Les dernières années du règne de Louis XV. Joseph Balsamo, puissant mage et agent de la franc-maçonnerie internationale, lutte contre la monarchie. Dans la rue, déjà, le peuple trépigne. Le roi n’est plus autant aimé qu’avant. Cependant qu’à Versailles, le pouvoir se déchire entre clans, mêlant aventures sentimentales et combats politiques. Choiseul est limogé. La belle Madame du Barry a ravi le coeur du roi…

 

Fin du silence. Depuis plusieurs semaines que j’avais semblé délaisser ce blog. Voici LE responsable de mon silence. Joseph Balsamo est un livre immense. Près de 1500 pages! Un océan, au propre et … au figuré, comme le verra à la fin de cette note.

 

L’histoire enchevêtre plusieurs intrigues: celle de Balsamo d’abord, envoyé en France pour saper les bases politiques de la monarchie et permettre l’instauration d’un gouvernement fondé sur la souveraineté populaire, que nous suivons dans sa vie privée (avec son maître Althotas, obsédé par la quête de l’élément final d’un élixir de vie, avec son « épouse » Lorenza) ou dans sa vie publique, où, agent de forces hostiles à l’Etat, il joue des ambitions réciproques des clans proches du pouvoir pour désacraliser la monarchie, et doit échapper aux investigations de la puissante police politique du roi Louis XV.

 

A côté de ce premier réseau d’histoires, une autre intrigue, celle des Taverney, famille de très vieille noblesse, qui vont se retrouver un moment au coeur des ambitions diverses: le père, vieil égoïste qui a ruiné sa fortune à la satisfaction de ses vices, tout droit sorti du premier XVIIIème siècle, personnage sans scrupules qui méprise ses enfants à cause de leur vertu, cherche à profiter de la visite que leur fait la dauphine, à l’occasion de son voyage d’arrivée en France. La jeune Marie-Antoinette en effet, a pris sous sa coupe Philippe de Taverney, jeune homme loyal épris de philosophie et d’idées nouvelles, et attaché Andrée à son service, pour l’accompagner comme lectrice à Versailles.

 

Or cette intrigue de nouveau en recouvre d’autres: à Versailles, allié du duc de Richelieu – une connaissance de sa jeunesse- le baron de Taverney cherche à précipiter sa fille dans le lit du roi. Il en attend bien sûr la fortune, pendant que le vieux duc, qui ne parvient pas à obtenir le poste de ministre qu’il espère, tente par cette manoeuvre de limiter le pouvoir du clan de la Du Barry, maîtresse officielle de Louis XV.

 

Andrée, jeune fille d’une beauté exceptionnelle et vertueuse, mais hautaine est aimée de Gilbert, un jeune homme sans condition qui a grandi dans le château des Taverney et qu’elle ignore. Ayant décidé de la suivre, Gilbert est recueilli par le clan du Barry, qui tente d’en faire son instrument. A Paris, il devient le disciple de Jean-Jacques Rousseau, avant d’être embauché comme jardinier à Versailles.

 

Par un jeu maîtrisé, Dumas sait relier ces intrigues pour produire le tableau d’une société en crise, traversée de mouvements contradictoires, qui savent tous se réunir pour dire le péril qui menace la royauté française. A cela s’ajoutent, du côté des acteurs, des figures complexes, dont l’action se déploie à plusieurs niveaux.

 

Le personnage de Joseph Balsamo en est bien sûr le rôle titre, puisqu’on le voit à la fois mage et charlatan, homme épris de liberté travaillant à la révolution qui s’annonce et aristocrate convaincu de sa valeur. Doué du pouvoir de magnétiser les êtres il exerce sur eux un pouvoir qui peut à l’occasion se révêler terrifiant. D’autres fois, charlatan, il prétend avoir découvert le secret de faire de l’or afin de s’assurer le soutien des puissants. Epris de liberté, agent de la franc-maçonnerie mondiale dans son combat contre la tyrannie, il se comporte en privé en époux abusif de l’étonnante Lorenza Feliciani, une jeune italienne qu’il a enlevé au couvent et qu’il utilise comme médium.

 

Mais aucun des autres personnages n’échappe à cette complexité. Gilbert, incarnation du peuple, est à la fois digne et criminel. Lorenza aime autant Balsamo, lorsque son amant la plonge dans un sommeil magnétique, qu’elle le hait éveillée. Louis XV, qui consacre sa vie à ses plaisirs, sait aussi se montrer un politique habile. D’un monolithisme caricatural, le baron de Taverney peut, à l’occasion, faire paraître la figure d’un homme qui ne semble brutal que parce qu’il n’est pas de cette époque, en des accents qui ne sont pas sans rappeler la plainte d’un D’Artagnan vieillissant.

 

De savants jeux de miroir viennent renforcer l’ensemble: miroir de Gilbert et de Balsamo, de Balsamo et d’Althotas, de Gilbert et de Rousseau, de Rousseau et de Marat, d’Andrée et de Lorenza, de Lorenza avec elle-même.

 

Au-dessus de tout cela, un autre acteur, une autre intrigue, qui pèse comme une menace: le peuple en train de s’émanciper, d’atteindre au statut de personnage. De magnifiques scènes, qui n’ont rien à envier à certains passages de Michelet, jouant de la métaphore du peuple et de la mer, balancent contre le rocher chancelant de la monarchie, la force déchaînée de ce nouvel acteur du drame historique. Mais Dumas est subtil. Sa science historique, dont il n’est pas sûr qu’elle soit autre chose qu’un art du récit, le prévient contre toute téléologie sanctificatrice. Cette force qui couve est une force brutale. Bien sûr, nous connaissons la fin: c’est la Révolution française. Mais le crime de Gilbert (sur lequel je ne vous en dis pas davantage), montre à quelle brutalité conduit une société où, pour reprendre le titre d’un des chapitres, un crime est plus facile à commettre qu’un préjugé à surmonter.

 

Histoire à suivre, bien sûr, puisque Dumas, sous le titre de Mémoires d’un médecin a suivi ses personnages jusqu’après 1789. Prochaine étape: Le collier de la reine.

2 Comments on Alexandre DUMAS: Joseph Balsamo (Mémoires d’un médecin, I)

  1. J’ai commencé l’année dernière par le collier de la reine avant de me rendre compte que celui-là était avant. Mais bon, ça n’est pas si grave, il se lit très bien indépendamment..

  2. J’ai commencé l’année dernière par le collier de la reine avant de me rendre compte que celui-là était avant. Mais bon, ça n’est pas si grave, il se lit très bien indépendamment..

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