütze (un délicieux mélange de fruits rouges nappés d’une sauce à la vanille), Beignets de feuilles de sauge, Prunes farcies au caramel, Gâteau aux pommes et crème, Gâteau au chocolat. Une intéressante rubrique réunit les plats de bistrot qu’on déguste en Allemagne accompagnés d’une chope de bière ou d’un solide verre de vin (dans ce pays des contes de fée qui semble être aussi à table la patrie des géants, il n’est pas rare de trouver le vin servi dans des verres de 25 cl et la bière au demi-litre!): Saucisses de foies marinées, Pain aux oeufs et aux crevettes, Bretzel et saucisses blanches au bouillon, Salade charcutière, Pommes de terre et fromage blanc aux herbes. Guten Appetit!

 

(Retour d’Allemagne, épisode 2)

 

Philips Wouwerman 1619-1668

Il y a plusieurs raisons qui peuvent conduire le voyageur à Kassel, l’ancienne capitale des princes de Hesse et aujourd’hui ville principale de la Hesse du nord: les plus connues sont la Documenta – mais la prochaine manifestation est prévue pour 2012; et certains des plus beaux musées d’Allemagne, en tout cas quand la ville aura achevée la petite toilette qu’elle s’offre en ce moment, puisque deux des plus importants, la Neue Galerie et surtout le Hessisches Landesmuseum, dont la merveilleuse collection de papiers peints anciens (Deutsches Tapentenmuseum), sont fermés pour quelques temps pour cause de restauration. Il restait cependant cet été quelques intéressants sujets de visite, notamment l’exposition que la Gemäldegalerie Alte Meister, par ailleurs déjà bien dôtée en oeuvres de ce peintre, offrait de l’oeuvre de Philips Wouwermann, qui reste visible jusqu’au 11 octobre prochain:

 

Philips Wouwerman (1619-1668)

Von Pferden und anderen Leidenschaften

 

On a souvent considéré Wouwerman comme un peintre mineur, l’artisan minutieux de scènes équestres qui s’offrent avec une délicatesse qui n’est pas sans annoncer certains raffinements du XVIIIème siècle. Choisissant de prendre au sérieux la légende, l’exposition de Kassel interroge ce retour obsessionnel du motif. L’organisation des pièces autour de questions thématiques, l’accrochage qui rend les oeuvres à la fois très proches et visibles font découvrir un peintre d’une richesse incroyable, dont le talent ne tient pas qu’à la façon exquise de rendre la robe, le mouvement des chevaux. Car chez Wouwerman, la peinture équestre devient le miroir d’une société dans laquelle justement le cheval occupe une place centrale: scènes de batailles, moments de pause au bord du chemin, évocation du calvaire du Christ, peinture des joies grossières du petit peuple, parties de chasse. Ce sont autant de moments qui offrent, au-delà de la peinture du bel animal, comme autant de perspectives sur le véritable mouvement de la vie: une vie qui s’enracine dans le corps et où la morale elle-même nait d’un certain usage du corps, dans la proximité de l’animal équestre, tout en muscles, en animalité justement, mais paré aussi de la crinière la plus belle, un pur objet de peinture, une sorte d’idéalisation de la Nature.

 

Le talent de Wouwerman est sans doute de construire ainsi une œuvre d’une grande portée morale sachant faire communiquer les différents niveaux de l’existence humaine: le haut et le bas, la mêlée et le ciel moutonnant, nuageux, crevé de lumières obliques, le vivant et le minéral, l’histoire et l’architecture. Bien souvent, pour qui sait regarder le tableau en adoptant un angle inhabituel, une autre histoire se raconte: ici un homme accroupi qui se soulage derrière un talus n’est-il pas le véritable sujet de ce tableau semblant représenter le portrait d’un noble étalon, et là ce chien en train de déféquer au premier plan d’une scène de galanterie courtoise? Ces sortes d’anamorphoses morales qui soulignent en de grossiers raccourcis un monde d’animalité brute gisant sous les manières des hommes sont le clin d’œil ironique du peintre réputé d’élégantes scènes équestres – le premier sans doute a avoir su mettre quelque distance entre lui-même et sa légende.

 

Complémentaire de l’exposition, le catalogue (disponible en allemand) choisit de ne pas reprendre la disposition thématique des salles, mais adopte l’ordre chronologique et propose pour chacune des œuvres un commentaire à la fois synthétique et pertinent.

 

Mon beau petit navire

Après mon petit effacement annuel d’août-septembre, retour ce week-end à la barre de ce blog. Au programme: Rodin, Alex Katz, Martigny, Evian, la Hesse du nord. Un mot sur quelques livres tessinois que je n’avais pas eu le temps de chroniquer au printemps. Un soupçon de Romantisme allemand. Et quelques photos peut-être de mes escapades. Les billets suivent…